16/11/2017

Colombie, Équateur : d'un hémisphère à l'autre

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8/08/2017 - 25/08/2017 ; El alamor - Quito - Cali


Plus je me rapproche de la frontière avec l'Equateur, plus le paysage devient sec. Moi qui pensais que ce pays était couvert de jungle, je suis choqué . Personne sur la route et encore moins au poste de douane. Rien pour changer mes derniers Sol en Dollars. En effet en Équateur, depuis 2000, la monnaie nationale, le Sucre, n'existe plus. Tout se paye en USD. Le douanier péruvien n'est visiblement pas de super bonne humeur. Il ne répond pas à mon "buenos días". Il prend mon passeport, le tamponne et me le rend. Sans un regard, rien. Côté équatorien c'est différent. Le militaire qui garde la barrière est souriant et me salue. On discute quelques minutes puis le douanier me tamponne mon passeport et me dit : "Bienvenido a Ecuador". Quel accueil ! C'est une première

Le paysage sec se transforme peu à peu en jungle quand j'attaque les collines. De belles montées sous une chaleur humide. Pas de ciel bleu malheureusement. Une épaisse couche de nuages tapisse le ciel, ce qui renforce la sensation de chaleur "lourde". Moins de déchets le long de la route, les premiers petits villages que je traverse semblent plus propres et mieux gérés. Les équatoriens vivent dans des conditions moins précaires que leurs voisins péruviens.
Peu de trafic. Ces premiers jours seraient presque plaisants, si seulement les barbelés n'avaient pas fait leur retour. Beaucoup de champs sont clôturés, ce qui rend le bivouac nocturne plus difficile. Est-ce que les clôtures sont là pour dissuader les intrus ou bien pour marquer la limite du territoire des grandes fermes? Je n'en sais rien. La logique de clôture des propriétés est très différentes d'un pays à l'autre en dehors des obligations liées à l'élevage du bétail.

Un soir après avoir monté ma tente, je m'éloigne un peu pour prendre ma douche habituelle avec ma bouteille d'eau. Des fourmis de feu montent sur mes jambes par dizaines. En fait, je suis au mauvais endroit: tout près de leur nid. Le temps de m'en rendre compte, elles me piquent les pieds et les jambes. Je m'en débarrasse comme je peux, puis je me couche rapidement dans ma tente avec les pieds et le bas des jambes boursouflés . Le venin de ces insectes fait rapidement son effet et des cloques rouges apparaissent sur tout mon corps. Ça me gratte ou ça me pique pendant plusieurs dizaines de minutes. Un moment particulièrement désagéable qui s'achève par un brusque vomissement. Je n'aurais jamais pensé que des piqures puissent avoir de tels effets. Fatigué j'arrive à dormir tant bien que mal. Le lendemain matin les cloques ont disparues et je suis d'attaque pour une nouvelle journée de selle.
Ces fourmis sont très agressives et ne permettent à personne d'empiéter sur leur territoire. Leurs piqûres -1.2 sur l'échelle de Schmidt- sont très douloureuses. La prochaine fois je ferai attention où je mets les pieds. Une erreur dont je vais longtemps me souvenir .

Quand je rejoins la route 25, la panaméricaine, le décor change drastiquement. Fini la jungle, place au bruit des camions et à la culture intensive avec des champs de bananes à perte de vue. Je suis sur les terres du premier exportateur mondial et ça se voit. Pendant des centaines de kilomètres j'ai droit à ce paysage monotone. Parfois un peu d'éclectisme avec des plantes de cacao . Je rencontre les premiers iguanes. Immobiles au bord des routes où des chemins, ils passent leur journée à se réchauffer. Ces animaux sortis de la préhistoire sont impressionants mais inoffensifs.

De longues journées de vélo sans grand intérêt, mis à part la nourriture. Fini le pain dur de la semaine précédente comme dans la sierra péruvienne ou bolivienne. Les boulangeries ouvrent tôt le matin et le pain chaud me régale. Ici on ne trouve que du pain brioché, mais c'est mieux que rien. De plus ce n'est pas cher du tout, pour 1$ je mange 6 à 8 petits pains.
Sinon les menus dans les restaurants ressemblent au Pérou : riz, poulet, soupe. Je ne m'y arrête pas.
Je préfère manger du pain avec des avocats.
Dans les pays plus sud, Pérou, Bolivie, Chili, ... on les appelle palta.
La première fois que j'ai voulu demander à une vendeuse des "paltas", surprise; pas de réponse, elle ne connaissait pas.
Je lui ai dit: "mais oui, c'est une boule verte foncé, on l'utilise pour faire du guacamole".
Elle m'a répondu avec un grand sourire: " Tu veux des aguacates, ils sont là".
Un nom différent pour le même fruit. Il faut s'adapter aux différences géographiques des langues.

Un midi, je m'arrête à l'abri d'un arrêt de bus. Un viel homme avec un bandage à la main vient me parler.
Il commence par le classique:
- d'où viens-tu ? ...
Puis il enchaîne sur la religion.
Il m'explique avec de longues métaphores que j'arrive tout juste à décoder, qu'il est évangéliste.
Ensuite il me parle de sa douleur à la main et me montre une photo: son portrait avec écrit "mon fils m'a coupé la main avec une machette". Il enchaîne avec sa difficulté pour obtenir des antibiotiques car il n'a pas suffisamment d'argent.
Je lui donne une pièce. Il me bénit et repart faire sa quête.
C'est la première fois depuis mon départ que je succombe à une telle sollicitation. Ce viel homme m'a vraiment fait peine.
J'évite autant que possible les mendiants qui quémandent une petite pièce pour ne pas me retrouver cerné et susciter la convoitise d'une foule.
Je ne suis pas sûr que cette obole serve à acheter des médicaments, mais ici pas de sécurité sociale, comme dans la majorité des pays pauvres: si tu veux te soigner: tu payes ou tu crèves. Triste ☹.

La montée vers la capitale, Quito, à 2850m d'altitude est longue et difficile. Grosse chaleur, pente très raide, et trafic incessant : aucun plaisir. Par contre la vue en arrivant sur la ville me récompense de ces efforts. La ville s'étale dans un creux autour d'une grande cathédrale datant de la conquète espagnole. L'urbanisme galopant a rejeté les nouveaux quartiers à flanc de colline, où les constructions et les ruraux attirés par la grande ville s'entassent sur des pentes très raides. Je visite cette grande ville plutôt sympa, avec son centre historique au style colonial espagnol et les belles vues sur les montagnes et les volcans environnants. Le festival des lumières a fait un grand voyage de Lyon à Quito. Le spectacle est toujours aussi joli . Je prends deux jours de repos bien mérité après 21 jours consécutifs sur le vélo.

