28/12/2017

Mexique : aux portes de l'Eldorado

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29/10/2017 - 22/12/2017 ; Chetumal - Palenque - Oaxaca - Guadalajara - La Paz - Tijuana

Arriver au Mexique c'est de nouveau avoir accès à la corne d'abondance ! Des stands de tacos, quesadillas et burritos à tous les coins de rues, mais surtout des grands supermarchés avec des produits à prix "européen". Les yaourts, les céréales, la pâte à tartiner, ... sont au même prix qu'en France. Je n'avais plus connu ce luxe depuis ma sortie de l'Europe en août 2015. Fini le paquet de céréales au chocolat à 7€, le mini pot de yaourt à 2€, le Nutella à 10€ les 200g, ... Quel bonheur. J'ai dû passer presqu'une heure dans le premier supermarché Walmart que j'ai trouvé lors de mon arrivée à Chetumal, ma première ville mexicaine. Je ne savais plus où donner de la tête. Trop de choix ! J'ai opté pour un classique : bière Corona, cacahuètes et une boîte de 8 muffins. Délicieux après des mois de consommation locale.

C'est la période de la Toussaint, de la fête des morts. La célébration, différente de ce qui se fait en Europe, est bien plus festive. Ce n'est pas un rassemblement triste où tout le monde pleure. C'est une fête qui dure plusieurs jours, pendant lesquels les  mexicains  se déguisent en jouant de la musique. Les autels aux couleurs éclatantes recouverts d'offrandes et de photos des défunts fleurissent aux abords des cimetières où à proximité des calvaires qui jalonnent ma route. On y voit aussi des "épouvantails macabres" un peu partout dans les villages. C'est un mélange curieux de culture chrétienne et indigène.

Tout semble parfait dans ce pays. Je traverse les provinces de Quintana Roo et Campeche avec le vent de dos. Je dors chez les pompiers ou aux postes de la Croix Rouge.
Ma première nuit je l'ai passée dans un poste de contrôle de la tuberculose bovine posé au bord de la route à l'entrée d'un petit village. Juan, un homme d'une soixantaine d'années était tout seul dans sa guitoune. Après quelques mots il m'autorise à dormir dans le mini dortoir juste équipé d'un lit superposé qui lui sert de salle de repos. Je prends une douche, je me cuisine un peu et je discute quelques heures avec lui. Il travaille par roulement de 48h et s'occupe de vérifier et de signer ou non les permis de transit des bovins. Il y a plusieurs mois des gangsters ont dérobé tout le matériel informatique de la station ainsi que la télé. Et depuis, il passe toute sa vacation seul sans aucun divertissement. Il ne voit plus de près et ne peut lire que les gros titres du journal. Ma visite casse son ennui. En effet, il se trouve sur un axe où il y a très peu de passage et donc quasiment pas de boulot. Rien à faire pendant 48h ! Dur mentalement. Le lendemain aux aurores je reprends mon chemin après avoir chaleureusement remercié Juan.

Pour varier la routine culinaire d'Amérique centrale (riz, haricots, poulet) je remplis mon estomac avec de merveilleux tacos de poulet, chorizo, al pastor ... et un soda. C'est tellement peu cher: un tacos coûte entre 4 et 10 pesos (0.20€ ou 0.45€) accompagné de sauce piquante verte qui paraît toute douce mais qui se révèle explosive si on en abuse. Une bouteille de 3L de coca coûte 24 pesos (1€). D'ailleurs les Mexicains qui ont toujours une bouteille à portée de main, ne s'en privent pas. Je peux largement me permettre de boire 1.5L de soda par jour. Je l'élimine avec facilité. Mais pour un sédentaire c'est autre chose. Beaucoup de mexicains sont en surpoids. Tacos plus soda: pas très sain comme nourriture ! C'est le cocktail qui conduit à une progression permanente de l'obésité dans les campagnes mexicaines.




En arrivant dans la province du Chiapas j'ai l'impression d'être au Guatemala: la culture, la jungle, les gens, la nourriture, une sensation de déjà vu. Les montées infernales sous une température de 35°C sont les mêmes !  Dur dur ! La vie de cycliste. En revanche je ne vois plus de femmes faisant des tortillas à la main sur leur étal dans la rue. La fabrication y est mécanisée.

Je ne visite pas les ruines de Palenque et Tonina. Intéressant et joli mais j'ai eu ma dose de ruines précolombiennes au Guatemala. En revanche, je m'arrête longuement près des magnifiques chutes "Agua Azul": une eau bleu cristalline ruisselant en cascade sur une roche calcaire.
Il y a un mois le cours d'eau arrivant à la chute s'est brusquement tari. La déforestation alentour à modifié le réseau hydrologique coupant ainsi la source d'alimentation des chutes. Les autorités ont dévié une rivière voisine pour rétablir l'arrivée d'eau sur la chute visitée chaque année par des milliers de touristes. Les habitants, pressés de retrouver les ressources qui y sont liées, ont eux-mêmes participé pelles et pioches à la main au nettoyage du lit de la rivière. Encore un exemple qui montre le résultat du gaspillage des ressources naturelles qui pénalise les pays les plus pauvres pour alimenter le marché occidental.


Le Chiapas est la terre des Zapatistas, un mouvement révolutionnaire et altermondialiste s'inspirant de Che Guevara et d'Emiliano Zapata qui revendique la restitution de territoires communaux aux populations indiennes qui en avaient été spoliées et qui s'oppose à diverses mesures tendant à faire respecter les propriétés collectives. L'homme blanc, le gringo, n'est pas toujours le bienvenu. Bien que la plupart des gens soient sympathiques et souriants, je me suis fait régulièrement insulter par des gamins (fu... you gringo ) et j'ai même eu droit à quelques jets de pierres.
A San Cristóbal de las Casas, une petite ville touristique connue pour son architecture coloniale, je me repose quelques jours. Repos ne veux pas dire farniente. Je n'ai pas pu m'empêcher de faire des crêpes et d'y tartiner une épaisse couche de Nutella .

En redescendant vers la mer je rencontre quelques cyclistes venant d'Alaska et allant jusqu'à Ushuaia. Ils sont partis entre avril et juin et descendent-en suivant les saisons afin de profiter au maximum du beau temps. On discute et on échange quelques bons plans. Je retrouve également les charmes du camping sauvage sur la route menant à Oaxaca. Un pur plaisir solitaire, silencieux, en communion avec dame nature: installer sa tente, dîner, boire un café et terminer la soirée par un peu de lecture, ... Pas besoin de quémander un hébergement, de parler et de raconter pour la millième fois mon parcours. J'aime discuter, échanger mais aussi alterner avec des soirées au calme, tout seul en pleine nature.

Par une nuit venteuse, je suis réveillé brutalement par un claquement sur la toile extérieure de ma tente. Encore un peu endormi, je constate que la fermeture éclair de ma toile extérieure à lâché. Je mets rapidement un vêtement chaud et ma lampe frontale. Je tente un bricolage de fortune avec deux cailloux que je tape de chaque coté pour resserrer le zip. Au bout d'un quart d'heure qui m'a paru durer dix fois plus et quelques coups sur les doigts, la fermeture semble enfin tenir bon. Inquiet de la tenue de ma réparation, je veille de longues minutes avant de m'endormir.

Après une belle montée jusqu'à 1555m, à Oaxaca, je vais visiter les ruines de Monte Alban. Plus pour la vue que pour l'histoire. Le site Zapotec est perché à 1940m, au sommet d'une montagne. La vue en haut de ces pyramides est à couper le souffle. Je passe toute la matinée à monter sur chaque pyramide à degré sans m'en lasser. Je m'assois et je m'imagine ces peuples profitant de l'immensité qui s'étend devant moi.

