14/09/2017

Bolivie : un pays haut en couleurs

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04/06/2017 - 30/06/2017  Ollague - Uyuni - Potosí - Sucre - La Paz - Copacabana

Après notre échec de l'ascension du volcan Aucanquilcha retour à Ollague, une ville poussièreuse mais avec du wifi gratuit presque rapide .
Je passe  la douane chilienne avec Jo et Coline, en attendant que la douane bolivienne ouvre. Entre midi et 14h30, c'est fermé. A l'ouverture le douanier nous tamponne notre passeport pour 30 jours, alors que normalement c'est 90 jours . Discussion inutile ! 30 jours, c'est largement suffisant pour traverser la Bolivie.

10 millions d'habitants, une superficie deux fois supérieure à la France. Une géographique variée : Cordillère des Andes, Altiplano, Amazonie. C'est sûrement le pays le plus "authentique" d'Amérique du Sud avec toutes ses couleurs et l'ampleur de ses fêtes où se mêle la culture Inca et chrétienne. La population est multi-ethnique. L'état reconnaît 37 langues officielles bien que l'espagnol, le quechua et l'aymara soient les plus répandues.
Mais c'est aussi un des pays les plus pauvres malgré ses grandes réserves naturelles de lithium, d'argent et d'étain. Ses principales activités économiques sont:  l'agriculture, la sylviculture, la pêche et les mines,...

 Le vent ne s'est pas arrêté à la frontière: il souffle en permanence, il fait toujours aussi froid  . Il ne faut pas oublier que  l'on est à 3700m d'altitude où le soleil sur cet altiplano fait plus office de lumière que de  source de chaleur  On traverse notre premier salar près du village abandonné de Chiguana. Il n'est pas blanc neige comme celui d'Uyuni mais aussi plat. Avec le vent de dos, on se régale. Notre première nuit bolivenne, se passe dans une ancienne gare abandonnée près d'une caserne militaire érigée à côté du village abandonné de Chiguana.

Les guides touristiques annoncent la Bolivie, comme le pays des manifestations et des fêtes. En arrivant à San Juan on assiste à une reconstitution de la révolution française. Décors, costumes, prise de la Bastille, ... tout y est: exotique et grandiose ! On assiste au spectacle en dégustant des salteñas à 5 Bol (0.6€). L'empanada façon bolivienne avec des patates et des légumes est végétarienne, ici la viande est un luxe. On passe la nuit dans un hôtel dont les murs et le sol sont fait de briques de sel. Joli et original, un hôtel de charme.
Le temps est changeant. On ralentit notre allure afin d'arriver au Salar d'Uyuni avec un grand ciel bleu pour profiter de ce décor unique au monde. A quelques kilomètres au sud du Salar d'Uyuni, on s'arrête à Colcha K dans une petite auberge à 25Bol (3€) la nuit. La vieille dame qui tient ce petit commerce est adorable. On l'observe enveloppée dans son plaid tout en discutant avec elle.





A pas de fourmis on arrive au sud du Salar d'Uyuni avec un grand ciel bleu et pas de vent. 3650m d'altitude, 10540 m², c'est le plus grand lac de sel au monde mais également la plus grande réserve de lithium.
Le paysage est surréaliste, un tapis blanc à perte de vue: magnifique !!! C'est la saison sèche, le sol est dur comme du béton. En suivant la piste des 4x4 qui mène à l'île Incahuasi on a l'impression d'être sur du bitume. Par contre dès que l'on s'écarte de la trace, les fragiles alvéoles de sel se craquellent et rendent l'avancée plus difficile.
L'ile Incahuasi se trouve en plein milieu du salar. Plantée de cactus autour d'un restaurant, elle est le passage obligé de tous les touristes. En arrivant avec Jo et Coline, on rencontre cinq autres cyclistes: un couple de hollandais, deux jeunes français et un ukrainien. On installe nos tentes sur le salar. La nuit est très fraîche -9°C. Au petit matin on attend patiemment que le soleil sorte pour nous réchauffer un peu. En sortant du salar direction la ville d'Uyuni on quitte la piste de 4x4 pour filer directement. Erreur !!! Les bords du salar sont gorgés d'eau. On galère à pédaler. Le sel se colle partout: pire que de la boue . Enfin on arrive sur un mélange sel-sable. Impossible de rester sur le vélo, le sol est trop mou, il faut pousser. Nous arriverons de nuit exténué à Uyuni .

Tous les cyclistes que nous avons rencontré nous ont dit que la ville d'Uyuni est moche et ennuyeuse. Pour nous ce fut différent. On est samedi soir, la ville vit. On goûte notre premier steack de lama au barbecue. Bon mais nerveux. Celui-là au moins n'a pas été élevé dans une cage; il a couru dans les montagnes . Le lendemain, dimanche, c'est jour de marché.  On trouve de tout: fruits, légumes, vêtements, ... 99% des petits stands sont tenus par des femmes.  Assises par terre ou sur de petites chaises, emmitouflées sous plusieurs couches de vêtements colorés, elles vendent leurs marchandises tranquillement. Mais ce que recherche le cycliste est plus consistant. Entourées de leur gazinière et de leurs marmites, les boliviennes proposent des plats simples et pas chers. Poulet-pâtes, poulet-riz, tripes-patate, ... à 5Bol (0.6€). Assis sur un banc, en face de la responsable du marché on déguste nos premiers plats boliviens. C'est nourrissant, mais ça manque sérieusement de goût. Pas de sauce ni d'épices. C'est riz blanc dans tous les plats!

Sur la route qui nous mène à Potosi, Coline tombe malade.  Je finis cette jolie route vallonnée en solo pendant que Jo et Coline prennent le bus. Avec le vent de dos, dans une descente je bats mon record de vitesse : 95.18km/h !!!
Evo Morales est un président "apprécié" et ça se voit notoirement sur le bord de la route: des peintures tout les 100m avec comme slogan révolutionnaire: "Con Evo Si".

Potosi situé à 4070m au dessus du niveau de la mer est au pied du Cerro Rico "la montagne riche" qui a fait sa richesse. Terrain de la plus grande mine d'argent du monde au XVIe siècle, le minerai était extrait par des "esclaves" indiens sous le joug espagnol. L'argent s'est depuis raréfié. Il est encore extrait "artisanalement" dans des conditions désastreuses par une poignée de mineurs illégaux.

