01/07/2016

Australie : Pluie, vent et froid et décor inattendu

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Geraldton - Augusta : 09 juin 2016 - 01 juillet 2016

Je pars au petit matin de Geraldton, direction Augusta, plein sud. 5°C au thermomètre, heureusement le soleil brille. Le vent glacial qui vient de face me gèle les mains. Il n'est pas très fort aujourd'hui. Quand je vois les Eucalyptus penchés à 90°, je me sais chanceux. Le vent peut souffler très, très fort et se plier est le seul moyen pour les arbres de survivre.
Je suis la route côtière, le paysage est magique: plages, dunes de sable et petits arbustes. La route est vallonnée pour mon plus grand plaisir. Quelques montées ça ne fait de mal. Je passe mes nuits dans les aires de repos. Il y a souvent des tables et des toilettes. Ça suffit à mon bonheur. Manger assis sur un banc plutôt que par terre me remplit de joie. Il en faut peu pour être heureux ☺
Je rencontre partout les "great travellers", ces australiens qui parcourent leur pays au volant de leurs caravanes. Toujours souriants et accueillants, ils partagent souvent leurs bières et leur diner. Ça casse la solitude, remplit mon esprit et mon estomac.

En arrivant sur Perth, une ville d'un million d'habitant, le trafic s'intensifie. Je quitte la route côtière et je rentre dans les terres direction Northam. Fini les plages, je retrouve les collines avec moutons, vaches et chevaux. Un soir dans le bush, à la tombée de la nuit, j'entends du bruit "boom, boom, ... ", je sors de ma tente pour voir et j'aperçois des dizaines de kangourous sautant par dessus les barbelés. Certains s'arrêtent, me regardent et continuent leur chemin par petits sauts. Je n'aurais jamais cru qu'ils pouvaient se déplacer en troupeau dans un tel vacarme.

En s'éloignant de la côte, les routes sont calmes. Tous les villages traversés possèdent des toilettes publiques ou des fontaines. Je peux remplir mes bouteilles, plus besoin de me charger avec des litres d'eau. Il y a des villages tous les 50 km maximum où je peux me ravitailler facilement en nourriture. Mon régime en ce temps hivernal se compose de pain de mie, beurre, confiture et beurre de cacahuète. Hyper calorique mais mon tour de taille n'a pas pris un centimètre.
Le temps n'est pas des plus clément: pluie, vent et froid tous les jours. Ma veste imperméable ne résiste pas à plusieurs heures de pluie. Pour rester au sec j'utilise le K-way en plastique acheté à 1$ en Indonésie. Je fais comme les sherpas qui accompagnent les alpinistes en Himalaya. Les vestes à 200$ en Goretex des riches européens ne résistent pas longtemps aux pluies diluviennes. Par contre le sac poubelle sur les épaules des sherpas reste imperméable.
10°C le matin et 15°C l'après midi, la douche froide avec une bouteille d'eau n'est pas très agréable. Mais après une journée de vélo, elle s'impose. Quand on voyage, les jours de froid on boit et on se lave à l'eau froide et les jours de chaleur on boit et on se lave à l'eau chaude ☹
De temps en temps, je trouve via le réseau Warmshower ou Couchsurfing une âme généreuse pour m'héberger. Une douche chaude et un dîner me font le plus grand bien. C'est aussi l'occasion de laver mes affaires, échanger nos histoires et partager le quotidien. Les australiens travaillant dans les mines sont moroses. Avec le prix du fer et du nickel et des matières premières qui baissent, beaucoup d'employés sont remerciés. L'âge d'or semble être terminé.

J'ai expérimenté ma première crevaison au petit matin à 5°C. Les mains gelées, le caoutchouc raide, une très mauvaise demi-heure. Je m'en serais bien passé. Deux crevaisons en 8500km, ce n'est pas beaucoup mais toujours trop et au mauvais moment: en pleine chaleur dans le désert sans ombre pour se protéger ou dans le froid du sud ouest australien ☹



Au sud de Perth, la végétation devient plus dense. Le paysage est rempli de forêt avec des arbres de plus de 25 mètres. Le soir ma tente semble minuscule au milieu de ces géants. Leurs troncs noircis par les incendies me rappellent que dans le sud-ouest australien les étés doivent être très chauds. Autour des villages, il y a des vergers: pommes, poires, oranges, ... et des vignes.
Après plusieurs semaines dans le nord désertique et chaud, je n'aurais jamais imaginé que l'Australie puisse être froide et pluvieuse ! D'après les australiens que j'ai rencontré, le début de l'hiver est rarement aussi pluvieux. Sans doute les effets d'"El Nino".
Je suis à Augusta, au chaud hébergé chez Sara et Bruce. Sara est nurse et Bruce travaille au phare du cap Leeuwin, le point le plus au sud ouest de l'Australie où l'océan Indien rencontre l'océan Austral. Il fait partie des trois grands caps que franchissent les marins partis pour un tour du monde avec le cap de Bonne-Espérance et le cap Horn. Je me repose avant d'affronter de nouveau le froid .
Demain direction Espérance et Norseman. Ma route change, direction plein est.