Je décide de passer à l'ouest de Mexico, la capitale. Cette immense mégalopole polluée et dangereuse ne me dit rien. Pour l'éviter je roule au sud-ouest à travers une chaine de montagne avec des passages jusqu'à 3200m. Les matinées sont fraîches à cette altitude, 0°C: obligé de porter mes moufles pour ne pas me geler les mains. Fort  heureusement la route redescend ensuite jusqu'à Guadalajara. Les paysages ressemblent à l'image que l'on se fait du pays: désertique avec des cactus géants. Je traverse la zone de production du Mezcal. Un alcool fabriqué à partir de l'agave comme la tequila.
La différence ?
- Ils sont produits dans des états différents
- La tequila est distillée exclusivement avec de l'agave bleu alors que le mezcal est réalisé avec tout type d'agave
- Les processus de productions sont différents

A Guadalajara je me repose à la casa de ciclista la plus connue du pays. Elle est gérée par un collectif qui promeut le déplacement en vélo dans la ville.  Cette association permet entre autre à des gens qui ont peu d'argent de s'offrir un vélo en réparant des bicyclettes données ou récupérées chez des particuliers.
Les bénévoles proposent également d'apprendre à construire son propre vélo: en bambou ! Ils possèdent tous les outils et le savoir faire nécessaire. Il suffit d'acheter le matériel brut: le bambou, la résine, et d'y mettre une bonne dose d'huile de coude. Un partage de connaissances gratuites réalisé par des bénévoles engagés. Et c'est sans compter les dizaines de cyclistes hébergés gratuitement dans leur local. Une belle leçon d'altruisme !

Je passe trois jours dans cet énorme appartement avec douche, cuisine, wifi, ... Je répare le matériel qui a beaucoup souffert comme les zips de ma tente Hilleberg akto. Le slider s'use et la fermeture éclair ne ferme plus. J'ai plusieurs fois utilisé une pince ou deux pierres pour resserrer le slider. Cette solution a fonctionné plusieurs mois jusqu'à usure complète du zipper. La réparation n'est pas très difficile mais prend du temps. Tout mon matériel s'use à vitesse grand V. Il faut dire que je l'utilise intensivement tous les jours. Je ne pourrai jamais le revendre en disant: "je l'ai acheté il y a dix ans et il est comme neuf".










Après un dimanche à Guadalajara où j'ai fait le plein de quesadillas (chorizo, oignon, fromage) et de guacamole, je reprends la route direction la ville de Mazatlán dans l'état de Sinaloa, mondialement connue pour être la base du cartel dirigé par "el Chapo", un des plus fameux barons de la drogue mexicaine. Un cycliste mexicain rencontré sur le chemin m'a expliqué qu'il ne se sentait pas en sécurité dans cette région. Il sentait que les gens et la police le regardaient bizarrement. Il a préféré faire du vélo stop pour traverser cet état. Pour ma part je n'ai remarqué aucune animosité de la part de la population, tout s'est bien passé. Les gens ont été sympas, comme d'hab.

A Mazatlán je décide de prendre le ferry pour la péninsule de Basse Californie. Comme le ferry régulier de la compagnie Baja California ne partait que le lendemain, je traverse le golfe de Californie -la mer de Cortes- sur un ferry cargo.  J'ai opté pour la compagnie TMC qui transite tous les jours, charge voitures, camions, fret et accepte quelques passagers. 1197 pesos pour rejoindre La Paz. Ce n'est pas le luxe, il n'y a pas de cabines, juste une grande salle avec sièges et TV où se retrouvent tous les routiers. Suffisant pour moi et en plus très convivial . De plus le billet comprend la douche chaude, le dîner et le petit déjeuner. Il n'y a pas d'horaire fixes. Le bateau part dans l'après midi une fois tous les camions et autres véhicules chargés. Ensuite la traversée dure 17 heures pour arriver à La Paz dans la matinée.


Je passe deux jours à La Paz, une ville au bord de la mer de Cortez, hébergé par une famille au grand cœur, qui reçoit quasiment tous les cyclistes qui passe par là. Plus de 300 en 3 ans. Nous étions 4 cyclistes ce jour-là. Un grand merci à Tuly et sa famille pour leur générosité !

Ici le français le plus célèbre est le commandant Cousteau. Sa statue qui trône sur une plage, regarde la mer en direction de l'île qui porte son nom depuis 2009 en signe de reconnaissance pour sa lutte pour la protection de la biodiversité du Golfe de Californie.

Plus d'un millier de kilomètres pour rejoindre Tijuana dans ce désert sec, venteux et chaud qui est loin d'être inhabité. Je traverse des villes et des villages presque tous les jours. L'eau n'est pas un problème. Je n'ai jamais transporté plus de 7 litres, une quantité d'eau, largement suffisante pour aller d'un point habité à un autre. Ce sont des ranchs ou des restaurants de bord de route. Le soir je me permettais même de prendre une douche à la bouteille d'eau. Tout le long de la route numéro 1 les paysages sont superbes et varient du désert plat sans végétation aux petites montagnes hérissées de cactus géants.
Depuis la carretera austral en Patagonie je n'avais plus croisé autant de cyclistes. Entre 3 et 6 par jour. Tous allant vers le sud et la chaleur, fuyant l'hiver aux USA, pendant que moi je vais au nord l'affronter. Tous les soirs j'installe ma tente assez tôt pour profiter des couleurs magnifiques du soleil se couchant à l'horizon. Les températures ont été clémentes, pas plus de 30°C la journée. Ma nuit la plus froide fut de -1°C. Largement supportable avec mon équipement.

Quatorze jours de vent de face, de La Paz à Tijuana, 1500km de galère à se faire gifler la "gueule" par Éole !
Pourtant j'étais prévenu. Dennis un allemand, qui m'avait accompagné en Indonésie il y a dix-huit mois, m'a contacté sur les réseaux sociaux pour me conseiller de prendre le bus !
Mais non! L'entêté que je suis lui a rétorqué qu'il ne prenait jamais le bus. Il m'a traité de fou (You're a crazy guy !).
Tous les cyclistes choisissent de faire le parcours des Amériques et en particulier la route de Basse Californie dans le sens nord-sud. Avec le vent de dos, tout est plus agréable. Moi, je roule à contrevent depuis mon arrivée à Ushuaia il y a un an. Cherchez l'erreur !
"Payer 50€ pour traverser la mer de Cortes et lutter tous les jours contre ce p... de vent": voilà ce que j'aurais pu écrire juste après mon arrivée à Tijuana à la fin de la traversée de la Basse Californie. Mais j'écris cet article au chaud, à l'abri du vent, reposé. La route, la galère est presque loin. En tout cas elle n'est plus palpable. Avec cette quiétude je relativise et me dit que ce n'était pas la mort, pas si difficile: une fois terminées, les difficultés se transforment en aventure dans la bouche du voyageur. Sans ce vent de face le voyage se serait déroulé sans difficulté mis à part les quelques légères collines à gravir.


Sur cette route, non seulement les cyclistes attirés par la chaleur, mais aussi les camping-cars américains roulent vers le sud. Ils remplissent les superbes plages de la mer de Cortès, alignés comme sur un parking de supermarché.
Deux jours avant d'arriver à Tijuana, à la frontière avec les USA, je m'arrête chez Gabino.  Il n'est pas chez lui lorsque j'arrive devant sa porte. Mon téléphone ne capte pas de réseau GSM pour le contacter.
J'aperçois un voisin qui vient vers moi et me dit tout simplement:
"Tu peux rentrer c'est ouvert. Le mot de passe du wifi est sur la table".
Je contacte Gabino par Whatsapp. Il est aux USA et rentre dans la nuit.
Il me dit : mi casa es tu casa (ma maison est ta maison).
Ouuuaah, impressionnant !
Le summum de la générosité mexicaine. Plus je voyage, plus je suis émerveillé par l'altruisme des gens que je rencontre. Peu de gens sont capables d'une telle humanité. Gabino a hébergé plus de 350 cyclistes et jamais un problème.