 Puis retour à la réalité, je fais le yoyo jusqu'en Colombie dans des paysages ordinaires. 20000m de dénivelé en 7 jours !
Peu après Quito, je franchis symboliquement la ligne de l'équateur pour passer dans l'hémisphère nord.




Après une bonne heure de patience à la frontière équatorienne et un tampon je rentre officiellement en Colombie.
Tous les cyclistes rencontrés sur le chemin ne m'en ont dit que du bien. Par manque de temps je vais devoir traverser ce pays rapidement, sans vraiment le visiter. Le paysage ressemble grandement à celui de son voisin l'Equateur. Jungle, rivières, montagnes avec des cols aux alentours de 3000m. La chaleur humide est présente avec la pluie qui va avec. C'est la saison des pluies. Tous les après-midi j'ai droit à ma douche. A 3000m c'est plus que rafraichissant !
Un matin après une longue descente sous une pluie battante, j'arrive en bas d'une descente "congelé". Je claque des dents. Depuis la Patagonie je n'avais plus connu ça. Dans ces cas là il y a deux choix: s'arrêter dans un hôtel pour se réchauffer et passer une nuit au sec ou continuer à pédaler en espérant se réchauffer. J'ai souvent choisi la deuxième solution. Moins facile ! Mais si on s'arrête à la moindre difficulté, autant louer un camping-car pour rester à l'abri. Les conditions climatiques difficiles font partie intégrante du voyage en vélo.
Tous les jours je croise au moins un barrage militaire. Barricades de pneus, gardes armés de fusils mitrailleurs, tout y est. Les soldats ne font aucun contrôle, mais quadrillent le terrain. La Colombie est réputée dangereuse et a très mauvaise réputation. Les exactions de la guérilla des FARC ou des cartels de la drogue y sont pour beaucoup. Mais en aucun lieu, je ne me suis senti menacé ou en danger. Il faut juste faire attention dans les grandes villes à ne pas aller n'importe où. La méfiance absolue est de mise dans de nombreux pays.

Je continue mon régime "pain sec", bien que je fasse quelques folies le midi. C'est moins cher qu'en Équateur. En Colombie au menu traditionnel riz, poulet, soupe on ajoute des frijoles (haricots rouges). Il m'est même arrivé de me laisser tenter par un poulet frites. Pour 1.50€, j'ai droit à une belle portion de frites avec un gros morceau de poulet frit, façon KFC pour les connaisseurs.

Certains villages traversés ont un goût d'Afrique. La plupart des habitants sont des afro-colombiens descendants des esclaves africains amenés par les conquistadors ou leurs descendants pour servir d'esclaves.
Pas grand chose d'autre durant ces quelques jours en Colombie. J'ai beaucoup roulé et je me suis reposé quelques jours à Cali avant d'embarquer dans un avion pour Panama.
Pourquoi prendre l'avion alors que les deux pays ont une frontière terrestre commune?
En dehors du fait que je doive rejoindre rapidement mon frère au Costa-Rica, il n'y a aucune route sûre qui traverse la jungle bordant ces deux pays. La panaméricaine, cette route qui va de l'Alaska au sud du Chili, s'interrompt. Les seules pistes praticables sont utilisées par les 4x4 des narco-trafiquants ou des contrebandiers pour transporter leurs marchandises. Danger absolu !

Toutes les photos de l'Equateur et de la Colombie

Statistiques

Distance :  1566 km
Nb jours : 18
Nb jours de vélo : 13
Nb jours de repos : 5
Etape la plus longue :  173 km
Etape la plus courte :  84 km


Total depuis le début

Distance : 49571 km
Nb jours : 698
Nb jours de vélo : 491
Nb jours de repos : 207
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou

Crevaison : 12
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -10°C ( Paso San Francisco, Chili)






La Suite...

27/10/2017

Pérou : El gringo en la sierra

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24/07/2017 - 07/08/2017 ; Lima - Huaraz - BambamarcaEl alamor

Je sors de Lima la capitale du Pérou sans trop de soucis. Pas mal de trafic mais pas aussi dense que je l'avais imaginé. Quelques kilomètres au nord, la Panaméricaine se sépare en deux. Une route directe par la côte accessible seulement aux camions et une route qui fait un détour "inutile".
Pourquoi accessible seulement aux camions ?
Aucune idée !
Je prends la route directe, réservée au poids lourds, car je sais qu'ici au Pérou les panneaux, sont là pour la "figuration". Personne ne les respecte. Je fais comme tous les péruviens, je transgresse les règles. Au péage, la police est là, mais je passe innocemment, sans les regarder. Aucun camion ne semble étonné de me voir là. Pas de coup de klaxon intempestif . Le paysage ne change pas: des dunes de sable sur la droite et l'océan Pacifique sur la gauche.

Après presque 200km je repars vers la montagne. Je préfèrerais suivre la côte, profiter du vent de dos et des longues routes plates, mais cette partie du Pérou est réputée dangereuse pour les cyclistes. Encore cette année plusieurs cyclistes se sont fait braquer par des moto-taxis.
Le ministère des affaires étrangères classe certaines zones au Pérou comme dangereuses alors qu'elles sont tranquilles ! Cette partie là qui n'est pas sûre n'est pas indiquée sur leur site internet. C'est à n'y rien comprendre. En tout cas je préfère éviter cette zone qui s'étend de Trujillo jusqu'à Chiclayo. Je bifurque donc vers la montagne. J'aime les grands cols et leurs paysages, mais je suis pressé. Mon frère arrive en septembre au Costa Rica et il me reste beaucoup de chemin à parcourir.