On continue notre découverte de la Bolivie. De nombreux boliviens ont la joue gauche gonflée. Elle est remplie de feuilles de coca. Les peuples andins de l'altiplano mâchent ça toute la journée pour avoir de l'énergie, couper la faim et supporter l'altitude. Infiniment moins nocif que de la cocaine, ça donne un coup de fouet comme un café fort. Je me convertis aux coutumes locales: depuis le nord du Chili, je mache régulièrement de la coca durant les matinées de vélo. Pas de contrôle antidopage! Le gout est très amer mais effectivement ça donne un peu d'énergie. Et il en faut en à 4000m ! Même les habitants, pourtant habitués à l'altitude sont facilement essoufflés par des tâches anodines : monter quelques marches, soulever des objets lourds ... A cette altitude on ressent rapidement le manque d'oxygène. La moindre petite apnée en faisant ses lacets ou en rangeant ses affaires est automatiquement suivie de grandes respirations à la recherche d'air, comme si on sortait de dix minutes d'apnée forcée.

Potosí est classé au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco pour ses monuments datant de l'époque coloniale. Mais pour moi le meilleur reste la vie locale. Les marchés de rue vendant des montagnes de cacahuètes, de fruits, ... tenus par des femmes habillées avec des couleurs éclatantes. Les petits stands de jus de fruits, yaourt, sandwichs, de beignets, de chocolats, ... Les sucreries restent décevantes: ça manque de crème, de beurre, de goût ! C'est souvent assez sec. Mais c'est tellement peu cher que ça passe. 1Bol (0.12€) le petit beignet, 5Bol (0.6€) le sandwich façon kebab, ...






En arrivant à Sucré,  je descends pour la première fois depuis plusieurs semaines sous les 3000m d'altitude: 2700m exactement, climat agréable, pas de vent, ciel bleu. Bien différent de ce que j'ai connu jusqu'ici. On se retrouve chez Ulrich, un expatrié allemand travaillant en Bolivie. En le rencontrant sur le chemin entre Potosí et Sucré, il nous a généreusement invité chez lui. La ville est ordonnée, propre, calme. Autour du marché central ça grouille de monde: des vendeuses de rue étalent leur marchandise à même le sol dans le plus grand calme. Sucré est la capitale constitutionnelle du pays, l'endroit où a été signé l'indépendance en 1809. La sixième ville du pays n'est pas la plus dynamique comparé à La Paz et Santa Cruz. Trop blanc, trop propre, trop calme, il y a beaucoup de quartiers où je n'ai pas l'impression d'être en Bolivie.

Coline et Jo restent pour découvrir la ville et les alentours pendant que je reprends la route pour La Paz. Une route magnifique, vallonnée avec des cols à plus de 4300m, et des portions en travaux, chaotique avec des éboulements et un revêtement qui met à mal mon vélo chargé. Très peu de trafic, des petits villages, des champs, des troupeaux de moutons et de lamas. J'apprécie ces paysages dans le calme absolu. Je m'amuse en voyant les femmes courir derrière leurs troupeaux afin de les faire avancer dans la bonne direction. Elles crient, gesticulent tout en faisant tournoyer un corde longue d'un mètre. A 4000m d'altitude il faut avoir la forme.
Sur les chantiers du bord de route la plupart des ouvriers m'interpellent et veulent discuter avec moi. Ils rencontrent rarement de "blancs" et encore moins de cycliste. Ceux qui possèdent un téléphone me prennent en photos. Je suis devenu une star cycliste de l'altiplano ☺.
Je grimpe entre 1500m et 2500m par jour: un bon col de première catégorie à plus de 4500m. Dur ! Mais dans ce décor et avec un temps clément, je prends énormément de plaisir. Les nuits restent fraiches au dessus de 4000m d'altitude mais rien de comparable avec le sud bolivien. -5°C, -8°C. Et le sol n'est pas froid! ça change tout.

L'arrivée à La Paz n'est pas aussi chaotique que je le pensais. On est dimanche, il n'y a pas trop de trafic. J'arrive par le quartier le plus haut "Del Alto": la vue sur la ville est impressionante. Le centre ville entouré de montagnes enneigées se situe dans la cuvette juste en dessous. La descente jusqu'au centre est vertigineuse. Tout ce que je n'avais jamais vu en Bolovie s'étend devant moi : buildings, supermarchés, hommes en costume de ville, ... Une Bolivie bien différente !

Je passe trois jours exceptionnels à la "casa de ciclista", entouré de cyclotouristes, pour la plupart Français. L'ambiance est sympa. On est sept à partager un grand appartement. Le principe des casa de ciclista (il y en a dans toute l'Amérique du Sud) est d'ouvrir un espace pour que les cyclotouristes puissent prendre une douche, dormir entre quatre murs, cuisiner, ... Et tout cela gratuitement la plupart du temps. Ici à La Paz, Cristian, le propriétaire demande une participation de 20B (3€). C'est largement compréhensible vue le nombre de cyclistes qu'il héberge chaque mois.

La Paz est une belle ville entourée par des montagnes à plus de 6000m d'altitude avec ses marchés aux mille couleurs où l'on déguste des jus de fruits frais, des soupes, ... Les fruits et légumes sont parmi les moins chers que j'ai rencontré : 5 Bol (0.8€) pour 25 mandarines, 2 Bol (0.25€) pour un avocat, ... Je n'ai pas passé ces trois jours à arpenter la ville. Fatigué par l'altitude, le froid et une petite infection alimentaire, je me suis surtout reposé ☹.
La sortie de La Paz fut difficile; le mot est faible. Monter en haut de la cuvette pour rejoindre la route vers le lac Titicaca est extrêmement difficile. Altitude plus fort pourcentage ne font pas bon ménage. Je dois la plupart du temps pousser mon vélo sous le regard médusé des habitants plus habitués à voir des scooters ou des motos surchargés grimper ces côtes.
Deux jours plus tard je suis à Copacabana, pas au Brésil , un petit village sur le bord du magnifique lac Titicaca en compagnie de quatre autres cyclistes français. Nous faisons route vers le Pérou.

Et les Boliviens ? Dans les guides on peut lire que les boliviens sont froids et peu accueillants. J'ai vécu exactement l'inverse ! Des gens souriants et curieux de connaître mon parcours et mes motivations. De premier abord ils peuvent être un peu distants et froids. A 4500m d'altitude dans le froid et le vent, la vie n'est vraiment pas facile; encore moins sans électricité ni eau courante dans les coins les plus reculés. Qui aurait envie de sourire au premier "gringo" venu ! Le vélo est un excellent moyen de contact avec les populations locales. Il faut prendre le temps, s'arrêter de pédaler,  s'approcher, sourire, échanger quelques mots et tout s'arrange☺. Contrairement aux touristes arrivant en masse dans les lieux touristiques, nous avons parcourus des routes peu fréquentées où le cycliste est perçu comme une curiosité plutôt que comme une vache à lait.