J'écris ses mots depuis Tijuana après mes trois derniers jours de vent de face en Basse Californie. Je vais passer les fêtes de Noël à San Diego, Californie, si l'administration Trump veut bien me laisser entrer pour toucher du doigt le rêve américain.

A moi l'Eldorado !


Statistiques

Distance :  4556 km
Nb jours : 55
Nb jours de vélo : 42
Nb jours de repos : 13
Etape la plus longue :  198 km
Etape la plus courte :  43 km


Total depuis le début

Distance : 57330 km

Nb jours : 811

Nb jours de vélo : 562
Nb jours de repos : 249
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou

Crevaison : 12
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -10°C ( Paso San Francisco, Chili)




La Suite...

07/12/2017

Amérique Centrale : terre de l'empire Maya

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01/09/2017 - 28/10/2017
Panama - Costa Rica - Nicaragua - Honduras - Salvador - Guatemala - Belize

Vélo et paniers empaquetés dans deux belles boites en cartons, j'arrive à l'aéroport international de Cali en Colombie.
Aucun chariot pour transporter mes bagages !
Irréel ! Ça n'existe pas dans cet aéroport !
Obligé de payer un porteur, qui lui, possède un chariot, pour transporter mes grands cartons jusqu'au guichet d'enregistrement. Là, la jeune femme me demande ma preuve de sortie du Panama. Sans cela je ne peux pas embarquer. Je voyage en vélo mais elle s'en fout. La sortie à bicyclette par la frontière terrestre avec le Costa Rica n'est pas prévue dans son registre. La loi c'est la loi ! Je dois réserver un billet d'avion de Panama jusqu'à  San José la capitale du Costa Rica pour pouvoir monter dans l'avion. Je finis l'enregistrement et je prends mon vol. Si j'arrive à me faire rembourser ça ne me coutera rien, sinon c'est 100€ qui s'envolent pour rien.

Panama

Après deux heures de vol, j'arrive à l'aéroport de Panama City. Aller jusqu'au centre-ville en pleine nuit sur un vélo n'est pas raisonnable. Je vais voir les taxis en attente: le prix de la course est de 40$, sous prétexte que j'ai de gros bagages ! Les chauffeurs sont antipathiques et me prennent de haut. Ils ont senti que j'ai besoin d'eux. La somme qu'ils me demandent correspond à mon budget nourriture pour une semaine.
Tant pis ! Je retourne m'asseoir, je siphonne une boisson énergétique et je passe la nuit à lire assis sur un banc. Je ne ferme pas l'œil de la nuit. Je lis la trilogie d'acacia, un roman médiéval-fantastique. Envoutant et passionnant.
Au petit matin, je monte mon vélo et je pars en direction du centre ville, sans oublier un petit salut provocateur aux chauffeurs de taxis . La route principale est interdite aux vélos, mais je ne suis pas d'humeur à zigzaguer dans les rues pour trouver mon chemin. Quelques voitures klaxonnent mais au péage personne ne m'arrête .

Panama un paradis fiscal ?
Une évidence, en voyant  le centre ville truffé de buildings aux noms de grandes banques internationales.
Panama sous la coupe des Etats-Unis ?
En tout cas, on sent l'influence américaine partout.  Les enseignes yankees et les fast-foods (Mcdo, KFC,...) foisonnent à chaque coin de rue. Je n'ai pas vu ça depuis plus de 10 mois.

Je n'ai pas la force de visiter le centre historique. Je passe au premier supermarché rencontré: la faim me tenaille après une nuit blanche ! Les prix sont raisonnables, les mêmes qu'en Europe et le choix est vaste. Je trouve rapidement un hotel à 12$ et après un bon repas je m'endors en plein après-midi jusqu'au lendemain matin.

Je traverse le pont qui enjambe le fameux canal de Panama : 77km de long, 3 systèmes d'écluses. Il est emprunté par 14000 navires chaque année. C'est un passage obligé pour les bateaux qui ne veulent pas franchir le  redouté Cap Horn. Sa construction a été longue et difficile, entachée par plusieurs milliers de morts (5600 pour la seule période française de 1881-1889) et le scandale de Panama. Une affaire de corruption qui éclaboussa plusieurs hommes politiques et industriels français durant la Troisième République et ruina des centaines de milliers d'épargnants, en pleine expansion internationale de la Bourse de Paris.
Aux écluses de Miraflores j'aperçois ces portes containers, des géants d'aciers qui frôlent au millimètre le bord des écluses. Je prends quelques photos et je continue mon trajet sur la Panaméricaine.

Beaucoup de trafic, un paysage monotone, seulement des villes et des champs de cannes à sucre et la pluie qui me rince tous les jours à partir de midi. La saison des pluies bat son plein ! Des trombes d'eau s'abattent sur la route qui se transforme en torrent à certains endroits. Mes après-midis de vélo sont entrecoupées de pauses où j'attends patiemment que la pluie se termine: parfois pendant plus de deux heures. Puis je reprends mon rythme jusqu'au soir, avant de planter ma tente. Dormir dehors au Panama n'est pas dangereux. Il faut juste essayer de se cacher un maximum, à l'abri des regards, loin de la route. De toute manière, il pleut tous les soirs, ce qui réduit le risque de voir débarquer quelqu'un au milieu de la nuit. Personne n'aime sortir la nuit quand il pleut.
Deux jours avant d'arriver au Costa Rica, je rencontre, Bertrand un cycliste français. Amateur de surf, il a parcouru pendant neuf mois les plus belles plages d'Amérique Centrale. Il me refile les bons tuyaux. Ici, les cyclistes peuvent dormir chez les pompiers, la croix rouge, les églises, ... Sauf au Costa Rica, où Bertrand a toujours trouvé porte clause chez les pompiers .

Quelques minutes plus tard, je rencontre un autre cycliste. Cristian, un argentin qui est parti d'Ushuaia, comme moi. Suivant les conseils de Bertrand on s'arrête à la croix rouge de David, une petite ville. On est accueilli avec le sourire. Un lit, une douche et du wifi: le luxe. C'est l'occasion de  faire des provisions au supermarché le plus proche: conserves, avoine, beurre de cacahuète, ... On remplit nos sacoches avant d'entrer au Costa Rica qui est connu comme le pays le plus cher d'Amérique Centrale.
Le lendemain, 50km plus loin, on arrive au poste frontière de Paso Canoas. On passe  sans difficulté la douane panaméenne puis celle du Costa Rica 500m plus loin.



Costa Rica

Trois mois, c'est le temps que je peux passer au Costa Rica avec mon visa. Assez pour traverser le pays et passer 15 jours avec mon frère et sa copine. J'ai beaucoup roulé la tête dans le guidon ces dernières semaines, pour arriver à temps au rendez-vous que nous nous sommes fixé il y a plus de trois mois. A la différence du Panama, le Costa Rica semble plus sauvage. La route panaméricaine est bordée de jungle épaisse. Même si on ne voit pas des singes sur tous les arbres. La jungle ne semble pas avoir subi la même déforestation qu'au Panama.