Je suis au niveau de la mer. Le premier col est à 4140m d'altitude, 125km de montée ! Je grimpe en deux jours: 50km le premier, je dors à 800m d'altitude suivi d'une grosse journée de 75km pour 3340m de dénivelé positif. Je monte, monte et monte. Les premiers kilomètres sont durs. J'ai un nuage de chitras autour de moi. Ce sont des moucherons suceurs de sang qui me dévorent. Contrairement aux moustiques, ces insectes vous mordent et vous font saigner ! Impossible de s'en débarrasser. Jusqu'à 2500m d'altitude je subis leurs morsures . Puis le froid aidant, la nuée me laisse seul face à la pente.
En fin de journée j'arrive au col. Je monte ma tente, je bois un café et je m'endors comme un nouveau né, emmitouflé dans mon duvet. Le café ou plutôt la caféine n'a aucun effet sur moi après une journée de montagne. Je pourrais en boire des litres et m'endormir  quelques minutes après.
 Au petit matin, tout est gelé autour de moi. J'attends que le soleil fasse fondre le givre de ma tente avant de me mettre en selle. La vue sur la Cordillère Blanche est magnifique. Les sommets enneigés, à plus de 6000m, ont donné son nom à cette partie de la Cordillère des Andes. Les neiges éternelles forment une bande blanche à l'horizon qui illumine le paysage dès que le soleil brille.

Dommage que le trafic routier incessant perturbe le calme de ces montagnes. A chaque fois qu'une voiture s'apprête à me doubler, j'entends un coup de klaxon. Juste pour m'informer: "je te dépasse". Je ne comprendrais jamais cet excès de zèle. Des centaines de klaxons par jours, ça use les nerfs. A la fin de la journée je deviens presque irritable.
Et c'est sans compter les "gringo" que les gens crient quand ils me voient.
Quand je discute avec eux, ils finissent toujours leurs phrases par gringo:
- Où vas-tu gringo ?
- D'où viens-tu gringo ?
- Combien coûte ton vélo gringo ? ...
La ponctuation en quelque sorte.
Selon le ton, le sobriquet "gringo" est affectueux, envieux voire méprisant.




Après avoir traversé la ville surpeuplée d'Huaraz je passe par le canyon Del Pato. Splendide ! Deux grandes falaises de chaque côté. Une route taillée dans la roche et de jolis tunnels. Aucun n'est éclairé, un noir intense, pas un faisceau lumineux dès que le tunnel fait plus de 100m. Je suis obligé d'utiliser ma lampe frontale pour voir et être visible. Heureusement que ça descend, car j'ai un fort vent de face. Impossible de rouler détendu, je dois pédaler en permanence. Arrivé à Chuquicara, à 700m d'altitude, la route remonte. Montées, descentes, je fais le yoyo les jours suivants: entre 1500m et 2000m de dénivelé positif par jour. La route alterne entre piste et goudron.
A l'approche des villages je rencontre quelques véhicules, mais très peu en dehors. Les péruviens qui peuplent ces régions sont pour la plupart agriculteurs ou bergers, et ne possèdent pas grand chose à part une petit bout de terrain et quatres murs en adobe. La terre crue qui sert à la construction des maisons est un excellent isolant qui emmagasine la chaleur solaire dans la journée et la restitue lentement toute la nuit. Ce matériau disponible sur place est essentiel à la construction sur les hauteurs andines.

Je passe quelques bons moments à discuter avec les paysans que je rencontre au bord des routes.
En pleine montée, une femme guardant des brebis m'interpelle :
- Ou vas-tu ?
On discute un petit moment, je raconte un peu de mon parcours, puis avant de partir elle me dit :
- moi aussi j'aimerais connaître le monde, voyager comme toi. Mais tu vois, je n'ai rien à part mes brebis et une petite maison.
Géné,  je ne sais quoi répondre.
Le même jour je fais la rencontre d'un club de cyclistes de Trujillo, une ville péruvienne sur la côte.  Le responsable m'invite à partager le dîner et à dormir.  Je passe une agréable soirée à discuter de vélo et de voyage. Je questionne les cyclistes sur la vie de tous les jours au Pérou. Une vie simple de péruvien moyen faite de travail la semaine et de sorties en vélo dans la Sierra durant le week end.

Après onze jours à la montagne je redescends vers la mer et la ville de Chiclayo. 55 kilomètres de pure descente d'un trait de 3000m à 800m d'altitude, le rêve du cycliste ! J'évite la ville Chiclayo en passant par une piste poussiéreuse et je traverse des paysages arides jusqu'à l'approche de la frontière avec l'Equateur.
Sur quelques kilomètres, l'homme a transformé le désert en immenses champs de bananes. Le long de cette route les habitations en tôle succèdent aux maisons closes. De la musique, des filles en petite tenue devant la porte d'entrée, en pleine après-midi. Au moins on devine où les péruviens et peut-être les équatoriens viennent dépenser leur solde.
La cuisine péruvienne, ne casse franchement pas des briques. Des soupes, du riz, du poulet.
Sur la côte je goûte le "ceviche": des poissons crus marinés dans un jus de citron servis avec quelques légumes.
Dans la Sierra la spécialité c'est la cuy (cochon d'inde). C'est un plat rare que je n'ai pas eu l'occasion de goûter. Je ne suis jamais arrivé au bon moment dans les restaurants . Au Laos en Asie j'ai gouté à tout ce qui avait quatre pattes. Pas de regrets, le cochon d'inde n'était pas ma priorité culinaire.

Les prix des plats dans la Sierra du sud était équivalent à la Bolivie. 1-3€ pour un déjeuner comprenant soupe et plat principal. Pas cher ! Au nord c'est souvent le double. Pas super bon marché au vu de la qualité de la nourriture.
Je suis revenu aux fondamentaux des vagabonds: cuisine avec mon réchaud à essence: pâtes et riz au menu avec un peu de pain: très bon marché, mais souvent sec et sans goût ☹.

Vous l'aurez compris, la cuisine péruvienne ne m'a pas enchanté. Et je n'ose pas parler du fromage. Enfin ce qu'ils appellent fromage. Une pâte dure qui a quasiment toujours le même goût quelque soit le parfum !

Prix pour Gringo

Le Pérou est un pays bien plus touristique et développé que son voisin la Bolivie. Tout le monde essaie d'en tirer profit. Il n'est pas rare de se voir demander un prix bien plus élevé que les locaux.
C'est le prix pour "gringo".
J'arrive parfois à négocier, mais il m'arrive souvent de repartir sans rien acheter car les vendeurs ne veulent pas baisser le prix. Les péruviens considèrent que le blanc est riche et doit payer plus cher ! Dans ce cas-là je file au supermarché. Les prix sont plus élevés que sur les marchés, mais au moins, je suis sûr de payer le même prix que les péruviens. J'ai moins l'impression de me faire "arnaquer".
Et puis dans la rue où sur les marchés, quand je sors un billet de 20Sol (5.5€) ou plus, les vendeurs font la moue. Ils n'ont jamais de monnaie et ne font pas l'effort d'aller en faire. C'est à moi de me débrouiller pour trouver une âme charitable voulant bien échanger mon billet contre quelques pièces.
Mais "c'est le Pérou".