Nouveau matériel

Mon équipement est usé après presque un an. Surtout celui qui n'était pas neuf au départ le 10 juillet 2015. J'ai changé ma tente ( hilleberg akto ), ma batterie de recharge pour mon téléphone, remplacé mon sac à dos par un sac fourre-tout étanche (ortlieb PS490 59L ). J'ai acheté un panneau solaire (RAVPower 15W foldable), une liseuse (tea touch lux 3), une popote en titane (toak titanium 750ml pot), un réchaud à bois (vargo hexagone titane), un mini rétroviseur ( zefal spy mirror) et un feu arrière ( cateye rapid mini tail light). Ca m'a coûté une blinde ☹

Une petite perle du bac 2016 pour finir :
Pour perdre du poids, Alice ferait mieux d’aller faire un footing plutôt que de faire des mathématiques avec moi dans une salle d’examen.
Alors éteignez votre ordinateur et allez respirer un peu d'air frais !

Statistiques

Distance :  1213 km
Nb jours : 23
Nb jours de vélo : 17
Nb jours de repos : 6
Etape la plus longue : 138 km
Etape la plus courte :  26 km
crevaison : 1 roue arrière

Total depuis le début

Distance : 17778 km
Nb jours : 276
Nb jours de vélo : 164
Nb jours de repos : 112
Etape la plus longue : 208 km ( 10h de selle, Chine)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 3045 m (Yunnan, Chine)
Crevaison : 6
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -5°C ( Mongolie)




La Suite...

14/06/2016

Australie : la descente en terrain froid

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Karratha - Geraldton : 23 mai 2016 - 08 juin 2016

En route vers l'hiver

La route jusqu'à Carnavon a été sans intérêt. Rien ne bouge, rien ne change. Le paysage s'est figé. C'est sec et venteux.
Seul le détour de 150km vers Coral bay et le récif coralien du Ningaloo m'a permis de changer de panorama. Classé au patrimoine mondial de l'Unesco, le Ningaloo Reef héberge une faune et une flore riche et variée. Requin baleine, raie manta, dauphin, baleine, ...  Je n'avais pas vu autant de touristes depuis longtemps
Bien sur, à 300$ l'excursion, je n'ai même pas hésité. J'ai pris mon petit déjeuner (flocons avoines à l'eau) au bord de la plage en regardant le lever du soleil. Gratuit et magnifique.
Plus je descends vers le sud plus les températures chutent. Je commençais à être bien acclimaté aux chaleurs de 40°C. Il va falloir de nouveau s'adapter. Mon corps à froid sous 25°C, c'est compréhensible après six mois à plus de 35°C. Le vent qui souffle du sud amène de l'air frais de l'Antarctique en plus de freiner ma progression. La nuit je supporte facilement mon duvet. Au petit matin, il fait 15°C. Fini le réveil aux aurores, pour éviter la chaleur, j'attends que le soleil veuillent bien me réchauffer un peu.
Ce froid n'effraye pas les mouches qui ne manquent pas de gâcher mes poses et mes après-midi de lecture. Pour la première fois depuis le départ j'ai enfilé ma moustiquaire de tête.
Après 700km de vent de face et de lignes droites j'arrive à Carnavon, une petit ville de 7000 habitants. Les alentours sont couverts de plantations: bananes, mangues, tomates, ... Quel plaisir de voir un peu de verdure. Garry m'héberge pour deux nuits, il m'invite à un grand barbecue et à une partie de pêche en mer, un authentique séjour australien. Je regarde la TV pour me tenir au courant de ce qui se passe ailleurs,

Enfin de la verdure

La route vers Geraldton, 400km au sud est segmentée en deux parties. La première est désertique, peuplée de chèvres sauvages et de sable rouge, la seconde verte, peuplée de moutons, d'arbres et de collines verdoyantes. On se croirait en Irlande. Mais avec la verdure vient la pluie. Sur les 5 jours qui m'ont mené à Geraldton j'ai eu deux jours de pluie consécutifs. 10°C, pluie, vent de face, un avant goût de Nouvelle-Zélande. J'ai roulé la matinée et passé mes après-midi dans mon duvet !
Pas de quoi se plaindre, les paysages sont splendides. Le froid me convient. Il me manquait après six mois sous des chaleurs torrides.
Je suis actuellement à Geraldton, une ville de 35000 âmes, hébergé dans une famille australienne pour deux jours. Je me repose, visite la ville et partage de délicieux repas chaud.