Toujours en compagnie de Christian, l'argentin, je m'arrête pour notre première nuit dans une église évangélique, la Luz del Mundo ("la lumière du monde"). Le pasteur nous autorise à  dormir à côté de l'église. En fin d'après midi, son fils vient discuter avec nous. Il nous explique dans un long monologue la manière dont l'église catholique et les autres interprètent la bible: bien mal à son avis ! Comme s'il s'agissait d'un sermon, il nous vante l'église de la Luz del Mundo qui fait beaucoup mieux et blablabla blablabla ... Pendant presque deux heures, il enchaîne. Christian et moi, nous le laissons parler.
A la fin, je ne peux pas m'empêcher de donner mon avis.
Je lui rétorque:
- La bible a été écrite en hébreu il y a deux siècles, toi tu l'a lis aujourd'hui en espagnol.
Avant que tu poses tes yeux sur ces mots quelqu'un les a interprétés pour les traduire dans ta langue natale. Quand il y a traduction, il y a interprétation. Et peut être que cette interprétation n'est pas fidèle à la volonté des auteurs.
Deuxièmement, toutes les religions et les différentes églises disent détenir la "vérité".
Qui a raison?
J'ai rencontré des fidèles de toutes les grandes religions et je peux te dire: " Discute avec des gens d'autres religions, échange, apprend, voyage et tu te feras une idée différente de ta propre religion".
Sur le moment ça le laisse perplexe, puis il change de sujet et nous quitte quelques minutes plus tard. Cristian sourit, il semble partager ma vision de la religion.
J'ai vidé mon sac après avoir écouté "religieusement" ses arguments. Je ne suis pas fan des discours religieux, encore moins quand ça dure des plombes !

Apparemment je ne l'ai pas vexé, il accepte la contradiction et en fin de soirée il nous apporte à manger: riz, frijoles, ... et un café. On passe la nuit au sec, abrité sous un porche. Et le lendemain matin aux aurores on reprend la route. Un bel accueil pour notre première nuit au Costa Rica. Merci.

Le goudron suit la côte, mais on ne voit pas l'océan à tous les virages. Seules quelques magnifiques plages sauvages s'étendent sur le bord de la route. Je laisse Cristian continuer sur cette route et moi je bifurque vers les montagnes. Physiquement exigeant, des pentes de plus de 10%, sous une chaleur lourde, dur dur ! Je bois beaucoup et je fais pas mal de pauses. A partir de midi, il commence à pleuvoir comme au Panama. Ce trajet montagneux est moins agréable que je ne le pensais.
Je passe le col du Cerro de la Muerte (sommet de la mort) à 3300m puis je redescends sur San José, la capitale. Je laisse mon vélo chez Frazier, rencontré via Warmshower. J'emporte quelques affaires et je pars retrouver mon frère et sa copine.

Ça fait un an et demi que je ne les ai pas vus. Quel plaisir de les retrouver. Et ils n'arrivent pas les mains vides : pastis, saucissons, pâtés,  fromages, ... Des retrouvailles savoureuses ☺. Je n'aurais jamais cru que les produits de France puissent être si délicieux. Après des mois de régime: riz, soupe, poulet, retrouver de vraies saveurs, ça fait du bien. En visite dans les parcs nationaux de Manuel Antonio, Carrara, Cahuita nous entrevoyons la richesse de la faune et de la flore costaricaine : singes, coatis, ratons laveurs, paresseux, ... évoluant dans une forêt luxuriante. Les parcs nationaux sont très bien entretenus, on s'y promène sur des sentiers balisés en toute sécurité. Les animaux que nous voyons dans leur milieu naturel ne sont plus vraiment "sauvages". Pour voir des bêtes vraiment authentiques il faut prendre un guide et s'enfoncer plus profondément dans la forêt tropicale. Nous n'avons pas le temps.
Après les visites nous profitons du soleil sur de splendides plages de sable blanc et nous terminons nos journées à discuter devant l'apéro quotidien avant de cuisiner de bons petits plats .
Voyager en bus, dormir dans un lit, prendre une douche chaude tous les soirs. Un confort que j'avais oublié et qui me fait du bien. Après quinze jours exceptionnels, mon frère et sa copine s'en vont retrouver leur quotidien.

En ce qui me concerne, le retour au vélo est retardé. Mon passeport n'avait plus que deux pages de libre. Sachant que l'aventure est loin d'être finie, j'ai demandé un nouveau passeport à l'ambassade de France de San José.  Après avoir fourni les documents nécessaires, le fonctionnaire m'annonce le délai: 3 semaines ! Les bras m'en tombent. A l'heure de l'informatique c'est désolant. Mais c'est gratuit car c'est un renouvellement en raison d'un manque de place. J'avais fait cette demande le lendemain de l'arrivée de mon frère. Finalement je n'ai "perdu" qu'une semaine à attendre mon nouveau passeport.

Je ne me suis pas ennuyé pour autant. J'ai passé la plupart du temps avec Frazier, mon hôte. Il est professeur de français dans la capitale et il a aussi une affaire de vente d'équipement de surf  sur une plage de la côte pacifique pour arrondir ses fins de mois. Il connait tous les petits bistrots de la capitale. On ne les a pas tous visités, mais on a éclusé quelques cervezas et grignoté nombre de paquets de cacahuètes.
J'ai dû faire une révision générale de mon vélo: changement de chaine, de roulement de pédalier, de cassette, ... et de roues qui avaient plus de 42000km. Tout ça grâce à  mon frère qui m'a apporté ce matériel dans ses bagages. Je ne le regrette pas, car trouver des pièces de qualité sur place est très difficile et beaucoup plus cher.

Le 30 septembre je récupère mon nouveau passeport. Tout neuf, avec la même date de fin de validité que l'ancien mais avec un nouveau numéro. Ma demande de passeport grand voyageur, qui contient plus de pages a été refusée.  Il faut croire que voyager beaucoup, changer de pays souvent et remplir un passeport en deux ans alors qu'il est valide 10 ans ne fait pas partie des critères d'attribution. L'administration me fatigue ☹.
J'ai quand même la chance de garder mon ancien passeport, mon "carnet de route", car mon visa costaricain est dessus et  j'en ai besoin pour sortir du pays. La secrétaire prend soin de couper un des bords et de tamponner "annulé" en rouge sur la page principale. Pourquoi "annulé" et pas "cancel" ? Je ne sais pas. Ca serait plus logique en anglais sachant qu'un passeport est fait pour être utilisé en dehors du territoire français, et que l'anglais est la langue internationale de communication !
Je dis au revoir à Frazier et sa famille qui m'ont accueilli comme un prince:
MERCI INFINIMENT !!!

Et je reprends la route vers le nord et la frontière avec le Nicaragua. Trois jours de route avec un trafic trop intense à mon goût. Chaleur, pluie torrentielle toutes les après-midis: je veux vite partir d'ici !
Je tente quand même de dormir le soir chez les pompiers ou à la croix rouge mais c'est un refus catégorique   avec des raisons toujours différentes :
- Un cycliste brésilien a été hébergé et il a volé
- On est que deux et si on sort pour une intervention tu seras tout seul avec le chien, qui a déjà mordu quelqu'un !
- On n'a pas assez d'espace ...
Tous les soirs je finis sous ma tente bercé par la pluie.
Ce n'est pas pour ça que je n'aime pas les autochtones. Ils sont sympas et ont souvent ces mots à la bouche : "Pura vida". Suivant la situation la signification est différente: bonjour, au revoir, merci, ... La traduction littérale serait : "Vie pure". Ça sonne bien quand même !

Les produits dans les supermarchés sont plus chers qu'en France. Même le riz ! Seul les bananes (0.5€/kg) et l'avoine (2€/kg) sont abordables. Les restaurants de bord de route servent des plats simples mais pas très bon marché. Il faut compter 4 à 5$ pour une assiette de riz, frijoles, banane plantain et un bout de poulet. Bof !