Statistiques

Distance :  1720 km
Nb jours : 15
Nb jours de vélo : 15
Nb jours de repos : 0
Etape la plus longue :  151 km
Etape la plus courte :  69 km

Plus haut col : 4140 m, Conococha

Total depuis le début

Distance : 48005 km
Nb jours : 680
Nb jours de vélo : 478
Nb jours de repos : 202
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou

Crevaison : 12
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -10°C ( Paso San Francisco, Chili)





La Suite...

05/10/2017

Pérou : un challenge à plus de 5000m d'altitude

2 comments

01/07/2017 - 23/07/2017 ; Yunguyo - Espinar - Quiñota - Huacullo - Cotahuasi - Lima

Esteban, Zia et Tao à la recherche des merveilleuses cité d'or, un dessin animé que je regardais enfant. Des condors, des Incas, des cités antiques, de l'or ... Voilà à quoi me faisait penser le Pérou avant que je traverse la frontière. La réalité est bien différente.
Un tampon et nous voilà du côté péruvien du lac Titicaca à 3800m d'altitude. Cinq cyclistes français roulant sous la pluie et dans le froid. A cette altitude lorsque le soleil s'en va le froid arrive !
Pas de grand changement par rapport à la Bolivie. Les gens parlent toujours espagnol, ils sont habillés de la même façon, les mêmes menus dans les restaurants, ... Il y a juste un peu plus de trafic sur la route et quelques tuk-tuk. Je n'en avais plus vu depuis l'Asie.

La plupart des cyclistes tombent malades en Bolivie et au Pérou. Et c'est ce qui arrive à chacun de nous à notre tour. Rien de bien méchant: fatigue, maux de ventre et des envies pressantes de vider ses intestins. Il faut dire que l'hygiène dans les restaurants est loin d'être irréprochable. L'eau du robinet n'est pas potable. Nos pauvres estomacs d'européens ne le supportent pas bien. Fatigués par ces petits maux et les journées de vélo, nous passons nos nuits à l'abri dans des hôtels pas chers (1 à 3€), que les touristes moyens peuvent considérer comme minables. Rouler à plusieurs quand la forme n'est pas là, ça rassure. On roule à la vitesse du plus lent et on s'encourage mutuellement. Ces désagréments digestifs ne nous empêchent pas de continuer à manger dans la rue où dans les petits restaurants de bord de route. Les menus ne changent pas trop de la Bolivie: soupe, riz, patate, poulet, ... mais avec quelques épices et une dose d'huile sur le riz. Ça change tout ! Et c'est toujours aussi peu cher: de 1 à 3€ pour le déjeuner du jour.

Comme en Bolivie ce sont principalement les femmes qui cuisinent. Les prix des repas sur ces petites remorques de rue où l'on mange assis sur un banc en face de la cuisinière sont dérisoires. Les restaurants en dur sont un peu plus cher sans que les plats ne soient meilleurs. On goûte la truite locale tout en sachant qu'elle n'est pas sauvage. Le poisson est élévé dans le lac Titicaca. En roulant sur les bord du lac on a aperçu les cages, sans aucun bâteau de pêche .

Juste avant Puno, un dimanche après midi, on entend au loin de la musique. C'est un mariage. Musique à fond, ça danse et ça picole. Un léger signe de la main et on passe notre chemin. Quelques kilomètres plus loin, rebelote, encore un mariage. Cette fois-ci, on pose nos vélos et on observe le spectacle. Des dizaines de voitures au bord de la route, une estrade avec une sono énorme, un animateur entouré d'une centaine de personnes habillées en costume typique andin. Les femmes portent une jupe ample plissée, un poncho coloré et le chapeau de feutre  des Andes, alors que les hommes  arborent des costumes lustrés impeccables. Les péruviens sont pauvres, mais ils peuvent dépenser des fortunes pour le mariage de leurs enfants. Tout le village semble invité à la fête. Les convives nous proposent des bières puis nous invitent à danser. Pas bien difficile, il suffit de tourner autour de caisses de bières tout en buvant son verre. En participant à la fête on devient vite l'attraction principale du mariage. Les gens nous filment, nous parlent, bien que l'on ne comprenne pas grand chose. On n'a pas encore appris l'espagnol à la sauce "Inca émèché" . Difficle d'imaginer la même situation en France, où l'intrusion dans une fête est souvent perçue comme une menace. Après quelques bières on tire notre révérence. Tout le monde est saoul, la nuit approche. Il est temps de filer.




A Ayaviri, c'est l'appel du challenge qui me fait quitter mes compères. Ils s'en vont vers Cusco et moi vers la solitude de la haute montagne. Le Machu Pichu ne me tente pas: trop touristique, trop cher. Le prix d'entrée et le transport, c'est mon budget pour quinze jours !  Une autre fois, peut-être quand je serai vieux.

Le Pérou possède sûrement les plus belles et les plus hautes routes du monde.
Le site AndesBybike en répertorie une kyrielle. Je décide de réaliser un mélange de ces deux routes : caylloma-to-quinota  et abancay-to-cotahuasi, aspiré par les grands cols à plus de 5000m d'altitude, les paysages féeriques, le calme des nuits au milieu de nulle part, ... En quittant mes compères je quitte également la facilité de la route goudronnée. C'est parti pour 600km de pistes. Mon smartphone et l'application maps.me me sont d'une grande aide. Des croisements partout et pas un panneau, demander mon chemin n'est pas envisageable: trop peu de trafic ☹.
La piste alterne entre très bon et très mauvais état avec quelques zones de travaux horribles et des cols à plus 4500m. Les pentes sont douces, pas besoin de pousser. Et même si ça fait un mois que je suis sur ces hauts plateaux à plus de 4000m, j'ai toujours le souffle court.

Les camions qui ravitaillent les mines me croisent dans un nuage de poussière. Les ouvriers sur les chantiers routiers m'interpellent systématiquement comme en Bolivie, me demandant où je vais, d'ou je viens, ...
Mais aussi combien coûte mon vélo.
Je ne comprends pas pourquoi cette question les obsède.
Ma réponse dépend du ton.
Certains m'abordent d'un : "combien coûte ton vélo ?". Pas de "bonjour", ni de "ça va", ... où toute autre forme de politesse. Au début ça surprend mais on s'y fait. Suivant le ton de mon interlocuteur, je réponds: c'est 100 ou 200$.
Avec les plus véhéments je m'amuse :
"En France les vélos sont gratuits parce que c'est écologique"
ou "je l'ai volé en arrivant à l'aéroport", ...
Tout dépend de mon degré d'imagination.