La suite s'annonce froide et pluvieuse. C'est l'hiver dans le sud ouest australien ! En plein mois de juin, le climat est complètement déréglé ☹

Pêche à carnavon, coral bay, colline Geraldton


Statistiques

Distance :  1296 km
Nb jours : 17
Nb jours de vélo : 14
Nb jours de repos : 3
Etape la plus longue : 151 km
Etape la plus courte :  33 km

Total depuis le début

Distance : 16565 km
Nb jours : 253
Nb jours de vélo : 147
Nb jours de repos : 106
Etape la plus longue : 208 km ( 10h de selle, Chine)
Etape la plus courte : 33 km
Plus haut col : 3045 m (Yunnan, Chine)
Crevaison : 5
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
La Suite...

22/05/2016

Australie : Great sandy desert

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Broome - Karratha : 12 mai 2016 - 22 mai 2016

Je quitte Broome après deux jours formidables chez Lin, une taïwanaise expatriée en Australie. Rouler en Asie du sud-est ne nécessitait aucune préparation. Il y a du monde partout, on trouve de l'eau et de la nourriture facilement. L'Australie, c'est tout le contraire. C'est un pays désertique, surtout le centre et l'ouest où je me trouve actuellement.
Le great sandy desert s'étend sur ma route. 600km de Broome à Port Hedland et seulement 3 points d'eau, 3 stations services façon Australie appelées road houses. La distance entre ces stations peut aller jusqu'à 300km. Deux jours de vélo. Je sais que je bois entre 6 et 8 litres les jours de chaleur. Afin d'avoir un peu de marge, je charge mon vélo de 18 litres d'eau. Avec mes 6 jours de nourritures, mes sacoches sont pleines à craquer. Mon vélo n'a jamais été aussi lourd.
Six jours pour atteindre Port Hedland avec des journées parfois vraiment monotones. Le même paysage, rien ne bouge: de grandes lignes droites suivies de grandes lignes droites !
Pas de dune et de sable fin, ce n'est pas le Sahara ! De l'herbe sèche, des petits arbres et de la terre. Sans oublier les barbelés, bordant la route sur des dizaines de kilomètres.
La plupart des animaux sauvages rencontrés sur le bord de la route étaient morts. Même au petit matin je n'ai pas vu un seul kangourou, juste quelques oiseaux.

Pour agrémenter mes journées, mon pire ennemi était de la partie: le vent. Le matin toujours de face et parfois assez fort, pour réduire ma vitesse moyenne  à 15km/h . L'après midi, il devenait un compagnon, et me poussait. Je pouvais faire des moyennes à 27km/h.
La nuit, le vent tombe et les étoiles se dévoilent. Même si quelques nuages viennent perturber la vue, le ciel était magique. Sachant que la pluie ne tomberait pas, j'ai troqué ma tente pour un abri léger. Juste une bâche et une moustiquaire afin que mes yeux puissent apprécier le spectacle toute la nuit. J'ai utilisé pour la première fois depuis des mois mon duvet. Entre 15 et 20°C la nuit, ça faisait longtemps que je n'avais pas senti de l'air frais, ça fait du bien. Les journées étaient toujours aussi chaudes, avec plus de 40°C sous le soleil.

De belles rencontres ont jalonné ma traversée du désert. Les soirs où je ne dormais pas dans le bush je les passais dans les aires de repos aménagées par les provinces. Les australiens et autres voyageurs sont toujours aussi curieux de voir un cycliste au milieu de nulle part. Ils aiment également parler et connaître mon parcours. Je répète la même chose plusieurs fois par jour mais ça me fait toujours plaisir de discuter.
Le deuxième jour, vent de face, une voiture s'arrête 200m devant moi. Un couple me fait signe et à mon arrivée ils me tendent une glace au chocolat. Sous 40°C, en plein désert, un bonheur !
Eau, bières fraîches, fruits, sandwich, j'ai été gâté durant ce périple.