En arrivant à la frontière avec le Nicaragua, un homme qui change de la monnaie me dit que je dois payer une taxe de sortie. Ça sent l'entourloupe. Je me rends donc direct à la douane sans payer. Le douanier me réclame le reçu du paiement de la taxe. Demi tour, je paye cette fameuse taxe : 8$ et je quitte le Costa Rica sans problème et sans changer mes Colons en Cordoba, la monnaie du Nicaragua. Les changeurs à la sauvette offraient un taux de voleur ! Une perte de plus de 50% ! Tout en me disant que je ne pourrais jamais les changer ailleurs qu'ici à la frontière. Je suis persuadé qu'ils mentent et je m'éloigne avec l'assurance de pouvoir changer mes Colons dans la prochaine ville.
Mon changement de passeport n'a posé aucun problème. Le douanier a juste examiné mon ancien passeport pour vérifier le tampon d'entrée, puis il a tamponné mon nouveau avec la sortie : facile
Impossible de me faire rembourser mon billet d'avion Panama-San José. Perte sèche 100€.






Nicaragua

En France on a une très mauvaise image de l'Amérique Centrale : terre de gang, meurtres, trafic de drogue, guerre civile, ... Pas très glamour. Je suis persuadé que ce n'est pas aussi terrible que ce qu'on voit à la TV. Les cyclistes ayant parcouru ces pays sont unanimes: il faut être prudent mais le danger est minime. Le tampon d'entrée sur mon passeport me donne le droit de rester un maximum de 3 mois dans ces quatre pays: le Nicaragua, le Honduras, le Salvador et le Guatemala et pas 3 mois dans chaque pays.

Quelques kilomètres après la frontière je croise un cycliste espagnol qui arrive du Mexique. Il n'a été confronté à aucun problème de sécurité durant ses semaines de traversée. Il dormait dans des hôtels pas chers, chez les pompiers, ... Exactement ce que je comptais faire, après avoir lu plusieurs récits de cyclistes ayant fait le parcours dans les deux sens. Je ne veux pas camper: trop risqué.
La route qui me mène jusqu'à Granada, une ville coloniale sur la côte atlantique est agréable. Peu de trafic, une large bande d'arrêt d'urgence sur laquelle circulent beaucoup de personnes  à vélo. Quand j'ai un cycliste en point de mire, je me fais un plaisir de le rattraper. Certains n'apprécient guère d'être doublés par un "gringo" sur un vélo surchargé. Systématiquement après les avoir dépassé ils tentent au prix d'un effort inhabituel de revenir à ma hauteur et de me dépasser. Je les laisse  faire et ça me fait bien marrer.
Quasiment tous les hommes portent une machette à la ceinture ou à la main. Mais ils sont souriants, et me saluent gentiment. J'aime déjà ce pays !

A Granada, je m'arrête dans un hôtel tenu par un expatrié français. Je visite cette charmante petite ville assez touristique. Il y a des hommes en armes et gilet pare balle devant les banques et certains commerces. Les attaques de magasins ou de stations-services sont monnaie courante. Je profite de la présence des vigiles pour leur confier la surveillance de mon vélo pendant que je vais faire mes achats. Mais à aucun moment je ne me sens "menacé" ou "en danger".  Je change mes derniers Colons costaricain dans la rue à un taux acceptable. Je perds un peu moins de 8%. J'étais sûr que les changeurs de monnaie à la frontière étaient des escrocs et des menteurs !

Le matin où je décide de quitter Granada, l'ouragan "Nate" vient déverser toute sa fureur sur la région. Des trombes d'eau descendent du ciel toute la journée. Le vent n'est pas violent, ce n'est pas l'apocalypse, mais la quantité d'eau est impressionnante. Impossible de prendre la route. Ici au Nicaragua, les dégâts sont minimes mais au Costa Rica c'est une autre histoire: inondations, glissements de terrain, routes coupées, ... Pour une fois, je suis un peu chanceux avec la météo. J'ai quitté le Costa Rica juste à temps.
Je passe de bon moments à discuter avec Boris, le propriétaire et Antoine, un jeune français en vadrouille en Amérique centrale durant les deux jours supplémentaires à Granada. Puis je me dirige vers Léon et le Honduras. J'admire au  passage la très jolie lagune d'Apoyo, un lac de cratère au fond d'une caldera entourée de forêt luxuriante.
Je passe ma première nuit chez les pompiers volontaires de Jinotepe. Ils m'acceptent sans hésitation. L'eau est coupée depuis le passage de l'ouragan. Pas d'eau chez les pompiers, c'est cocasse. Mais ils me nourrissent, il y a la TV, du wifi, des gens agréables, ... Parfait. Les  stations de pompiers volontaires (bomberos voluntarios) ne reçoivent aucune aide du gouvernement à la différence des pompiers municipaux. Ils tirent leurs revenus des dons fait par les citoyens et par d'autres pays, comme le Japon qui a donné des véhicules de secours. En tout cas c'est gens là ont le coeur sur la main et j'apprécie grandement leur accueil. MERCI !
José le pompier de garde qui m'a accueilli le soir de mon arrivée, me raconte qu'il a la chance de vivre correctement de son métier. Ce n'est pas le cas de plusieurs membres de sa famille qui ont été poussés a émigrer au Mexique.  Les plus déterminés qui ont poussé jusqu'aux Etats-Unis subviennent aux besoins de leur famille restée au pays quand ils le peuvent. Il aurait peut-être aimé partir aussi, mais le risque de se voir refoulé ou de se retrouver dans une situation plus fragile lui paraissait trop grand. La dictature et la guerre civile, facteurs de pauvreté, ont laissé des traces.

J'atteins la frontière avec le Honduras après 3 jours de route. J'ai décidé de ne pas m'éterniser ici bien que ce soit un pays magnifique, avec autant de beauté naturelle que le Costa Rica mais bien moins cher et moins touristique. J'adore le Nicaragua !
Je paye la taxe de sortie obligatoire: 3$. Ce qui fait en tout 15$  avec les 12$ payés lors mon entrée.





Honduras

A la frontière du Honduras je m'acquitte d'une nouvelle taxe d'entrée de 3$. La route goudronnée jusqu'à la ville de Choluteca est en très mauvais état. Sans entretien, la végétation reprend le dessus. Le bitume est truffé de nids de poule et partout des gamins les rebouchent tant bien que mal avec une pelle et un peu de terre. Ils quémandent de l'argent aux voitures qui passent, et au "gringo" aussi : "da me un dollar" (donne moi un dollar) c'est ce que j'entends en passant à leur niveau. Parfois ils sont plusieurs et tentent de me barrer la route pour que je paye. Je les évite facilement avec le sourire. Ils ne sont pas violents, pour eux c'est un jeu et aussi un maigre moyen de subsistance. Bien qu'ils aient souvent une pelle à la main ils ne l'utilisent pas comme Bernie Noël .
Je passe la nuit chez Jaime, un jeune Hondurien du réseau Warmshower. Je goûte la cuisine locale: riz, haricots, poulets, tortilla. Un air de déjà "gouté". Mais oui, ça fait 4 mois que j'en bouffe. Le lendemain j'entre au Salvador. Je n'ai pas gardé un grand souvenir du Honduras. En deux jours il est difficile de se faire une idée. Pour le peu que j'ai vu, je peux dire que le Honduras semble plus pauvre que ses voisins du sud, Nicaragua et Costa Rica. Beaucoup de maisons de bord de route sont faites de tôles et de bâches en plastique. C'est un signe qui ne trompe pas.