Ils me posent beaucoup de questions sur l'argent:
-  combien dépenses-tu?
-  quelle somme as-tu sur ton compte en banque ?, ...
J'élude systèmatiquement les questions.
Pourquoi dois-je mentir sur la valeur de mon vélo ?
Parce que son prix est trop élèvé par rapport au niveau de vie dans les contrées reculées.
Je ne veux pas attiser les convoitises. En Bolivie le salaire mensuel moyen est de 185$, au Pérou de 480$, mais dans les zones isolées c'est de cinq à dix fois moins. Un objet de valeur est une tentation que je veux minimiser.
Je mens également sur la durée de mon voyage.
En effet, si je dis:
 - je voyage depuis deux ans sans travailler
les gens me répondent souvent:
- tu dois être riche ! donne moi ceci où celà.
Les péruviens ne sont pas agressifs, mais je dois toujours être méfiant.
Heureusement je rencontre aussi des gens extraordinaires comme ce groupe d'ouvriers qui m'invite à partager leur déjeuner : soupe, poulet, riz et jus d'ananas en dessert .

Les petites villes d'Espinar et de Santo Tomas me rappellent que même perdu sur ces hauteurs l'homme vit. En dehors de ces bourgs, il y a juste quelques petits hameaux. Une poignée de maisons près d'une source ou d'un ruisseau où les paysans andins élèvent principalement des lamas, des alpacas et cultivent du blé. Peu de machines, la plupart du travail est fait à force humaine. Un travail de titan ! En discutant avec un paysan je lui explique qu'en France tous les travaux agricoles se font avec des machines.
Il me répond:
- tu vois nous, on travaille comme nos ancêtres les Incas !

Juste avant Quiñota je rentre dans le dur. Je quitte la piste principale. En avant pour 300 km de pistes menant à des mines ou des villages minuscules. Je traverse quelques ruisseaux et rivières; pas de pont, c'est passage à gué. Le décor est désertique: pas d'arbre, seulement une herbe jaunie qui est la nourriture préférée des lamas. Je trouve malgré tout, des points d'eau tous les jours. L'eau est pure, elle coûle directement des montagnes, nul besoin de la filtrer.
Pas de trafic, je ne croise pas plus de deux à cinq voitures par jour. Je parcours "de courtes distances", rarement plus de 70km en 7 à 8 heures de vélo. 1500m à 2000m de dénivelé positif chaque jour, à plus de 4000m, c'est éprouvant. Certaines pentes sont à plus de 20%. Je pousse mon vélo, m'arrête tous les 50 mètres pour reprendre mon souffle. Jamais je n'ai senti mon vélo aussi lourd. Mais ce "combat" en vaut largement la peine. Ces paysages magiques se méritent.

Je franchis plusieurs cols à plus de 5000m : Abra Azuca 5130m, Abra Loncopata 5119m, Abra Huarcaya 5057m et Abra Culipampa 5024m.  Je trouve ces montées de cols moins difficles que celles que j'ai grimpées dans le vent et le froid entre l'Argentine et le Chili. C'était l'hiver austral. La température ressentie était glaciale. Depuis je me suis bien acclimaté à l'altitude et la feuille de coca que je mache tous les jours me donne l'énergie de monter jusque dans les nuages . A chaque passage en haut d'un col, je prends le temps d'apprécier le paysage, c'est une récompense supplémentaire et aussi le piquant qui rend ces moments inoubliables. Le temps est superbe, peu de vent, ciel bleu avec un soleil qui me réchauffe.
Le paradis !
J'ai atteint le but que je m'était fixé: passer au moins un col à 5000m d'altitude. Cette idée, qui m'est venue en Nouvelle Zélande en parcourant les montagnes de l'Ile du Sud, me tenait vraiment à coeur, m'obsédait. Je ressens un grand sentiment de satisfaction, comme lorsque j'étais enfant après avoir réussi à terminer un jeu vidéo ou à monter un Lego Technic.

Tous les jours je traverse un petit "village" où je peux me ravitailler. Pâtes, riz, gâteaux, ... La nourriture basique, mais ça me suffit. J'ai appris en Australie en traversant les déserts à me contenter du minimum et du plus léger. Alors, quand je vois une auberge, j'en profite pour passer une nuit "au chaud", ou plutôt moins froide. Sous la tente il fait entre -2°C et -8°C, à l'intérieur de l'auberge 5 à 8°C, aucun chauffage, pas de douche chaude, juste un lit, quatre murs et un toit. Mais c'est tout de même nettement plus confortable, surtout au réveil le matin, pas besoin de ranger les affaires dans le froid .
Au détour d'un chemin je rencontre un cycliste local: un berger à vélo. Je n'ai pas trop bien compris ce qu'il me racontait. J'avais l'impression qu'il parlait une autre langue que l'espagnol. Il est trés rare de rencontrer des autochtones en vélo dans les montagnes péruviennes. Certains ne savent même pas ce qu'est un vélo.
En montrant mon vélo, des enfants m'ont demandé:
- qu'est-ce c'est que ça ?
- una bicicleta amigo
Les paysans andins que je rencontre sont étonnés de voir un blanc en vélo perdu dans la sierra. Ils ont l'image du blanc "riche", qui roule en voiture, et ne s'arrête pas au milieu de nulle part pour parler avec le berger qui rassemble ses moutons ou ses lamas. Cette relative richesse est signe de confort comparativement à leur vie très rude. Toujours aimables et curieux, ils me demandent la plupart du temps: "où vas-tu". Quand je leur cite un village éloigné ou Cotahuasi, la "grande" ville la plus proche, la plupart ne connaissent pas. A croire qu'ils n'ont jamais mis un pied derrière le col ☺.