La Bolivie et les boliviens méritent d'être connus. Un pays splendide plein de couleurs et de "chaleur".


Statistiques

Distance :  1391 km
Nb jours : 27
Nb jours de vélo : 19
Nb jours de repos : 8
Etape la plus longue :  99 km
Etape la plus courte :  28 km

Plus haut col : 4420m d'altitude

Total depuis le début

Distance : 44287 km
Nb jours : 641
Nb jours de vélo : 440
Nb jours de repos : 201
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 4995m, Abra del Acay, Argentine

Crevaison : 12
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -10°C ( Paso San Francisco, Chili)








La Suite...

31/08/2017

Chili : Volcan Aucanquilcha 6176m

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02/06/2017 - 03/06/2017 ; Amincha - Volcan Aucanquilcha

Montée à 3800m, jusqu'au village "fantôme" d'Amincha au pied du volcan Aucanquilcha qui culmine à 6176m. Deux abuelitas (mamies) vivent  ici dans les bâtiments abandonnés de l'ancienne mine de soufre. Sur ces murs délabrés, usés, le temps s'est figé en 1993 lors de l'arrêt de la mine. Elle fut pendant son activité la plus haute mine du monde. Les mineurs travaillaient à 5900m d'altitude. Le soufre était acheminé jusqu'au petit village d'Amincha par téléphérique ou à dos de lama. Plus d'infos sur wikipedia : Aucanquilcha et ici 

Quand nous discutons avec une de ces dames, j'ai du mal à la comprendre. Elle parle un peu espagnol mais sa langue natale est celle des peuples andins: le quechua. Elle est née en Bolivie derrière la montagne nous dit-elle, et vit ici depuis des années mais ne sait plus combien. Elle a perdu la notion du temps.
Ces deux vieilles sont restées vivre ici alors que tout le monde est parti. Elles possèdent un petit champ et une maisonnette équipée de panneaux solaires. Les autres bâtiments du village sont fermés à clef, ce qui ne nous arrange pas car le vent souffle fort et qu'il fait déjà froid, alors que le soleil n'est pas encore couché. Après une inspection minutieuse des lieux nous arrivons à trouver quatre murs avec un toit. On bouche la fenêtre cassée avec des cartons et nous voilà protégés du vent.

Au matin on se déleste des affaires inutiles qu'on cache dans un bâtiment abandonné et on quitte le village d'Amincha en direction du sommet enneigé. Le chemin long et difficile n'est plus entretenu. C'est devenu le lit d'une rivière. Pédaler relève presque de l'impossible, entre les cailloux, le sable et la neige, il nous faut pousser le vélo. On avait prévu d'arriver jusqu'aux bâtiments à 5200m, passer la nuit et grimper jusqu'au sommet le lendemain. Mais c'est trop dur, même avec nos vélos "allégés". A 4900m, bloqués par le sable et la neige, nous laissons nos vélos au bord du chemin. La suite se fera à pied avec nos sacs. A 17h, on monte le camp sur une petite plateforme presque plate. Pour protéger nos tentes de ce vent glacial qui souffle fort on construit un muret en pierre et je m'endors à 5148m d'altitude. La nuit est froide, -8°C, le vent se renforce et au petit matin, c'est la tempête. Jo n'a pas dormi de la nuit à cause du mal des montagnes.
Le chemin qui monte au sommet est entièrement recouvert de neige. La voix de la sagesse ou de la peur prend le dessus et nous décidons de redescendre. Plier la tente dans ce vent relève de l'exploit. Il fait un froid glacial. Dans la descente le vent nous gifle et nous pousse presque à la renverse. On retrouve nos vélos indemnes et on les enfourche pour quitter cet endroit. La descente est chaotique. Vers 4500m, le vent se calme et l'air se réchauffe un peu.

Une heure plus tard on retrouve notre abri, nos affaires et les deux abuelitas.
En disant au revoir, une des mamies nous dit avec l'innocence d'une jeune fille:
- quand est-ce que vous revenez ?
Et là, elle nous touche en plein cœur !
Les yeux humides nous les laissons, seules dans ces ruines, en sachant que nous ne les reverrons jamais



La Suite...

16/08/2017

Chile : Froid polaire au nord

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18/05/2017 - 01/06/2017 ; Paso Sico - San Pedro de Atacama - Ollague

Si le côté argentin du Paso Sico était froid, le côté chilien est glacial ! Le thermomètre dépasse rarement les 0°C en journée en plein soleil. Le vent nous gifle la figure de jour comme de nuit.

Après avoir quitté la douane et passé une dure journée face au vent sur une piste pas toujours lisse, on arrive à un petit poste  militaire. Les soldats ne peuvent pas nous héberger pour la nuit, mais nous indiquent que 8 km plus loin, il y a une mine qui peut, "peut-être", nous accueillir. Il est 17h, la nuit tombe. Mon thermomètre affiche -4°C, le vent est terrible et aucun de nous n'a envie de rouler de nuit jusqu'à un hypothétique hébergement inconnu sur mon GPS. On joue les cyclistes fatigués pour demander aux militaires de nous emmener. Après une longue discussion entre eux, quelques coups de fils et une bonne demi-heure d'attente, ils nous annoncent que c'est bon. On charge les vélos dans leur nouveau pickup Chrysler flambant neuf et on démarre: musique à fond, le conducteur, un soldat fier de son engin roule à 100km/h sur de la piste parfois enneigée. En arrivant à la mine, il prend un virage trop court et frappe une barrière pourtant bien voyante. Résultat: arrêt net et pneu éclaté ! Les supérieurs vont apprécier ! Rien de cassé pour nous à l'intérieur, même si le choc a été assez violent. A première vue les vélos vont bien aussi. On n'est pas tombé sur le meilleur chauffeur du Chili !

Les gardiens de la mine nous accueillent comme des invités: lit avec couverture, cuisine et un petit réfectoire chauffé. Ils nous offrent même le café ! C'est une ancienne mine abandonnée, occupée par deux gardiens, qui bavardent avec nous et expliquent faire des rotations de 10 jours, entretenir un peu les lieux et glander le reste du temps. Cinq cyclistes qui arrivent, ça change leur quotidien monotone.