El Salvador

Je rentre dans le coupe gorge ! Le pays le plus dangereux d'Amérique Centrale;
"Si tu en sors vivant c'est que tu es chanceux" d'après les médias. Avec ce que j'ai vu depuis le début de mon parcours en Amérique Centrale je sais qu'il faut laisser les idées reçues de côté, faire confiance à son instinct tout en étant toujours prudent mais sans paranoïa.

Je prends la route qui longe la côte. Comme au Honduras, les gens portent des machettes et certains commerces sont protégés par des vigiles armés. Ça ne m'inquiète plus. Les salvadoriens sont plutôt souriants et sympathiques. Comme dans tous les pays latinos, certains me regardent bizarrement ou me lancent un "gringo" dédaigneux. Dans les marchés j'ai même droit au "mira, viene el gringo" (regarde le gringo qui vient). Rien de choquant.
Je passe mes nuits dans des hôtels pas chers (à moins de 10$) ou chez les pompiers. Les "bomberos" m'accueillent toujours avec le sourire et même me demandent combien de temps je vais rester. C'est une question qui m'a paru bizarre la première fois: en effet, il arrive que certains voyageurs passent plusieurs nuits pour se reposer. Moi, je me contente d'une seule. Je suis juste de passage. Tous les jours je prends une vraie douche. Avec cette chaleur et la quantité de transpiration qu'évacue mon corps durant la journée, c'est revigorant. Pas d'eau chaude, ce n'est vraiment pas nécessaire.

Du point de vue culinaire le Salvador me régale ! J'avale des ventrées de pupusa. Une tortilla épaisse fourrée de haricots noirs et de fromage. J'en mange matin, midi et soir ! J'adore. Bien qu'on en trouve au poulet ou au porc, la pupusa traditionnelle faite de haricots noirs et de fromage est ma préférée. Et en plus c'est la moins chère: 3 ou 4 pour 1$.  Je l'arrose souvent d'un soda. Avec cette chaleur j'ai terriblement envie de boissons sucrées. A 0.5$ la bouteille de 60cl, ça ne casse pas trop le budget .

Le seul lieu touristique que j'ai visité est la plage del Tunco, un spot très connu, fréquenté par des  surfeurs américains où on parle essentiellement anglais !
Après quatre jours seulement, je quitte le Salvador pour le Guatemala. C'est compliqué de se faire une idée d'un pays en si peu de temps. Avec ce que j'ai vu, je peux dire que les gens ne roulent pas sur l'or. Un certains nombre de maisons de bord de route sont faites de matériaux de récupération. Des gens marchent au bord de la route avec des fardeaux de bois ou de maïs sanglés sur leur front. Il y a beaucoup de pauvreté El Salvador est un des pays les plus peuplé d'Amérique centrale: pas un centimètre carré sans maisons, champs ou villages.



Guatemala

Je fais la queue à la frontière, à 7h du matin seul un guichet est ouvert. Les salvadoriens sont connus pour s'expatrier en masse. Une longue file d'au moins trente personnes s'allonge devant moi. Après une demi-heure et un tampon je sors du pays pour pénétrer au Guatemala. Pas de scan de passeport côté guatémaltèque, juste un très joli tampon avec des couleurs vivantes. Ça change du bleu marine administratif.

Je passe ma première nuit chez les pompiers d'Escuintla. Encore une fois accueilli avec le sourire. Bien que je dorme par terre, je peux prendre une douche, recharger mon téléphone, discuter avec les pompiers, ... Un grand plaisir.
Le lendemain matin en montant vers Antigua j'aperçois dans le prolongement de la chaussée le volcan "Fuego" qui crache des panaches de fumée. Pas un nuage, la vue est splendide. Ça me permet de mieux apprécier cette p... de montée sous 35°C !
J'arrive à Antigua l'ancienne capitale du Guatemala. L'hôtel dans lequel je passe trois nuits a une terrasse avec une vue panoramique sur trois volcans : Fuego,  Acatenango et Agua. Le Fuego est un volcan de type strombolien qui émet des jets de lave à intervalle régulier. La nuit on peut apercevoir la lave projetée au dessus du cratère du Fuego, tout en sirotant une bière et en grignotant un paquet de cacahuètes: merveilleux spectacle de la nature ! Je ne m'en lasse jamais.
Je consacre presque une journée entière à faire de la mécanique. Depuis quelques jours, je sens un jeu dans ma roue arrière. Je démonte le moyeu arrière afin de pouvoir accéder aux entrailles de la roue libre. Le cône de pression n'est pas assez serré. Je fais le tour des magasins de vélo pour trouver la clé adéquate. Aucun ne la possède. Certains me disent même que ça n'existe pas. J'opte pour la solution de fortune: marteau et tournevis afin de serrer le cône. J'y arrive tant bien que mal, mais tout celà ne me plaît pas trop. Mes roues sont neuves -2000km- et j'ai déjà un problème ☹. Espérons que ça n'empire pas et que le serrage système D fonctionne.

Je trouve quand même un peu de temps pour visiter cette charmante ville: des églises, de vieilles bâtisses coloniales, un grand marché, ... Et puis je ne me lasse pas de cette vue magnifique sur ces volcans. En revanche la pauvreté saute aux yeux.  Voir ces indigènes, descendant "direct" des fiers Mayas, vendre à même le sol de l'artisanat, des fruits, et toutes sorte de babioles pour un maigre revenu me rend triste.

De retour sur la route, je prends la direction de Tikal cette immense cité Maya en plein cœur de la jungle. Il fait très chaud, une chaleur humide dépassant 40°C certains jours. La route est droite et vallonée avec des pentes abruptes. Ici pas un virage ! Sur certaines portions il m'arrive de faire 10km pour 900m de dénivelé positif. Quasiment 10% de moyenne. Ereintant !
Je me shoote au soda. Mon corps a une forte envie de boissons fraîches sucrées. Comme ce n'est pas cher, 0.5€ la cannette de 33cl, j'en profite. Le Guatemala n'est sûrement pas un pays bon marché: en dehors de la tortilla et des bananes. Dans les supermarchés il y a nombre de produits qui sont bien plus chers qu'en France: le fromage, qui n'a pas de goût, les pâtes, les sauces, ...

Je continue à passer mes nuits chez les pompiers, toujours accueilli avec bienveillance et dans le "luxe". J'ai souvent un lit, la TV, la douche et de l'eau chaude pour le café. Je discute beaucoup avec les pompiers. Ils aiment me raconter leurs interventions. Les opérations de nuit concernent majoritairement des accidents de la route et des blessés lors de bagarres, règlements de compte ou querelles de voisinage. La violence est permanente. En raison des carences de la justice et de la police, les citoyens règlent leurs différents eux-mêmes directement. Ils n'attendent pas de passer devant un juge. Les dérives sont nombreuses. Un exemple: à Chichicastenango, un enfant de 12 ans a été battu à mort après avoir été soupçonné de vol.
C'est un pays dangereux mais les touristes semblent épargnés. Pour ma part, je ne me suis jamais senti menacé. Les guatémaltèques ont toujours été aimables avec moi dans l'ensemble. Même si parfois, au supermarché, ou quand j'achetais des fruits au bord de la route les vendeurs ne répondaient pas à mon bonjour et ne souriaient pas. Le client n'est pas "roi" comme en Europe. Dans la difficulté, la souffrance, on a rarement envie de sourire, surtout pas au gringo de passage ! Dans les campagnes la vie est difficile. La pauvreté est visible. Les enfants qui travaillent dans les champs portent de gros fardeaux de bois ou courent au bord des routes pour livrer leurs marchandises au village. Je mesure le fossé qui sépare les pays d'Amérique centrale de l'Europe en matière d'éducation. Au Guatemala, l'école est obligatoire, mais la survie des familles prime sur la scolarité. Trop souvent les enfants qui sont en âge d'aider leurs parents ne vont plus à l'école. Les filles poursuivent un peu plus longtemps leur scolarité jusqu'à leurs mariages souvent très jeunes.