Lever du soleil, vélo chargé et camping au bord de la route

Mines de fer

En arrivant à Port Hedland, je comprends vite la situation. C'est une région minière, principalement des mines de fer. La circulation des road trains à trois ou quatre remorques est infernale. Je suis souvent obligé de me mettre sur le bas coté quand un de ces engins vient en face. Les australiens n'aiment pas les bandes d'arrêt d'urgence. Même si les routes sont larges, un road train lancé à pleine vitesse qui me frôle à un mètre ne me rassure pas trop. Je préfère m'écarter.
Port Hedland le principal port minéralier australien possède quelques jolis parcs, des plages mais les alentours sont vraiment moches. Des mines, des entrepôts, des trains, des camions, ... Ce que j'ai le plus apprécié ce sont les douches gratuites. Une vraie douche, ça fait du bien après six jours de toilette à la bouteille d'eau.
En quittant Port Hedland je quitte également le trafic incessant des camions. Après la bifurcation vers Tome Price et Newman, les road trains en file indienne ont disparu et je retrouve le silence.
Même si, d'après les cartes, j'ai quitté le désert ce n'est pas la forêt tropicale. Le paysage reste inchangé sur les 250km séparant Port Hedland et Karratha. Les rivières sont sèches. Je continue mes lignes droites parfois déviées par quelques rochers plantés au milieu de nulle part.

Les 18 litres d'eau ont été largement suffisants pour cette traversée désertique. J'ai pu remplir gratuitement mes bouteilles dans les road houses. Sur la route je n'ai aperçu qu'une seule fois de l'eau, dans quelques flaques perdues au milieu du désert.

Je suis actuellement à Karratha chez Sofie, une suédoise expatriée depuis 10 ans en Australie. La suite de mon trajet ne semble pas fantastique d'après mon hôte. 700km jusqu'à Carnavon avec le même fond d'écran ☹ .

Photo Australie

Statistiques

Distance :  918 km
Nb jours : 11
Nb jours de vélo : 8
Nb jours de repos : 3
Etape la plus longue : 176 km
Etape la plus courte :  47 km

Total depuis le début

Distance : 15269 km
Nb jours : 236
Nb jours de vélo : 133
Nb jours de repos : 103
Etape la plus longue : 208 km ( 10h de selle, Chine)
Etape la plus courte : 43 km
Plus haut col : 3045 m (Yunnan, Chine)
Crevaison : 4
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
La Suite...

12/05/2016

Australie : Gibb River Road, 550km de piste

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Kununarra - Broome : 28 avril 2016 - 11 mai 2016


Je quitte Kununurra avec 8 litres d'eau et 10 jours de nourriture, chargé comme jamais jusque là. J'ai l'intention de prendre la Gibb River Road pour rejoindre Derby, soit 700km dont 550 de piste. Sharon, l'australienne qui m'héberge, m'a certifié que c'est magnifique. De plus c'est la meilleure saison. C'est juste le début de la saison sèche, peu de trafic et la piste devrait être correcte, quelques zones bosselées mais rien de bien méchant. J'ai également bien étudié les cartes. Les points d'eau (rivières) sont espacés de maximum 100km. Mais un doute subsiste toujours en moi. Prendre la route goudronnée, 200km plus longue ou tenter la piste. Jusqu'au dernier moment j'hésite. Le jour du départ au croisement entre la piste et la route principale je m'arrête et hésite. Je ne sais pas pourquoi mais je ne le sens pas trop.
J'efface mes doutes et prends la piste.
Correcte sur 1km, ça devient plus rude après. Pas mal de petites bosses comme de la tôle ondulée et des cailloux. Je ne suis pas à l'aise avec mon vélo chargé. Le moindre défaut fait bouger mes sacoches de haut en bas et de droite à gauche. Physiquement ce n'est pas dur, j'ai juste peur de casser une pièce, rayons, sacoches, ... Après 25km de piste cassante j'arrive à la première rivière. Pas de pont, il faut traverser avec ses deux jambes et son vélo de 50kg. Mais la chance me sourit, un jeune australien en pick-up me propose de charger mon vélo dans la benne. Je décharge mes bagages et porte mon vélo jusqu'à sa benne et on se lance dans la traversée. 100m de long, rocailleux, 80cm d'eau, le 4x4 se balance avec force mais tout se passe bien. Sans cette aide bienvenue j'aurais dû faire 3 aller-retour, deux pour mes bagages et un pour mon vélo. Une galère évitée. Il est midi, j'ai fait 125km depuis Kununurra. Je m'arrête là pour aujourd'hui. L'eau est très claire, on peut voir le fond, pas de crocodile, c'est parti pour le bain. Avec 45°C cet après midi là, la rivière est vraiment la bienvenue.
Le lendemain je pars au lever du jour à 5h30. A l'aube l'air est nettement plus frais, 25°C. La piste est toujours mauvaise. Au bout de 6km je m'arrête et pense faire demi tour. Un couple de canadien s'arrête, on discute et ils me disent que la piste est mauvaise sur les 90 premiers km mais qu'après c'est mieux. Je retrouve de la motivation, et je repars gonflé à bloc. Satanée piste: 8h30 pour faire 96km. Je ne suis jamais allé aussi lentement. Pas un kilomètre sans bosse, je suis frustré. Impossible  de profiter du paysage, mon regard est fixé sur le chemin pour trouver l'endroit de la piste qui est le moins mauvais.
Usé, sous une chaleur éprouvante, j'arrive devant la rivière Durack. Elle n'est pas très large ni profonde. Trois aller-retour et me voilà de l'autre coté. Bain, lavage de mes affaires, nettoyage du vélo m'occupent jusqu'à la nuit.