Le lendemain en attachant mes sacoches sur mon porte bagages arrière, je me rends compte qu'il est cassé ! Au moment de l'accident tous les vélos ont basculé sur le mien. Une des vis a été sectionnée net:  impossible de sortir le reste de vis du cadre. La tête de vis a été coupée et je n'ai pas d'extracteur. Heureusement, j'ai des vis de rechange et une deuxième attache sur le cadre.
Un peu de mécanique matinale, à la fraîche et on repart tous les cinq. Une journée glaciale. Le vent de face souffle fort. On passe quelques lagunes aux alentours de 4000m d'altitude. Vers midi on arrive vers la Laguna Piedras Rojas (des pierres rouges). Sur place: beaucoup de monde, des minibus partout. Un site que j'avais visité avec mes parents quelques mois plus tôt.  La lagune en partie gelée, ce qui n'était pas le cas en janvier, est toujours aussi magnifique.

Le vent de face ne faiblit pas. On n'avance pas et on est frigorifié, même en pleine montée. Coline et Jo abandonnent et font du stop. Jerem, Mad et moi nous continuons. Quelques dizaines de minutes plus tard Coco et Jo nous doublent affublés d'un grand sourire bien au chaud dans un 4x4. On les retrouvera plus tard à San Pedro de Atacama. On installe nos trois tentes bien serrées dans un mini trou à 3800m d'altitude, un peu à l'abri du vent. Dès que le soleil passe derrière les montagnes, les températures chutent. On passe de 5°C à -2°C. Dans la nuit il fera -12°C: ma nuit la plus froide. Dans mon duvet, tout habillé avec ma doudoune, je n'ai pas eu froid ☺. Au réveil, surprise, je sens ma tête gonflée comme un lendemain de bringue !

Puis c'est la descente vers San Pedro de Atacama à 2200m. Sur un goudron parfait, on retrouve la "chaleur".
Quel bonheur ! On s'arrête dans un camping (5000 pesos, 7€) afin de se reposer avant de partir pour le sud de la Bolivie.

San Pedro de Atacama est un village touristique. Il y a plus d'hôtels que de maisons, et beaucoup de touristes français. D'après les locaux, nous, les français, sommes les seuls à voyager toute l'année, contrairement aux autres européens qui voyagent seulement à la belle saison. San Pedro est situé au nord du désert d'Atacama, un des plus aride du monde. Il ne pleut presque jamais; sauf quand je suis là ! Déjà en été avec mes parents nous avions subi un déluge et maintenant en hiver il pleut de nouveau lors de mon deuxième passage. J'ai la guigne. Mais le pire c'est qu'il neige sur les sommets de la Cordillère des Andes et que le passage vers le sud de la Bolivie, le Sud Lipez est fermé par les autorités. Les deux passages (paso Sico, paso Jama) entre le Chile et l'Argentine sont fermés aussi. Les douanes ne savent pas quand ils vont réouvrir. La météo sur les montagnes est mauvaise. De San Pedro, on n'aperçoit plus les sommets recouverts par les nuages . Pour tuer le temps, on mange, on joue de la musique, parfois  même on cuisine: pain maison, crêpes, ... Après 4 jours d'attente, le passage vers le sud de la Bolivie est toujours fermé. Il neige de nouveau sur les sommets. Dommage, cette région de Bolivie, le Sud Lipez est réputée pour ces magnifiques lagunes, geysers, ...




Au lieu d'attendre oisivement, je décide d'aller avec Coline et Jo faire un tour à Calama, où se trouve  Chuquicamata, la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde. On n'est pas gâté par la météo. Dans le col qui nous mène à Calama, le vent de face nous engourdit et dans la descente, Coline fait une grosse chute. On roulait tranquillement en ligne le long d'une paroi rocheuse, j'étais devant quand j'aperçois au dernier moment  une grosse pierre sur la chaussée. Je crie "pierre" pour alerter mes coéquipiers. Jo l'évite mais pas Coline qui mord la poussière. Heureusement son casque l'a bien protégée. Bilan : quelques bleus et le pneu avant éclaté.

En arrivant à Calama, on retrouve le "plaisir" du grand supermarché avec du choix après deux semaines "d'aliments de base". Puis on fait un aller-retour à Chui-Chui, un petit village qui possède la plus vieille église du Chili.

Le Sud Lipez est toujours fermé. Nous décidons de rejoindre la Bolivie par la route jusqu'à Ollague. 3 jours de vélo, toujours dans le froid mais avec beaucoup moins de vent de face. Et même du vent de dos de temps en temps, comme dans la descente jusqu'au salar d'Ascotan : 93km/h !
A Estación San Pedro, on est accueilli dans un petit local abandonné. On a même droit à une douche chaude ! Mais le grand luxe ce fût à la mine de Cebollar: lit, local chauffé, dîner et petit déjeuner préparés par un cuistot. Les chiliens de ces contrées nous accueillent comme des princes.  Deux nuits sur trois au chaud, mais le froid du matin, -5°C, nous rappelle vite fait que nous voyageons en vélo sur l'altiplano à 4000m d'altitude.

Ollague est une ville perdue, quelconque, mis à part du vent et de la poussière. Deux rues, quelques restaurants, hotels et épiceries. Puisque le Sud Lipez est encore fermé, nous allons tenter l'ascension du volcan Aucanquilcha à 6176m, terrain d'une ancienne mine de soufre abandonnée en 1993

Statistiques

Distance :  647 km
Nb jours : 15
Nb jours de vélo : 11
Nb jours de repos : 4
Etape la plus longue :  75 km
Etape la plus courte :  35 km


Total depuis le début

Distance : 42887 km
Nb jours : 612
Nb jours de vélo : 419
Nb jours de repos : 193
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 4995m, Abra del Acay, Argentine

Crevaison : 12
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -10°C ( Paso San Francisco, Chili)

La Suite...