Je roule trois jours sous une pluie continue avant d'arriver à Tikal. Je suis trempé de nuit comme de jour. Ma tenue de vélo ne sèche même pas. Je ne porte pas de kway pour me protéger de la pluie à cause de la chaleur. L'eau qui tombe du ciel semble avoir été chauffée !

Je m'arrête dans un hôtel touristique à Las Flores: quelques bungalows au bord lac de Peten Itza.
Tikal est un site maya splendide. Toutes ces pyramides qui émergent de la jungle sont impressionnantes. La vue à 360° du haut du temple IV surplombe les environs couverts de jungle à perte de vue.
La restauration des vestiges est remarquable. Il manque pourtant quelque chose pour mettre vraiment en valeur les pyramides:  des habitants, de l'animation !
Il manque la vie qui existait dans cette grande ville maya avant l'arrivée des espagnols.

Je préfère largement m'assoir sur un banc dans un petit village et observer la vie locale actuelle. Voir ces femmes faire des tortillas à la main, les marchands ambulants, les "gauchos" à cheval, ... Le Guatemala à un air de Bolivie. Un grand nombre de villageois s'habillent encore de façon traditionnelle avec des tenues riches en couleurs. Le dimanche sur la place du village devant l'église, c'est un défilé de fidèles endimanchés portant parfois de magnifiques bouquets de fleurs exotiques comme offrande au saint patron de la paroisse.
Une dernière nuit chez les pompiers de Melchor et après un petit déjeuner tortilla, légumes, mayonnaise je rejoins le Belize.

Changer mes  Quetzal en Dollars a été un "parcours du combattant". Les changeurs à la frontière offraient un taux décevant (perte de 15%). J'ai fait le tour des banques sans grand succès, car il fallait posséder un compte pour changer. Heureusement l'une d'elle a enfin accepté. J'ai fait au moins cinq guichets différents, tous ont enregistré mon numéro de passeport et après 45 min d'attente j'ai enfin reçu mes dollars. Hallelujah ! Beaucoup de patience pour une poignée de dollar.
Je n'avais jamais vu autant de personnel dans une banque. Il y avait au moins dix guichets et deux ou trois employés par guichet. Plus les "chefs" qui surveillaient que tout se passe bien. Et c'est sans compter le garde armé d'une mitraillette qui surveillait les allées et venues.







Belize

Avec un tampon, j'ai un visa pour trois mois.
Mais le douanier est curieux ou plutôt pointilleux:
- Combien de jours séjournez-vous au Belize.
 Je lui réponds:
- une semaine.
Bien que je sois sûr d'être dans deux jours au Mexique si tout va bien.
Ensuite il veut savoir où je vais dormir.
Je lui dicte un nom de ville au hasard et banco, je peux rentrer au Belize.

A la différence des autres pays d'Amérique centrale, la langue officielle est l'anglais. Le pays est connu pour le Blue Hole et ses îles paradisiaques. Dont l'île Ambergis Cave qui inspira la chanson de Madonna - Isla bonita -.
Les supermarchés sont tenus par des chinois. Les restaurants proposent de généreux mais coûteux barbecues (5$, poulet, riz, haricots). Pour la première fois depuis le Costa Rica je campe de nouveau. Le Belize est le pays avec la plus faible densité de population d'Amérique Centrale. La route est plate, le paysage sec et il y a peu de monde en dehors des villages. Parfait pour le camping sauvage. La monnaie est le "Belize dollar". Mais l'on peut payer en USD partout. La vie est plus chère qu'au Guatemala .

Une nuit, deux petits jours pour traverser ce minuscule pays. A la sortie je dois encore payer 20$ !
La douanière veut savoir où j'ai dormi la veille et où je vais dormir au Mexique. Il semble que ça soit une obsession administrative. Je lui réponds que je ne me rappelle plus le nom de mon hôtel et que je vais dans la prochaine ville mexicaine. Je n'ai pas de carte donc je ne connais pas le nom. Elle semble embarrassée. Comme elle est aussi antipathique que beaucoup de douaniers qui m'ont interrogé, je ne fais  aucun effort et je lui répète plusieurs fois la même chose. Pourquoi se casser la tête pour des informations qui ne servent à rien? Ma persévérance est payante. Après quelques secondes d'hésitation, elle me tamponne mon passeport et je m'en vais vers la douane mexicaine.

Viva Mexico !


Statistiques

Distance :  3203 km
Nb jours : 58
Nb jours de vélo : 29
Nb jours de repos : 29
Etape la plus longue :  131 km
Etape la plus courte :  37 km


Total depuis le début

Distance : 52774 km
Nb jours : 756
Nb jours de vélo : 520
Nb jours de repos : 236
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou

Crevaison : 12
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -10°C ( Paso San Francisco, Chili)


La Suite...

16/11/2017

Colombie, Équateur : d'un hémisphère à l'autre

2 comments

8/08/2017 - 25/08/2017 ; El alamor - Quito - Cali


Plus je me rapproche de la frontière avec l'Equateur, plus le paysage devient sec. Moi qui pensais que ce pays était couvert de jungle, je suis choqué . Personne sur la route et encore moins au poste de douane. Rien pour changer mes derniers Sol en Dollars. En effet en Équateur, depuis 2000, la monnaie nationale, le Sucre, n'existe plus. Tout se paye en USD. Le douanier péruvien n'est visiblement pas de super bonne humeur. Il ne répond pas à mon "buenos días". Il prend mon passeport, le tamponne et me le rend. Sans un regard, rien. Côté équatorien c'est différent. Le militaire qui garde la barrière est souriant et me salue. On discute quelques minutes puis le douanier me tamponne mon passeport et me dit : "Bienvenido a Ecuador". Quel accueil ! C'est une première

Le paysage sec se transforme peu à peu en jungle quand j'attaque les collines. De belles montées sous une chaleur humide. Pas de ciel bleu malheureusement. Une épaisse couche de nuages tapisse le ciel, ce qui renforce la sensation de chaleur "lourde". Moins de déchets le long de la route, les premiers petits villages que je traverse semblent plus propres et mieux gérés. Les équatoriens vivent dans des conditions moins précaires que leurs voisins péruviens.
Peu de trafic. Ces premiers jours seraient presque plaisants, si seulement les barbelés n'avaient pas fait leur retour. Beaucoup de champs sont clôturés, ce qui rend le bivouac nocturne plus difficile. Est-ce que les clôtures sont là pour dissuader les intrus ou bien pour marquer la limite du territoire des grandes fermes? Je n'en sais rien. La logique de clôture des propriétés est très différente d'un pays à l'autre en dehors des obligations liées à l'élevage du bétail.

Un soir après avoir monté ma tente, je m'éloigne un peu pour prendre ma douche habituelle avec ma bouteille d'eau. Des fourmis de feu montent sur mes jambes par dizaines. En fait, je suis au mauvais endroit: tout près de leur nid. Le temps de m'en rendre compte, elles me piquent les pieds et les jambes. Je m'en débarrasse comme je peux, puis je me couche rapidement dans ma tente avec les pieds et le bas des jambes boursouflés. Le venin de ces insectes fait rapidement son effet et des cloques rouges apparaissent sur tout mon corps. Ça me gratte ou ça me pique pendant plusieurs dizaines de minutes. Un moment particulièrement désagréable qui s'achève par un brusque vomissement. Je n'aurais jamais pensé que des piqures puissent avoir de tels effets. Fatigué j'arrive à dormir tant bien que mal. Le lendemain matin les cloques ont disparues et je suis d'attaque pour une nouvelle journée de selle.
Ces fourmis sont très agressives et ne permettent à personne d'empiéter sur leur territoire. Leurs piqûres -1.2 sur l'échelle de Schmidt- sont très douloureuses. La prochaine fois je ferai attention où je mets les pieds. Une erreur dont je vais longtemps me souvenir.