Je parcours 250km au-dessus de 4000m d'altitude plus 160km au-dessus de 4500m, et c'est la descente vers Cotahuasi à 2600m d'altitude avec une vue époustouflante sur le canyon. J'ai pris énormément de plaisir. Cette route d'altitude reste une des plus belles que j'ai parcourue depuis le début de mon voyage il y a deux ans !
Avant d'arriver à Cotahuasi je prends un bain dans les sources thermales de Luicho. L'eau coule de la montagne à une température de 33°C dans trois bassins successifs. Un pur bonheur, la relaxation après sept jours de douches glacées.
Je coupe ma grosse barbe et je me rase la tête avant de redescendre vers la mer. Un dernier col à 4600m puis vient la descente vers la côte, vers le Pérou peuplé, vers la civilisation. Une dernière rencontre magnifique au milieu de la sierra avec un camionneur qui à 8h du matin s'arrête, me donne une brioche et s'en va en me disant: "suerte amigo" "bonne chance l'ami'. 






Fini les routes de montagnes silencieuses, place au goudron et aux camions sur la Panaméricaine. Juste avant Aplao je rencontre quatre vieux péruviens attablés devant un kiosque. Quand je passe à leur hauteur, ils se mettent à hurler pour que je m'arrête et m'invitent à leur table. Comme pour le maté en Argentine, ils ont une bière et un verre qu'ils font tourner. Le premier se sert, puis passe la bière au suivant qui attend le verre. A mon tour, je bois un peu et je donne le verre à celui qui se trouve à ma droite. Le verre tourne vite: en 30min on écluse  quatre litres. Puis, tous s'en vont bourrés comme des coings et me laissent avec un bouteille "d'Inca kola": le "soda" local. Mes compères mélangaient ce soda avec leur bière. Je déguste ce breuvage au goût chimique de chewing-gum: pas ragoûtant du tout ! Je m'éloigne bien éméché à la recherche d'une place pour passer la nuit. Pour aujourd'hui, terminé le vélo ! 

Sur la côte pacifique, pas de plages de sable fin ni de cocotiers. En direction du nord, à gauche de la route: falaises, plages de sable noir et mer déchaînée, à droite: le désert avec ses dûnes et ses collines rocailleuses. Les seules taches vertes sont les bords des grandes rivières venant de la Cordillère des Andes où l'on trouve toutes les cultures en terrasse. Je passe mes journées à rouler. Grâce au vent de dos, j'arrive à faire plus de 130km en 7 à 8 heures. Le paysage est plutôt joli mais le temps est moche: pas de pluie, uniquement des nuages et une brume permanente. Quand je trouve un bon endroit pour la nuit, je plante ma tente. Mais je n'hésite pas non plus à prendre un hôtel. Mon budget me permet ce luxe abordable et confortable.
Ces six jours pour atteindre Lima n'ont pas été les plus agréables de mon voyage. Le retour dans l'enfer du trafic de la route panaméricaine est assez brutal. Les villages de bord de mer sont sans charme et plutôt sales. Ça ne donne pas envie de trainer.

Seul fait marquant : un tremblement de terre aux alentours d'Atico qui m'a surpris sous la tente en pleine nuit. C'est la première fois que je ressens le mouvement du sol ! Pourtant des tremblements de terre j'en ai connus plusieurs: Indonésie, Nouvelle Zélande, Patagonie chilienne. Mais je ne les avais jamais ressenti. La nuit je dormais profondément et j'étais trop loin de l'épicentre. Un grondement sourd et une sensation d'instabilité m'a brusquement réveillé. J'ai mis un peu de temps à comprendre ce qui se passait.  Je suis sorti pour écouter les bruits alentours. Silence complet, tout va bien, je retourne dormir . J'apprendrais le lendemain, que les dégâts de la secousse sysmique ont provoqué la coupure de la route panaméricaine  quelques kilomètres derrière moi.

Lima ne m'a pas enchanté. Deux petites nuits afin de me reposer et je reprends la route du Pacifique, la panaméricaine direction plein nord.

Attention chiens méchants

 Je n'ai jamais été un grand ami des animaux, je le suis encore moins des chiens péruviens: je les déteste !
Sur cette côte, dans chaque village, les chiens me poursuivent, aboient, montrent leur crocs, m'attaquent comme s'ils voulaient ma mort. S'enfuir, pédaler, ne sert à rien, ils sont trop rapides.
Ma tactique à la rencontre d'un chien agressif: je m'arrête, je descends de vélo et je me tourne vers lui en mettant mon vélo en protection entre lui et moi. S'il ne s'arrête pas je hurle. S'il se rapproche je saisis une pierre. A ce moment là, la majorité des chiens s'arrêtent et font demi-tour. A croire qu'ils sont habitués à se faire tirer dessus. Si la bête s'approche encore je lui tire dessus en visant à côté. Et pour les plus téméraires je les fusille de cailloux gros comme mon poing. Et je peux vous dire qu'après ça ils ne font plus les malins. Je n'aime pas faire de mal aux animaux mais quand tu as trois ou quatre chiens qui te poursuivent les crocs dehors, il faut se défendre !
Tous les jours je me fais "attaquer" plusieurs fois.
Maudits clébards !!!





Deux ans à dormir dehors

Le 10 juillet 2017 j'ai fêté mes deux ans de voyage avec une bière péruvienne. Cette année a encore été riche en découvertes et rencontres: le vent patagonien, les grands cols des Andes, le maté argentin, la culture bolivienne, ... Mais aussi l'hospitalité et la joie de vivre des argentins, la générosité des boliviens et des péruviens. 730 jours de voyage et j'ai vu si peu de cette magnifique planète.

J'ai encore du temps devant moi et l'envie de m'émerveiller.
L'aventure continue !!!

Statistiques

Distance :  1998 km
Nb jours : 24
Nb jours de vélo : 23
Nb jours de repos : 1
Etape la plus longue :  165 km
Etape la plus courte :  54 km

Plus haut col : Abra Azuca 5130m, Pérou

Total depuis le début

Distance : 46285 km
Nb jours : 665
Nb jours de vélo : 463
Nb jours de repos : 202
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou

Crevaison : 12
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -10°C ( Paso San Francisco, Chili)



La Suite...

14/09/2017

Bolivie : un pays haut en couleurs

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04/06/2017 - 30/06/2017  Ollague - Uyuni - Potosí - Sucre - La Paz - Copacabana

Après notre échec de l'ascension du volcan Aucanquilcha retour à Ollague, une ville poussièreuse mais avec du wifi gratuit presque rapide .
Je passe  la douane chilienne avec Jo et Coline, en attendant que la douane bolivienne ouvre. Entre midi et 14h30, c'est fermé. A l'ouverture le douanier nous tamponne notre passeport pour 30 jours, alors que normalement c'est 90 jours . Discussion inutile ! 30 jours, c'est largement suffisant pour traverser la Bolivie.