17/07/2017

Argentine : Abra del Acay - Paso Sico

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01/05/2017 - 17/05/2017 ; Paso San Fransisco - Cafayate - Abra del Acay - Paso Sico

Quel froid !
 La descente du Paso San Francisco Argentin est splendide : des couleurs, des vigognes et de l'asphalte flambant neuf ! Mais ça ne me fait pas oublier le froid qui me pénètre jusqu'aux os. En arrivant au poste de douane argentin, je fais les formalités avec un douanier qui n'a pas envie de travailler et qui parle volontairement trop vite. Il râle et souffle car je le fais répéter. Mais il lui suffirait juste de parler lentement et d'articuler pour que je comprenne.
Aprés les formalités, je m'assois à l'abri du vent et sort mon déjeuner : pâtes nature cuisinées la veille. Ce n'est pas pour les gourmets, mais ça me redonne des forces. En voyant mon repas un douanier me jette un bout de viande dans ma popote et me dit :
"Ici en Argentine on mange de la viande! Bon appétit".
La manière est un peu brutale mais la générosité est bien là. Je suis de retour en Argentine, ça c'est sûr ! Après m'être réchauffé, je continue la descente. Je ne me lasse pas de ces paysages colorés et je passe toute la descente la tête en l'air à les admirer. La route est parsemée de petits refuges: le coucher du soleil venu, je ne me gêne pas pour m'abriter et y passer la nuit. Deux bancs en béton, une cheminée et une radio pour joindre la gendarmerie. Après avoir écouté un peu de musique, j'entends la gendarmerie à travers la radio murale. Je ne comprends pas grand chose, la liaison est mauvaise. Je ne réponds pas. Dès que la nuit tombe, une voiture de police arrive. Le policier me demande pourquoi je n'ai pas répondu à leur appel. Je leur réponds que je ne comprenais rien à ce qu'ils disaient. Ça n'a pas l'air de les choquer puisqu'ils changent de sujet et me posent les questions usuelles :
- d'où tu viens ?
- pourquoi tu voyage en vélo ? ...
Après une bonne demi-heure de blabla ils s'en vont et je m'endors comme un bébé.

Le lendemain après 115km de descente j'arrive à Fiambala, un petit village bien connu des fans du Dakar. 1500m d'altitude, léger vent, soleil et température clémente: le plaisir !
Je squatte un petit camping, mange et me repose en compagnie de Martin un auto-stoppeur argentin. Un repos bien mérité après ces 5 jours dans le froid de la Cordillère.
Pour rejoindre Londres sur la ruta 40 et reprendre ma route vers le nord je décide de suivre la ruta de la cuesta de Zapala. Une route fermée à la circulation à cause des éboulements. Les locaux me disent qu'en vélo ça passe!
Exact, ... mais en poussant. La route n'est plus entretenue depuis des années et ça se voit. Je passe plus de 10km à pousser dans les cailloux. Mais au moins je ne suis pas gêné par l'odeur des pots d'échappement 
Puis c'est le retour sur le goudron de la ruta 40 jusqu'à Cafayate. Sur la route, je rencontre une famille française partie sur les routes d'Amérique du Sud pour sept mois en compagnie de leur deux enfants. Ils m'invitent à partager un dîner de roi dans leur camping-car​ et déguster un petit génépi pour la digestion : "le petit Jésus en culotte de velours".



Abra del Acay

A Cafayate, j'en profite pour faire un peu de gras avant d'attaquer de nouveau la montagne. Pour l'Argentine les prix sont "corrects". 60-90 pesos (3-5€) la douzaine d'empanadas, 30-50 pesos le sandwich à l'escalope milanaise, ... Je croise pas mal de voyageurs en tout​ genre. C'est l'occasion de partager quelques bières et bouteilles de pinard 

250 km de piste avec vent de face. Voilà mon défi jusqu'à l'Abra de Acay, le plus haut col de la ruta 40, 4995 mètres au dessus du niveau de la mer selon le panneau au sommet. En réalité le point le plus haut est à une altitude de 4972m. On ne va pas chipoter pour quelques dizaines de mètres.
Il me faudra 5 jours pour en venir à bout. Entre temps je croise quelques petits et grands villages (Angastaco, Cachi, La Poma, ...). Les gens sont plus typés "Boliviens". Je retrouve de petits vendeurs de bouffe dans la rue. Un avant gout de Bolivie 

Au dessus de 2500m je mets ma tenue "grand froid": chaussettes étanches, collant, polaire plus coupe-vent, bonnet et une barbe épaisse de trois mois.

Entre les villages, quelques rares petites maisons de berger et des vigognes partout. Je suis toujours impressionné par l'aisance avec laquelle elles escaladent les pentes à plus de 4000m d'altitude. Alors que moi qui pousse mon vélo et suffoque à cause de la route en mauvais état ou très pentue, elles courent tranquillement pour fuir ma présence !
Plus je monte, plus la route est en bon état, mais ça ne m'empêche pas de souffrir ! Au dessus de 4500m d'altitude, le moindre effort est éreintant. De plus, les arpenteurs ont décidé de me rendre la tâche ardue. Sur les 15 derniers kilomètres, je monte plus de 1000 mètres de dénivelé, avec des pentes à plus de 10%. Dur dur !!! Et puis ce put... de vent de face qui ne me lache pas, m'envoie de la terre dans la gueule et me fait souffrir jusqu'au dernier mètre.
Même dans la descente il m'emmer...

Et la poisse continue, on est dimanche quand j'arrive à San Antonio de Los Cobres. Un village, chef lieu de cette région perdu à 3800m d'altitude. Seules quelques épiceries sont ouvertes et pas très fournies. A part du dulce de leche, des gâteaux et du pain rassis, il n'y a rien. Les auberges sont trop chères. Je grimpe sur les hauteurs de la ville, où je squatte le cimetière, en grignotant un bout de pain dur ☹. Je n'ai aucune envie de rester ici plus longtemps ! Le lendemain aux aurores, je décolle en direction du Paso Sico. Un col frontière entre l'Argentine et le Chili.




Paso Sico

Sur la route, je rattrape 4 français en vélo:
Coco et Jo de cook&cycle qui ont décidé de partir un an avec comme leitmotiv de faire partager la recette des crépes aux habitants rencontrés sur les routes d'Amérique du Sud et du Sud-Est asiatique , et puis  Jerem et Mad.
J'avais vu leurs traces dans la descente de l'Abra del Acay. Nous voilà 5 cyclistes français à l'assaut des Andes en direction du Chili. C'est beaucoup plus sympa de rouler en groupe et de discuter. Mais ça ne gomme pas la difficulté de chacun pour avancer! Le vent souffle toujours en pleine face, il fait froid la journée et la nuit est glaciale. Bienvenue dans les Andes en hiver !
Nous avançons lentement au rythme des plus lents.
Heureusement dans ces contrées reculées et rudes, il y a toujours des personnes au grand cœur. A Catua, un petit village, une femme nous invite à déjeuner. Elle vit chichement et pourtant elle nourrit 5 cyclistes affamés et nous offre en plus des biscuits pour la route. MERCI  !!!