Pentecost et Durack rivière, piste bosselée

Les jours suivant la piste s'améliore, mais légèrement. Certaines parties sont sablonneuses, impossible de pédaler avec mon vélo chargé. Je pousse sur plusieurs km sous un soleil brulant, 49°C à mon thermomètre à 14h. Cette piste m'en veut. Quand il n'y a pas de sable, ce sont des bosses ou des cailloux. Sans oublier les mouches, qui se cachent dans mon dos et de temps en temps remontent sur mon visage visant les points sensibles. Oreilles, narines, yeux, elles sont vraiment collantes. Et le soir c'est les moustiques qui s'y mettent !
Sur les 250 premiers kilomètres, seul cinquante ont été corrects. Le physique suit, ce n'est pas si dur que ça, mais mon mental souffre. Je suis frustré d'avancer à la vitesse d'une tortue, 11km/h !
Heureusement presque tous les jours je croise une rivière. Après l'avoir traversée en 3 fois, je me baigne et me rafraichit. Quel bonheur ! Il parait qu'il y a des crocodiles en Australie. Crocodile Dundee c'est pour le cinéma! Je n'en ai vu aucun, pas la moindre trace. Je fais quand même très attention, je me baigne uniquement si l'eau est claire et que je vois le fond. Je ne joue pas ma vie, j'ai encore trop de choses à faire. D'ailleurs il me faudrait plusieurs vies pour réaliser tout ce dont j'ai envie.
En roulant j'ai le temps de réfléchir et les idées fusent dans ma tête. Certains jours je fais presque 100km et d'autres 50km, mais toujours au moins cinq heures de vélo.
Et pour agrémenter la fin de mon voyage, les trois dernières nuits d'orage viennent troubler mon sommeil. Ma tente montre quelques signes de fatigue. J'ai étanchéifié les coutures il y a 1 mois mais ce n'est pas parfait. Quand l'orage est très fort quelques gouttes tombent du toit, rien de bien méchant mais après plusieurs heures ça mouille un peu. Le pire ce n'est pas la pluie, mais la boue du lendemain matin. Cette terre rouge et collante m'empêche de pouvoir profiter de la fraicheur matinale. A 6h du matin, je transpire déjà, l'effort est trop intense. Vers 8h le soleil devient assez fort pour sécher la piste et je peux reprendre mon allure "normale".
L'aube est le meilleur moment pour apercevoir des animaux sauvages. Kangourous, oiseaux et même des dingos !
Chaque soir à l'arrivée, je suis vraiment sale. Les quelques voitures qui passent sur cette piste me couvrent de poussière.
Je ne croise pas grand monde sur le chemin: dix voitures maximum par jour, principalement des touristes,qui sont toujours sympa avec moi. Ils me demandent si j'ai besoin de d'eau ou de nourriture. Solidarité oblige, mais quelle générosité !

Barbu et bronzé
Après 9 jours, 150km de goudron, 550km de piste, des kilos de flocons d'avoine et de muesli, j'arrive à Derby. Je m'empresse de visiter le seul supermarché de la ville. Mon corps a besoin de gras et de sucre. J'achète des gâteaux, du beurre de cacahuètes et du pain. Quel bonheur ! Pas de fromage, de jambon ou de beurre: trop cher, 5$ soit 3€ environ le bout de fromage infâme. Je passe mon chemin. A chaque ville, c'est la même chanson. Après m'être rassasié, je cherche une prise pour charger mon smartphone. Toilettes, laverie, centre d'information sont des places de choix, je n'ai jamais manqué de courant ☺
Je suis vraiment content d'en avoir fini avec cette maudite piste mais relativement déçu. La piste était mauvaise et les paysages n'étaient pas si grandiose: jolis sans plus. Toutes les curiosités sont situées à l'écart de la piste principale. J'aurais dû faire entre cinquante et cent kilomètres pour les voir sans garantie de trouver de l'eau et même un endroit pour dormir.  C'est ma curiosité qui m'a poussé à prendre cette piste. Je ne recommencerai pour rien au monde.
La suite de Derby à Broome est anecdotique. Trois jours de route bien goudronnée, de beurre de cacahuète étalé sur du pain de mie, d'orages et de chaleur. J'arrive à Broome très très sale: "minable" comme on dit en Provence . Avec les orages, les rivières étaient boueuses, impossible de laver mes affaires.