10 millions d'habitants, une superficie deux fois supérieure à la France. Une géographique variée : Cordillère des Andes, Altiplano, Amazonie. C'est sûrement le pays le plus "authentique" d'Amérique du Sud avec toutes ses couleurs et l'ampleur de ses fêtes où se mêle la culture Inca et chrétienne. La population est multi-ethnique. L'état reconnaît 37 langues officielles bien que l'espagnol, le quechua et l'aymara soient les plus répandues.
Mais c'est aussi un des pays les plus pauvres malgré ses grandes réserves naturelles de lithium, d'argent et d'étain. Ses principales activités économiques sont:  l'agriculture, la sylviculture, la pêche et les mines,...

 Le vent ne s'est pas arrêté à la frontière: il souffle en permanence, il fait toujours aussi froid  . Il ne faut pas oublier que  l'on est à 3700m d'altitude où le soleil sur cet altiplano fait plus office de lumière que de  source de chaleur  On traverse notre premier salar près du village abandonné de Chiguana. Il n'est pas blanc neige comme celui d'Uyuni mais aussi plat. Avec le vent de dos, on se régale. Notre première nuit bolivenne, se passe dans une ancienne gare abandonnée près d'une caserne militaire érigée à côté du village abandonné de Chiguana.

Les guides touristiques annoncent la Bolivie, comme le pays des manifestations et des fêtes. En arrivant à San Juan on assiste à une reconstitution de la révolution française. Décors, costumes, prise de la Bastille, ... tout y est: exotique et grandiose ! On assiste au spectacle en dégustant des salteñas à 5 Bol (0.6€). L'empanada façon bolivienne avec des patates et des légumes est végétarienne, ici la viande est un luxe. On passe la nuit dans un hôtel dont les murs et le sol sont fait de briques de sel. Joli et original, un hôtel de charme.
Le temps est changeant. On ralentit notre allure afin d'arriver au Salar d'Uyuni avec un grand ciel bleu pour profiter de ce décor unique au monde. A quelques kilomètres au sud du Salar d'Uyuni, on s'arrête à Colcha K dans une petite auberge à 25Bol (3€) la nuit. La vieille dame qui tient ce petit commerce est adorable. On l'observe enveloppée dans son plaid en train de tisser un tapis traditionnel, tout en discutant avec elle.





A pas de fourmis on arrive au sud du Salar d'Uyuni avec un grand ciel bleu et pas de vent. 3650m d'altitude, 10540 m², c'est le plus grand lac de sel au monde mais également la plus grande réserve de lithium.
Le paysage est surréaliste, un tapis blanc à perte de vue: magnifique !!! C'est la saison sèche, le sol est dur comme du béton. En suivant la piste des 4x4 qui mène à l'île Incahuasi on a l'impression d'être sur du bitume. Par contre dès que l'on s'écarte de la trace, les fragiles alvéoles de sel se craquellent et rendent l'avancée plus difficile.
L'ile Incahuasi se trouve en plein milieu du salar. Plantée de cactus autour d'un restaurant, elle est le passage obligé de tous les touristes. En arrivant avec Jo et Coline, on rencontre cinq autres cyclistes: un couple de néerlandais, deux jeunes français et un ukrainien. On installe nos tentes à même le salar. La nuit est très fraîche -9°C. Au petit matin on attend patiemment que le soleil sorte pour nous réchauffer un peu. En sortant du salar direction la ville d'Uyuni on quitte la piste de 4x4 pour filer directement. Erreur !!! Les bords du salar sont gorgés d'eau. On galère à pédaler. Le sel se colle partout: pire que de la boue . Enfin on arrive sur un mélange sel-sable. Impossible de rester sur le vélo, le sol est trop mou, il faut pousser. Nous arriverons de nuit exténué à Uyuni .

Tous les cyclistes que nous avons rencontré nous ont dit que la ville d'Uyuni est moche et ennuyeuse. Pour nous ce fut différent. On est samedi soir, la ville vit. On goûte notre premier steack de lama au barbecue. Bon mais nerveux. Celui-là au moins n'a pas été élevé dans une cage; il a couru dans les montagnes . Le lendemain, dimanche, c'est jour de marché.  On trouve de tout: fruits, légumes, vêtements, ... 99% des petits stands sont tenus par des femmes.  Assises par terre ou sur de petites chaises, emmitouflées sous plusieurs couches de vêtements colorés, portant le chapeau traditionnel andins, elles étalent leurs marchandises sur le sol. Le marché est calme, pas d'éclats de voix, tout se négocie en douceur. Mais ce que recherche le cycliste est plus consistant. Entourées de leur gazinière et de leurs marmites, les boliviennes proposent des plats simples et pas chers. Poulet-pâtes, poulet-riz, tripes-patate, ... à 5Bol (0.6€). Assis sur un banc, en face de la responsable du marché on déguste nos premiers plats boliviens. C'est nourrissant, mais ça manque sérieusement de goût. Pas de sauce ni d'épices. C'est riz blanc dans tous les plats!

Sur la route qui nous mène à Potosi, Coline tombe malade.  Je finis cette jolie route vallonnée en solo pendant que Jo et Coline prennent le bus. Avec le vent de dos, dans une descente je bats mon record de vitesse : 95.18km/h !!!
Evo Morales est un président "apprécié" et ça se voit notoirement sur le bord de la route: des peintures tout les 100m avec comme slogan révolutionnaire: "Con Evo Si".

Potosi situé à 4070m au dessus du niveau de la mer est au pied du Cerro Rico "la montagne riche" qui a fait sa richesse. Terrain de la plus grande mine d'argent du monde au XVIe siècle, le minerai était extrait par des "esclaves" indiens sous le joug espagnol. L'argent s'est depuis raréfié. Il est encore extrait "artisanalement" dans des conditions désastreuses par une poignée de mineurs illégaux.