Arrivés à la douane en fin d'après-midi, on demande l'hospitalité pour la nuit. Le militaire nous emmène dans un bâtiment adjacent au poste de douane. Chauffage, lits, cuisine et douche, le luxe à 4000m d'altitude. Le vent souffle toute la nuit. On est bien content d'être entre 4 murs. On partage les locaux avec deux techniciens télécoms argentins. Ils nous racontent quelques histoires autour d'un café. On apprend l'histoire du malbec, un cépage français qui s'est bien adapté au climat argentin. Mais aussi, qu'ici en hiver, il fait tellement froid que les bidons de 20 litres d'eau gèlent entièrement à l'intérieur des voitures. Et ils concluent par : "Vous n'avez pas choisi le bon moment" 
Et puis  le lendemain matin, ça se complique: on tombe sur un douanier chilien tatillon qui nous demande des papiers pour les vélos : numéros de série, marque, ... Nous ne les avons pas. A chaque poste frontière une nouvelle tracasserie. Celle-ci plutôt cocasse nous fait perdre plus d'une heure au bureau de douane.
Le douanier en bon fonctionnaire prend tout son temps, juste pour nous faire chier !
Bienvenidos a Chile 




Tout n'est pas si dur

L'humeur lors de mon voyage à vélo dépend beaucoup de la météo et des gens que je rencontre. Mon aventure peut sembler difficile, mais il ne faut pas oublier que j'ai tendance à choisir les routes ou les pistes atypiques. Parmi les cyclistes que je rencontre, je suis un des rares qui ne recule pas devant les difficultés de la haute montagne. La beauté et la diversité des paysages sont mes récompenses.

Ce n'est pas facile tous les jours mais je suis en vacances et je prends quand même un grand  plaisir à atteindre les objectifs que je me suis fixé, même si ça ne se ressent pas toujours dans mes textes !
 Vive les vacances 


Statistiques

Distance :  1173 km
Nb jours : 17
Nb jours de vélo : 14
Nb jours de repos : 3
Etape la plus longue :  117 km
Etape la plus courte :  35 km
Plus haut col : 4995m, Abra del Acay, Argentine

Total depuis le début

Distance : 42240 km
Nb jours : 597
Nb jours de vélo : 408
Nb jours de repos : 189
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 4995m, Abra del Acay, Argentine

Crevaison : 12
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -10°C ( Paso San Francisco, Chili)

La Suite...

05/06/2017

Chili : Du désert d'Atacama au paso San Francisco

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20/04/2017 - 30/04/2017 ; Paso Agua Negra - La Serena - Copiapó - Paso San Francisco

Terrible de vent de face, même dans la descente il ne me laisse pas tranquille. J'ai dû pousser le vélo pour passer le paso Agua Negra à 4753m tellement il était fort. J'espérais qu'il me laisserait tranquille jusqu'à la Serena, deux cents kilomètres plus bas, mais c'est raté: je ne dépasse pas les 17km/h en pédalant dans la descente.
La  rivière qui longe la vallée de l'Elqui  irrigue les vignobles perchés sur le flanc des montagnes. Aux alentours de 1600m d'altitude j'aperçois les premières vignes. Joli constraste au milieu de ces monts secs et rocailleux. Les chiliens utilisent ces vignes pour faire un peu de vin mais surtout une eau de vie de vin bien connue en Amérique du Sud le pisco.

Quelle bonheur de retrouver le bord de mer, la chaleur et la douceur d'un hôtel. C'est la saison basse, il est presque vide. Pour partager une bière et du vin, je trouve tout de même des compagnons. Je fête le trentième anniversaire de mon frère avec le gérant de l'hôtel, qui garde les yeux scotchés sur la TV qui diffuse les matchs de football de la première league anglaise.

La Serena n'est pas vraiment une cité balnéaire, il n'y a pas de plages agréables et l'architecture n'est pas grandiose, mais la place centrale est mignone et le petit marché aussi. A la brocante du dimanche je trouve un nouveau rétroviseur. Le précédent a été arraché lors de la tempête de sable que j'ai subie au pied du paso Agua Negra.
Je quitte la Serena après deux nuits et quelques dizaines de crêpes au manjar (lait concentré au caramel).



Atacama

Je file vers le nord et la région d'Atacama par la route 5, la Panaméricaine. Le décor est désertique et les seules plantes qui survivent dans ce milieu aride sont les cactus. En haut d'une petite côte je rencontre Cyrille, un cycliste français de 65 ans qui parcourt l'Amérique du Sud. Même prénom, même nationalité, cyclistes tous les deux: les hasards de la route nous ont réunis. Il profite de sa retraite pour réaliser son rêve. On passe une bonne heure à discuter et raconter nos péripéties respectives, et chacun reprend sa route.

Je pensais que la route serait plate à mourir comme dans le désert australien. Mais j'enchaîne les montées-descentes de plusieurs kilomètres et ce n'est pas rare que j'atteigne les 1000 mètres d'altitude. Le trafic n'est pas dense mais les camions sont nombreux. Heureusement la nuit venue, trouver une place pour dormir au calme est plus que facile. Je dois juste éviter le sable et les épines de cactus pour me préserver et ménager ma tente. Le paysage à l'aube et au crépuscule est splendide. Les températures varient entre 25°C la journée et 5°C la nuit. Parfait ! Je profite pleinement de ces jours de plaisir avant d'aller affronter la Cordillère des Andes.

Paso San Francisco

A Copiapó, une ville minière poussiéreuse et sale, je fais mes courses et je me prépare mentalement pour traverser de nouveau les Andes par le paso San Francisco. Il vient juste de rouvrir après 5 jours de fermeture pour cause de neige. L'hiver approche il ne faut pas que je traîne !
J'ai rechargé mon smartphone et ma liseuse avec mon panneau solaire. Je suis prêt.

Je me trouve à 600m d'altitude et le paso San Francisco est à 281km pour une altitude de 4726m. La montée ne devrait pas être trop ardue. La seule difficulté c'est l'eau. Le côté chilien est sec, aucune rivière ou ruisseau sur ma carte. Mais il y a quelques mines, donc forcément de l'eau: sera-t'elle directement accessible ou seulement canalisée? à voir! Je me charge seulement avec 4 litres. Suffisant pour boire et cuisiner pour deux jours. En altitude je n'ai pas énormément soif.
La montée est douce, la piste est en bon état: bien tassée avec une fine couche de bitume par dessus. J'ai un léger vent de dos, je monte sans forcer. Certains passages sont plus pentus et encaissés mais juste sur une petite dizaine de km.
Le désert d'Atacama est extrèmement sec: pas un arbre, pas un buisson . Même les sommets à plus de 4000m ne sont pas enneigés. J'ai la chance le premier jour de trouver un petit ruisseau aux alentours du point kilométrique 80. Il a fait plutôt chaud aujourd'hui et j'ai presque bu toute mon eau. Je monte ma tente sur petit plateau à 2600m d'altitude en compagnie de chèvres, et d'ânes, tout près d'une petite cabane de berger.