Quand je rejoins la route 25, la panaméricaine, le décor change drastiquement. Fini la jungle, place au bruit des camions et à la culture intensive avec des champs de bananes à perte de vue. Je suis sur les terres du premier exportateur mondial et ça se voit. Pendant des centaines de kilomètres j'ai droit à ce paysage monotone. Parfois un peu d'éclectisme avec des plantes de cacao . Je rencontre les premiers iguanes. Immobiles au bord des routes où des chemins, ils passent leur journée à se réchauffer. Ces animaux sortis de la préhistoire sont impressionnants mais inoffensifs.

De longues journées de vélo sans grand intérêt, mis à part la nourriture. Fini le pain dur de la semaine précédente comme dans la sierra péruvienne ou bolivienne. Les boulangeries ouvrent tôt le matin et le pain chaud me régale. Ici on ne trouve que du pain brioché, mais c'est mieux que rien. De plus ce n'est pas cher du tout, pour 1$ je mange 6 à 8 petits pains.
Sinon les menus dans les restaurants ressemblent au Pérou : riz, poulet, soupe. Je ne m'y arrête pas.
Je préfère manger du pain avec des avocats.
Dans les pays plus sud, Pérou, Bolivie, Chili, ... on les appelle palta.
La première fois que j'ai voulu demander à une vendeuse des "paltas", surprise; pas de réponse, elle ne connaissait pas.
Je lui ai dit: "mais oui, c'est une boule verte foncé, on l'utilise pour faire du guacamole".
Elle m'a répondu avec un grand sourire: " Tu veux des aguacates, ils sont là".
Un nom différent pour le même fruit. Il faut s'adapter aux différences géographiques des langues.

Un midi, je m'arrête à l'abri d'un arrêt de bus. Un vieil homme avec un bandage à la main vient me parler.
Il commence par le classique:
- d'où viens-tu ? ...
Puis il enchaîne sur la religion.
Il m'explique avec de longues métaphores que j'arrive tout juste à décoder, qu'il est évangéliste.
Ensuite il me parle de sa douleur à la main et me montre une photo: son portrait avec écrit "mon fils m'a coupé la main avec une machette". Il enchaîne avec sa difficulté pour obtenir des antibiotiques car il n'a pas suffisamment d'argent.
Je lui donne une pièce. Il me bénit et repart faire sa quête.
C'est la première fois depuis mon départ que je succombe à une telle sollicitation. Ce vieil homme m'a vraiment fait peine.
J'évite autant que possible les mendiants qui quémandent une petite pièce pour ne pas me retrouver cerné et susciter la convoitise d'une foule.
Je ne suis pas sûr que cette obole serve à acheter des médicaments, mais ici pas de sécurité sociale, comme dans la majorité des pays pauvres: si tu veux te soigner: tu payes ou tu crèves. Triste ☹.

La montée vers la capitale, Quito, à 2850m d'altitude est longue et difficile. Grosse chaleur, pente très raide, et trafic incessant : aucun plaisir. Par contre la vue en arrivant sur la ville me récompense de ces efforts. La ville s'étale dans un creux autour d'une grande cathédrale datant de la conquête espagnole. L'urbanisme galopant a rejeté les nouveaux quartiers à flanc de colline, où les constructions et les ruraux attirés par la grande ville s'entassent sur des pentes très raides. Je visite cette grande ville plutôt sympa, avec son centre historique au style colonial espagnol et les belles vues sur les montagnes et les volcans environnants. Le festival des lumières a fait un grand voyage de Lyon à Quito. Le spectacle est toujours aussi joli . Je prends deux jours de repos bien mérité après 21 jours consécutifs sur le vélo.

 Puis retour à la réalité, je fais le yoyo jusqu'en Colombie dans des paysages ordinaires. 20000m de dénivelé en 7 jours !
Peu après Quito, je franchis symboliquement la ligne de l'équateur pour passer dans l'hémisphère nord.




Après une bonne heure de patience à la frontière équatorienne et un tampon je rentre officiellement en Colombie.
Tous les cyclistes rencontrés sur le chemin ne m'en ont dit que du bien. Par manque de temps je vais devoir traverser ce pays rapidement, sans vraiment le visiter. Le paysage ressemble grandement à celui de son voisin l'Equateur. Jungle, rivières, montagnes avec des cols aux alentours de 3000m. La chaleur humide est présente avec la pluie qui va avec. C'est la saison des pluies. Tous les après-midi j'ai droit à ma douche. A 3000m c'est plus que rafraichissant !
Un matin après une longue descente sous une pluie battante, j'arrive en bas d'une descente "congelé". Je claque des dents. Depuis la Patagonie je n'avais plus connu ça. Dans ces cas là il y a deux choix: s'arrêter dans un hôtel pour se réchauffer et passer une nuit au sec ou continuer à pédaler en espérant se réchauffer. J'ai souvent choisi la deuxième solution. Moins facile ! Mais si on s'arrête à la moindre difficulté, autant louer un camping-car pour rester à l'abri. Les conditions climatiques difficiles font partie intégrante du voyage en vélo.
Tous les jours je croise au moins un barrage militaire. Barricades de pneus, gardes armés de fusils mitrailleurs, tout y est. Les soldats ne font aucun contrôle, mais quadrillent le terrain. La Colombie est réputée dangereuse et a très mauvaise réputation. Les exactions de la guérilla des FARC ou des cartels de la drogue y sont pour beaucoup. Mais en aucun lieu, je ne me suis senti menacé ou en danger. Il faut juste faire attention dans les grandes villes à ne pas aller n'importe où. La méfiance absolue est de mise dans de nombreux pays.

Je continue mon régime "pain sec", bien que je fasse quelques folies le midi. C'est moins cher qu'en Équateur. En Colombie au menu traditionnel riz, poulet, soupe on ajoute des frijoles (haricots rouges). Il m'est même arrivé de me laisser tenter par un poulet frites. Pour 1.50€, j'ai droit à une belle portion de frites avec un gros morceau de poulet frit, façon KFC pour les connaisseurs.

Certains villages traversés ont un goût d'Afrique. La plupart des habitants sont des afro-colombiens descendants des esclaves africains amenés par les conquistadors ou leurs descendants pour servir d'esclaves.
Pas grand chose d'autre durant ces quelques jours en Colombie. J'ai beaucoup roulé et je me suis reposé quelques jours à Cali avant d'embarquer dans un avion pour Panama.
Pourquoi prendre l'avion alors que les deux pays ont une frontière terrestre commune?
En dehors du fait que je doive rejoindre rapidement mon frère au Costa-Rica, il n'y a aucune route sûre qui traverse la jungle bordant ces deux pays. La panaméricaine, cette route qui va de l'Alaska au sud du Chili, s'interrompt. Les seules pistes praticables sont utilisées par les 4x4 des narcotrafiquants ou des contrebandiers pour transporter leurs marchandises. Danger absolu !

Toutes les photos de l'Equateur et de la Colombie

Statistiques

Distance :  1566 km
Nb jours : 18
Nb jours de vélo : 13
Nb jours de repos : 5
Etape la plus longue :  173 km
Etape la plus courte :  84 km


Total depuis le début

Distance : 49571 km
Nb jours : 698
Nb jours de vélo : 491
Nb jours de repos : 207
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou

Crevaison : 12
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -10°C ( Paso San Francisco, Chili)






La Suite...
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