Je suis hébergé chez Lin et Esy, deux chinoises expatriées en Australie. Je prépare la suite de mon voyage et la traversée du désert de Sandy entre Broome et Port Hedland. Je mange comme deux afin de reprendre un peu de poids. Le régime "dissocié" muesli, flocons d'avoine a rongé le peu de gras que j'avais.

Filtrage de l'eau



Sur la Gibb River Road, j'ai filtré l'eau des rivières et des mares afin de boire de l'eau potable. J'ai vu certains aborigènes boire directement dans la rivière, mais mon estomac fragile d'européen ne le supporterait sans doute pas.
Filtrer l'eau n'est pas compliqué: 30min pour 8L, un peu d'huile de coude et le tour est joué. Si l'eau est très sale, terreuse comme une rivière après un orage. Je pré-filtre avec une paire de chaussette afin de supprimer les plus grosses particules pour ne pas boucher mon filtre.

Statistiques

Distance :  1031 km
Nb jours : 14
Nb jours de vélo : 12
Nb jours de repos : 2
Etape la plus longue : 120 km
Etape la plus courte :  46 km

Total depuis le début

Distance : 14351 km
Nb jours : 225
Nb jours de vélo : 125
Nb jours de repos : 100
Etape la plus longue : 208 km ( 10h de selle, Chine)
Etape la plus courte : 43 km
Plus haut col : 3045 m (Yunnan, Chine)
Crevaison : 4
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
La Suite...

28/04/2016

Australie : Sud, sud ouest, soleil dans le dos

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Darwin - Kununurra : 11 avril 2016 - 27 avril 2016


Darwin

Mon vol de Jakarta à Darwin se passe bien. J'avais prépayé mes bagages : 25kg de sacs et 25 kg de vélo. Sur la balance : 22kg et 21kg, parfait, pas de surtaxe.
Après une escale à Bali, j'arrive à 20h à Darwin en Australie. Mes bagages sont là et le carton du vélo n'est pas abimé, tout commence bien.
La douane australienne est réputée sévère et la liste des biens qui ne peuvent pas entrer dans le pays fait 20 pages A4. Pas de fruits, pas d'aliments contenant de l’œuf, ... J'ai pris mes précautions. Je n'ai pas de nourriture.
Je remplis le petit formulaire comme à chaque entrée dans un nouveau pays. Avec ses questions tordues : Avez-vous des objets avec de la terre dessus ? , ... je réponds non alors que certains de mes sacs ne sont pas vraiment propres. Je ne les ai jamais nettoyés. La douanière me pose des questions sur mon voyage en vélo mais aucun de mes sacs ou cartons n'est ouvert. Pas de vérifications du vélo, juste le scanner aux rayons X.
Je passe la vérification de mon passeport sans encombre. Tout est automatique: je glisse mon passeport dans la machine, elle me prend en photo et la barrière s'ouvre. Me voila en Australie.

Première étape : remonter mon vélo. Les portes bagages, les pédales et les roues, enlevées pour le vol sont remontées en une heure . Je rencontre un couple de cyclistes italiens qui part pour traverser l'Australie par le centre. On ne suit pas les mêmes chemins. Ils partent dans la nuit pour rejoindre un ami qui habite Darwin et moi je m'endors paisiblement sous les lumières éblouissantes du hall de l'aéroport. Entre les appels au mocro et les gens qui passent, je ne dors pas très bien.
Au petit matin, avec la forme d'un lendemain de soirée trop arrosée, je pars me balader dans la ville. Quel changement par rapport à l'Indonésie. Peu de trafic, la route est large et il y a des espaces sans âmes qui vivent. Génial.
Darwin n'a rien de sensationnel mais le calme, les parcs et le bord de mer lui donnent un peu de charme. Je pars faire les courses dans un supermarché. 4$ le kg de bananes, 5$ les tomates, tout est hors de prix. Du coup, je me recentre sur les classiques : muesli et flocons d'avoine. C'est pas cher, nourrissant et bon pour la santé. Je sais que dans les petites villes, c'est encore plus cher et que la prochaine ville avec un supermarché est à 400km. J'achète de la nourriture pour 5 jours. Principalement des paquets de 750g de flocons d'avoine à 1$75 et du muesli 600g à 3$. Un peu de pain et de nesquick chocolat, 25$, 5$/jour ( 3€50). Raisonnable.