Un peu plus loin, le deuxième jour, je rencontre un mineur qui m'offre un soda à la papaye.  Au sommet d'une longue côte, je regarde mon altimètre qui affiche 4000m d'altitude. Avant de partir, je n'ai pas regardé le profil de la route jusqu'au col et je pensais que la montée serait régulière. Je comprends rapidement que ça ne sera pas le cas. Il me reste encore plus de 150km jusqu'au paso San Francisco.

Je passe un premier col à plus de 4300m et je redescends vers le salar de Maricunga et la douane chilienne à 3800m. J'ai fait 63km aujourd'hui, le vent est très fort et je suis rincé. En arrivant à la douane je demande l'hospitalité. Je sais que des lits sont prévus pour les voyageurs car j'ai rencontré deux gendarmes quelques minutes auparavant qui m'ont dit que je pouvais dormir au chaud ce soir.
Et bingo! Un douanier me dirige vers une pièce pour la nuit: huit lits superposés. J'ai l'embarras du choix . Il y a de l'électricité mais pas de chauffage: bien mieux que ma tente quand même! Vers 20h, déjà dans mon duvet prêt à dormir, le douanier vient me demander de changer de pièce pour y loger une mère et sa fille qui arrivent. Il ne veut pas mélanger hommes et femmes. Il m'installe dans sa chambre avec chauffage et TV. Le grand luxe. Suspendu au mur un grand panneau interdit de fumer; mais ça ne l'empêche pas de s'en griller quelques unes en regardant la TV.

La douane ouvre à 9h. Enfin, devrait ouvrir à cette heure là!  Mais on est dimanche et le douanier n'arrive qu'à 9h45. Il n'y a pas d'électricité. Du coup, impossible de scanner mon passeport. J'espère que le tampon suffira et que le douanier fera la "paperasse informatique" nécessaire plus tard. Sinon je risque d'avoir des problèmes lors de mon retour au Chili. Il est 10h, il fait -2°C et je roule en direction de la Laguna verde à 80km. Toutes les infos du web indiquent un petit refuge avec des termes et des lits. Je monte jusqu'à 4600m d'altitude, puis la route redescend légèrement vers la lagune à 4300m d'altitude. Trente kilomètres avant la lagune le goudron fait place à la piste. De la tôle ondulée, du sable, des graviers, un "bon" chemin comme je les déteste. Je dépasse rarement les 10km/h malgré un vent de dos assez fort. Mais je suis récompensé quand j'arrive au refuge. Une  cabane en tôle ondulée bien rouillée avec une petite table, des lits et une minuscule piscine intérieure avec de l'eau à 35°C. Il fait 5°C dehors avec un fort vent. Un bain chaud réconfortant, et de l'eau soufrée qui me permet de me nettoyer profondément. Je retrouve une peau de bébé!

Au réveil il fait 1°C dans le refuge et dehors -10°C. Bien emmitouflé, je pars à l'assaut du paso San Francisco. Il est à 21km mais il se fait languir. La piste est vraiment mauvaise et  monte fort. Trois heures de selle pour en arriver à bout. Il est midi, il fait -6°C et je suis en haut du paso San Francisco à 4726m d'altitude. Il y a un peu de neige mais pas autant que je le croyais. Côté argentin, la route est goudronnée et je file à plus de 60km/h dans la descente. Il fait très froid mais que c'est bon de descendre! Le paysage est extraordinaire : montagnes rouges, enneigées et couvertes d'herbes jaunies. Avec un grand salar en fond et quelques vigognes qui traversent la route. SPLENDIDE !!! Je suis émerveillé comme un gamin et satisfait de mon effort !!!





C'est ma deuxième traversée des Andes par un col à plus de 4700m. Je commence à être habitué à l'altitude même si certaines montées en haute altitude me coupent encore le souffle. J'ai toujours un peu mal à la tête la nuit mais rien de bien méchant.
Contrairement au côté chilien du paso San Francisco qui est aride et caillouteux, le côté argentin est coloré et sauvage. Il y a très peu de trafic. Juste quelques voitures de mineurs le matin et le soir. Sinon c'est le silence complet. Enfin quand le vent ne souffle pas. Je l'ai eu quasiment dans le dos tous les jours, ce qui m'a permis d'arriver jusqu'au paso San Francisco en trois jours et demi depuis Copiapó.

Statistiques

Distance :  837 km
Nb jours : 11
Nb jours de vélo : 10
Nb jours de repos : 1
Etape la plus longue :  127 km
Etape la plus courte :  51 km
Plus haut col : 4726m, paso San Francisco, Chili-Argentine


Total depuis le début

Distance : 41167 km
Nb jours : 580
Nb jours de vélo : 394
Nb jours de repos : 186
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 4753 m (paso Agua Negra, Argentine-Chile)
Crevaison : 12
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -10°C ( Paso San Francisco, Chili)





La Suite...

05/05/2017

Argentine : el paso Agua Negra, 4753m d'altitude

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10/04/2017 - 19/04/2017 ; Adelia Maria - San Juan - Paso Agua Negra.

Je quitte la famille Carletti qui m'a encore accueilli les bras ouverts : merci infiniment . Sur la route je m'arrête dans la petite école rurale où Paola enseigne. J'arrive à aligner 3 mots d'espagnol sans trop d'erreur. J'improvise un petit cours de géographie aux enfants en leur présentant mon parcours. La majorité des gamins sont issus de communautés rurales ou de fermes éloignées. Certains font même des kilomètres à cheval pour venir à l'école. Une photo de "classe" et je repars.
Je vais en direction de San Juan et de la Cordillère des Andes. Je reprends en sens inverse la même route par laquelle je suis arrivé il y a deux mois à Adelia Maria . Je passe faire un petit coucou à Daniel, le propriétaire d'une épicerie dans le village de Bulnes. Tout étonné de me revoir ! Séances photos et c'est reparti. Je traverse des champs, rien de magique, surtout avec le vent de face
Mais quand j'aperçois les premières montagnes aux alentours de la Toma le sourire revient. Plus de deux mois de longues et plates lignes droites à travers champs. Quelques montées-descentes ça va faire du bien.