Je roule  40km et je m'arrête chez Kingsley, un jeune homme de cinquante ans que j'ai contacté via Warmshowers. Je passe quatre jours chez lui à préparer mon voyage, manger, dormir et me remettre de cette petite maladie qui me colle à la peau depuis 5 jours. Je n'ai pas trop d’appétit, je me sens bien fatigué et les 45°C au thermomètre ne m'aident pas trop. Je rencontre Tim, un anglais de 30 ans parti de Londres il y a un an et en route pour la Nouvelle Zélande tout comme moi. Malheureusement nous n'avons pas le même trajet. Il passe par le centre et moi je vais plein ouest direction la région de Western Australia.

Plein sud, Katherine



Le 16 avril 2016 je pars direction Katherine 400km au sud avec quelques détours. 8 litres d'eau, beaucoup de nourriture, je suis chargé comme une mule. Kingsley m'accompagne sur les premiers 20km puis je me retrouve seul. Je vais en direction du parc national de Litchfield. Vide, voilà le mot qui convient à l'Australie. Sur les 115 km de mon parcours, pour ce premier jour, je n'aurai croisé qu'un minuscule village avec juste une pompe à essence.
La route est propre et silencieuse. Je n'avais jamais connu ça. En Asie ça n'existe pas. La route qui accède au parc par le nord n'est pas entièrement goudronnée. Les premiers 10km sont acceptables, je roule comme sur du goudron. Mais dans les derniers 10km, c'est l'enfer. La route est sablonneuse. Je suis obligé de pousser mon vélo, impossible de pédaler. Sous un soleil de plomb, 43°C à 15h, je suffoque. Pas encore totalement remis de ce mal qui me coupe l'appétit, je résiste comme je peux.
A 17h, en sueur, 6.5 litres d'eau au compteur, j'arrive dans le parc national de Litchfield. Je m'installe dans un endroit où le camping est autorisé, près d'une magnifique cascade. Je paye les 6.60$ pour ma tente et je prend une douche revigorante.
Il est interdit dans les parcs nationaux de dormir n'importe où. Il faut s'installer dans les "campgrounds". Ça coûte quelques dollars mais c'est ma première nuit, je respecte la "loi".
Flocons d'avoine au menu et je m'endors, fatigué, au soleil couchant. Je transpire abondamment jusqu'à 1h du matin. 30°C dans ma tente. Des hordes de moustiques, comme au pire moment de mon aventure finlandaise, essayent de rentrer dans ma tente, mais la moustiquaire est là pour les empêcher de me piquer. Par contre au matin ils sont toujours là. Je range ma tente en vitesse et sans déjeuner je prends la route.
La chaleur est pesante et je n'ai toujours pas d’appétit. La moindre petite montée m'épuise sous ce soleil.
Après 50km, le bain au pied des chutes de Florence me fait un bien fou. Je passe deux heures à me rafraichir. Les gens que je croise sur la route me disent bonjour, c'est cool. Et puis ce n'est pas comme si j'avais la main en l'air toute la journée. Je croise au maximum dix voitures par heure, en heure de pointe ☺.
Je passe ma deuxième nuit dans le bush, calme. Quasiment pas de trafic, le bonheur. La route direction Katherine au sud est presque toute plate et le paysage ne change pas trop. Arbres, hautes herbes, petit ruisseau sec, c'est presque désertique.
Au soir du troisième jour, je prends une petite route secondaire. Je pensais trouver de l'eau mais rien, tout est sec. A la seule maison que je croise je m'arrête. Deux énormes chiens m'entourent en hurlant jusqu'à que le propriétaire arrive. 1m60, 70 ans, long cheveux et barbe de 30 ans, il remplit mes bouteilles généreusement. Avant de repartir, il me demande où je vais. Je lui réponds, "je vais chercher un endroit pour dormir". Il m'invite spontanément et s'en suit une soirée inoubliable. Perdu dans le bush, cet ancien militaire de 70 ans vit seul sans électricité, ni eau courante. Juste des panneaux solaires et de l'eau de pluie comme eau potable. Il m'offre le thé et un repas succulent : légumes, fruit, pâté, gâteaux. Et pour finir, la séance cinéma. Un bon vieux western des années 70 en DVD. Merci Phil !!!
Je continue ma route vers le sud. Je vais mieux et je retrouve l’appétit. Je roule le matin entre 7h et midi, ensuite je m'installe à l'ombre pour lire jusqu'à la nuit tombée. Je fais des journées entre 80 et 100km, sans forcer. La route est plate.
J'arrive à Katherine le 20 avril après 5 jours de route et de piste.