J'arrive à San Juan le 15/04/2017 chez Santiago et sa copine, un couple argentin travaillant à l'université qui m'accueille pour deux nuits. Au menu : grillades, bières, vins, crêpes et empanadas. Un moment super sympa pour fêter mes 40000km !!!  Rempli d'énergie je me mets en selle direction la Cordillère pour entamer mon second tour de la planète.

Les choses sérieuses "recommencent". Les Andes et les grands sommets se rapprochent. Je suis excité comme un gamin à Noël ! Il ne pleut presque jamais par ici, sauf quand je passe. Après une première nuit humide, au petit matin il pleut toujours. Je suis à 1600 mètre d'altitude et il fait 10°C. Je plie mes affaires et j'attaque la montée. Je dois franchir un col à 2600m. Ça monte progressivement mais cette pluie gâche un peu le plaisir de grimper. En haut du col j'ai même droit à de la grêle Mais quelques kilomètres plus loin le ciel s'éclaircit et je profite pleinement de la descente sous le soleil: 20km à plus de 60km/h, c'est le pied !!!



Paso Agua Negra

A 14h, j'arrive devant le poste frontière argentin. Et là, c'est la douche froide . Le col Agua Negra à 4753m qui doit me mener au Chili à travers la Cordillère est fermé à cause d'une tempête de neige. Pourtant les prévisions météo étaient optimistes. Á cette altitude le temps change très vite et très souvent. Le douanier me dit qu'il ne réouvrira pas avant le lendemain ou plus, suivant la quantité de neige tombée. Je suis bloqué au pied des Andes par le mauvais temps. Je passe la nuit en face de la gendarmerie dans le petit village de Las Flores tout en espérant que le col ouvrira le plus tôt possible.
Le lendemain vers 10h, il y a une file de plusieurs voitures bloquées devant le poste frontière. Le col semble toujours fermé. Alors que je m'approche du guichet, le douanier me dit que c'est bon: je peux passer. Le col ouvre à l'instant. Les conditions sont bonnes. Je fais tamponner mon passeport et je pédale en direction du col. Une montée continue de 91km pour 3000m de dénivelé positif. De longues heures de vélo.

Pas un nuage, ciel bleu, léger vent de dos. Les conditions sont parfaites. Les sommets devant moi sont enneigés. Le paysage est magnifique. Ça monte progressivement, pas de pourcentage excessif. Au détour d'un virage, des hommes sur un chantier m'interpellent. Ils partagent leur repas de midi avec moi : pain et charcuterie. Un régal. Le ventre plein, je continue la montée tranquille. Après 58km, la route se transforme en piste. Le goudron fait place à la terre. Il est 16h30, mes jambes sont fatiguées. Je décide de m'arrêter là pour aujourd'hui. Je suis sur un grand plateau avec quelques monticules pour me protéger du vent. C'est parfait. J'espère passer une nuit 3 étoiles à 3700m d'altitude.

J'installe ma tente et je m'allonge. Une heure plus tard, je commence à avoir mal à la tête, puis vers 23h ça s'agrave. J'ai mal à la tête, mes bras et mes jambes sont tétanisés. C'est le mal aigü des montagnes, impossible de dormir, la douleur est trop vive. Vers 4h du matin enfin je m'endors. À 7h30  je suis réveillé par le vent qui souffle, ou plutôt par le bruit du  sable qui est projeté sur ma tente. Je range mes affaires en urgence et je pars affronter la dernière partie du col. Le vent souffle extrèmement fort. Impossible de rester sur le vélo. Je pousse ! Puis la tempête se déchaîne: des tornades de sable s'abattent sur moi. J'ai du mal à tenir debout. Le sable me fouette si fort que j'ai l'impression de recevoir en permanence une volée de plomb ! Au bout de 2km de combat, j'abandonne et je fais demi-tour. Trop dangereux. Je m'abrite dans une cabane de chantier de 3m² que j'avais repéré la veille. C'est démentiel, la montagne est féroce ! Je patiente 45min en espérant que la cabane résiste. Puis la tempête se calme. Le vent souffle toujours fort mais sans bourrasques. Je repars. Je n'ai presque pas dormi de la nuit à cause du mal d'altitude et au matin je dois lutter contre une tempête de sable. La journée s'annonce rude.

A certains endroits le vent est si fort que je descends de vélo pour pousser, impossible de pédaler. Mais le décor est magique, splendide, j'en prends plein les yeux. Au dessus de 4500m, je souffre physiquement . La piste est mauvaise, le vent souffle fort : putain je subis !!! Je mets plus de 15 minutes pour faire les 500 derniers mètres (moyenne 2 km/h !). Je n'ai plus de forces, plus de jambes et encore moins de mental. Tous les 50 mètres je m'arrête pour reprendre mon souffle. Le vent me fouette en pleine face. La montagne et les éléments se sont coalisés contre moi.
Mais je ne compte pas abandonner si près du but et j'arrive en haut du col à 15h03 après 5h et 33km de combat. Au sommet rien ! Un replat désertique et caillouteux où trône un portique signalant le point le plus haut. Quelques photos pour le souvenir et j'attaque la descente. Je suis au Chili mais la douane est à plus de 80km. Ouf ! ça descend.



Malgré le fort vent de face, je file à plus de 40km/h sur de la piste !!! La pente est très forte. Je passe la nuit à 3800m mais cette fois-ci​ plus de mal d'altitude. Juste un léger mal de tête. Je suis tellement fatigué, que ce soir là, je n'ai pas la force de manger. A 18h je m'endors alors qu'il fait encore jour. Je dors profondément jusqu'à 7h30 du matin. Au réveil il fait -3°C et je dois plier mes affaires pour rejoindre le poste de douane. Ça descend encore, c'est facile mais avec le froid je me gèle !!!  Le côté chilien est très encaissé, le soleil n'atteind pas encore la route en ce début de matinée. Le paysage est superbe au milieu de ces pics à plus de 5500m d'altitude.
Vers midi j'arrive à la douane. Je suis à 2400m d'altitude, le soleil et la chaleur sont de retour. Il me reste encore 200km de descente jusqu'à La Serena et l'Océan Pacifique

Statistiques

Distance :  1069 km
Nb jours : 10
Nb jours de vélo : 9
Nb jours de repos : 1
Etape la plus longue : 150 km
Etape la plus courte :  58 km
Plus haut col : 4753m, paso Agua Negra, Argentine-Chili
Crevaison : 1


Total depuis le début

Distance : 40330 km
Nb jours : 569
Nb jours de vélo : 384
Nb jours de repos : 185
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 4753 m (paso Agua Negra, Argentine-Chile)
Crevaison : 12
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -8°C ( Australie)



La Suite...
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