Sud ouest, Kununurra



L'australien contacté via Warmshowers me fait faux bon. Je fais mes courses pour les 500 prochains kilomètres. Je recharge mon téléphone portable dans les toilettes publiques et je pars vers Kununurra, 515km à l'ouest. Je m'installe à la nuit dans une aire de repos gratuite et aménagée. Réservoir d'eau, poubelle et petit espace de camping. Le luxe !
Je rencontre un couple de français qui fait le tour de l'Australie en van.
La route jusqu’à Kununurra est plate à mourir. Le paysage ne varie pas trop, seul quelques baobabs et les Kimberleys me donnent l'impression de "changement". Mais pour pimenter mes journées ou plutôt mes nuits je dors dans des endroits interdits (parcs nationaux) ou dans des endroits payants sans payer. J'installe ma tente à la nuit tombée, 19h et je pars au petit jour à 7h. Sachant que dans ces provinces les rangers travaillent de 8h à 17h. Je suis tranquille. J'essaye de dormir dans des endroits gratuits, bush, aire de repos mais certaines fois c'est impossible. La distance jusqu'au prochain point d'eau est trop importante.
Pour parcourir ces 515 km, il m'aura fallu 6 jours. Certains avec 120 km, d'autres seulement 50km. Quand je ne roule pas, je lis. J'ai passé plusieurs après midi à lire dans des aires de repos. Ces lieux sont aussi un point de rencontre. Les voyageurs qui se baladent autour de l'Australie, s'arrêtent pour manger ou dormir. Je rencontre beaucoup de gens différents: des " vieux " en camping-car ou caravanes, des jeunes en van ou 4x4, filles et garçons. Toutes les nationalités sont représentées : Australien, Canadien, Allemand, Français, Italien, Belge, ...
Une chose est sûre, ils sont généreux comme jamais. Ils m'offrent des boissons fraiches, des fruits, des légumes, des gâteaux, des bières, du vin, ... Ils sont aux petits soins avec moi. Ils ont pitié du pauvre cycliste qui mange son bol de flocons d'avoine.
En arrivant sur Kununurra, je rencontre Sharon contacté via Warmshowers. Je passe deux nuits extraordinaires dans sa ferme du bout du monde. Je me ressource, fait du kayak, lave mes affaires, ...
Je prépare la suite de mon périple: 600 km de piste, sur la Gibb River Road en direction de Derby.

Sur la route



Le trafic sur la route est quasi nul. Je peux rouler une heure sans croiser personne. Les plus impressionnants sont les road trains. Un énorme camion, 3 à 4 remorques, plus de 40 m de long, lancés à plus de 100km/h, ça souffle fort ! Ceux qui arrivent en face me lancent des rafales qui me stoppent net, comme le Mistral. Ceux qui arrivent dans mon dos, les plus dangereux, me doublent à bonne distance.  Aucune frayeur jusqu'ici.
J'ai juste eu une mauvaise expérience avec un australien qui tenait un restaurant de bord de route (roadhouse). En me servant à son robinet extérieur, il est sorti en beuglant un charabia incompréhensible. J'ai juste compris que je devais fermer le robinet et que si je voulais de l'eau je devais lui acheter "ses" bouteilles de 1L à 5$. Radin !

Avec cette chaleur, plus de 35°C à 10h, je bois presque six litres d'eau par jour. Je transporte en permanence une réserve de 8 litres avec moi, afin de prendre une bonne douche ☺ . La distance entre les points d'eau varie énormément, de 20 km à plus de 120km. Je m'adapte, certains jours sont longs, d'autres très courts mais jamais ennuyeux. Même si les paysages ne changent pas tous les jours, les animaux sauvages sont très nombreux. Petits kangourous, oiseaux, serpents, ... Avec mon vélo je peux faire fuir un troupeaux de plus de 100 vaches alors qu'un road train ne les fait pas bouger d'un centimètre. L'odeur peut être ☺.

Statistiques

Distance :  1162 km
Nb jours : 17
Nb jours de vélo : 11
Nb jours de repos : 6
Etape la plus longue : 132 km
Etape la plus courte :  49 km

Total depuis le début

Distance :  13320 km
Nb jours : 211
Nb jours de vélo : 113
Nb jours de repos : 98
Etape la plus longue : 208 km ( 10h de selle, Chine)
Etape la plus courte : 43 km
Plus haut col : 3045 m (Yunnan, Chine)
Crevaison : 4
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)

La Suite...