On continue notre découverte de la Bolivie. De nombreux boliviens ont la joue gauche gonflée. Elle est remplie de feuilles de coca. Les peuples andins de l'altiplano mâchent ça toute la journée pour avoir de l'énergie, couper la faim et supporter l'altitude. Infiniment moins nocif que de la cocaine, ça donne un coup de fouet comme un café fort. Je me convertis aux coutumes locales: depuis le nord du Chili, je mache régulièrement de la coca durant les matinées de vélo. Pas de contrôle antidopage! Le gout est très amer mais effectivement ça donne un peu d'énergie. Et il en faut en à 4000m ! Même les habitants, pourtant habitués à l'altitude sont facilement essoufflés par des tâches anodines : monter quelques marches, soulever des objets lourds ... A cette altitude on ressent rapidement le manque d'oxygène. La moindre petite apnée en faisant ses lacets ou en rangeant ses affaires est automatiquement suivie de grandes respirations à la recherche d'air, comme si on sortait de dix minutes d'apnée forcée.

Potosí est classé au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco pour ses monuments datant de l'époque coloniale. Mais pour moi le meilleur reste la vie locale. Les marchés de rue vendant des montagnes de cacahuètes, de fruits, ... tenus par des femmes habillées avec des couleurs éclatantes. Les petits stands de jus de fruits, yaourt, sandwichs, de beignets, de chocolats, ... Les sucreries restent décevantes: ça manque de crème, de beurre, de goût ! C'est souvent assez sec. Mais c'est tellement peu cher que ça passe. 1Bol (0.12€) le petit beignet, 5Bol (0.6€) le sandwich façon kebab, ...






En arrivant à Sucré,  je descends pour la première fois depuis plusieurs semaines sous les 3000m d'altitude: 2700m exactement, climat agréable, pas de vent, ciel bleu. Bien différent de ce que j'ai connu jusqu'ici. On se retrouve chez Ulrich, un expatrié allemand travaillant en Bolivie. En le rencontrant sur le chemin entre Potosí et Sucré, il nous a généreusement invité chez lui. La ville est ordonnée, propre, calme. Autour du marché central ça grouille de monde: des vendeuses de rue étalent leur marchandise à même le sol dans le plus grand calme. Sucré est la capitale constitutionnelle du pays, l'endroit où a été signé l'indépendance en 1809. La sixième ville du pays n'est pas la plus dynamique comparé à La Paz et Santa Cruz. Trop blanc, trop propre, trop calme, il y a beaucoup de quartiers où je n'ai pas l'impression d'être en Bolivie.

Coline et Jo restent pour découvrir la ville et les alentours pendant que je reprends la route pour La Paz. Une route magnifique, vallonnée avec des cols à plus de 4300m, et des portions en travaux, chaotique avec des éboulements et un revêtement qui met à mal mon vélo chargé. Très peu de trafic, des petits villages, des champs, des troupeaux de moutons et de lamas. J'apprécie ces paysages dans le calme absolu. Je m'amuse en voyant les femmes courir derrière leurs troupeaux afin de les faire avancer dans la bonne direction. Elles crient, gesticulent tout en faisant tournoyer un corde longue d'un mètre. A 4000m d'altitude il faut avoir la forme.
Sur les chantiers du bord de route la plupart des ouvriers m'interpellent et veulent discuter avec moi. Ils rencontrent rarement de "blancs" et encore moins de cycliste. Ceux qui possèdent un téléphone me prennent en photos. Je suis devenu une star cycliste de l'altiplano ☺.
Je grimpe entre 1500m et 2500m par jour: un bon col de première catégorie à plus de 4500m. Dur ! Mais dans ce décor et avec un temps clément, je prends énormément de plaisir. Quand je prends une pause, je m'assois souvent sur le sol où sur un rocher pour admirer longuement le paysage. Je ne m'en lasse jamais. Les nuits restent fraiches au dessus de 4000m d'altitude mais rien de comparable avec le sud bolivien. -5°C, -8°C. Et le sol n'est pas froid! ça change tout.

L'arrivée à La Paz n'est pas aussi chaotique que je le pensais. On est dimanche, il n'y a pas trop de trafic. J'arrive par le quartier le plus haut "Del Alto": la vue sur la ville est impressionante. Le centre ville entouré de montagnes enneigées se situe dans la cuvette juste en dessous. La descente jusqu'au centre est vertigineuse. Tout ce que je n'avais jamais vu en Bolovie s'étend devant moi : buildings, supermarchés, hommes en costume de ville, ... Une Bolivie bien différente !

Je passe trois jours exceptionnels à la "casa de ciclista", entouré de cyclotouristes, pour la plupart Français. L'ambiance est sympa. On est sept à partager un grand appartement. Le principe des casa de ciclista (il y en a dans toute l'Amérique du Sud) est d'ouvrir un espace pour que les cyclotouristes puissent prendre une douche, dormir entre quatre murs, cuisiner, ... Et tout cela gratuitement la plupart du temps. Ici à La Paz, Cristian, le propriétaire demande une participation de 20B (3€). C'est largement compréhensible vue le nombre de cyclistes qu'il héberge chaque mois.

La Paz est une belle ville entourée par des montagnes à plus de 6000m d'altitude avec ses marchés aux mille couleurs où l'on déguste des jus de fruits frais, des soupes, ... Les fruits et légumes sont parmi les moins chers que j'ai rencontré : 5 Bol (0.8€) pour 25 mandarines, 2 Bol (0.25€) pour un avocat, ... Je n'ai pas passé ces trois jours à arpenter la ville. Fatigué par l'altitude, le froid et une petite infection alimentaire, je me suis surtout reposé ☹.
La sortie de La Paz fut difficile; le mot est faible. Monter en haut de la cuvette pour rejoindre la route vers le lac Titicaca est extrêmement difficile. Altitude plus fort pourcentage ne font pas bon ménage. Je dois la plupart du temps pousser mon vélo sous le regard médusé des habitants plus habitués à voir des scooters ou des motos surchargés grimper ces côtes.
Deux jours plus tard je suis à Copacabana, pas au Brésil , un petit village sur le bord du magnifique lac Titicaca en compagnie de quatre autres cyclistes français. Nous faisons route vers le Pérou.

Et les Boliviens ? Dans les guides on peut lire que les boliviens sont froids et peu accueillants. J'ai vécu exactement l'inverse ! Des gens souriants et curieux de connaître mon parcours et mes motivations. De premier abord ils peuvent être un peu distants et froids. A 4500m d'altitude dans le froid et le vent, la vie n'est vraiment pas facile; encore moins sans électricité ni eau courante dans les coins les plus reculés. Qui aurait envie de sourire au premier "gringo" venu ! Le vélo est un excellent moyen de contact avec les populations locales. Il faut prendre le temps, s'arrêter de pédaler,  s'approcher, sourire, échanger quelques mots et tout s'arrange☺. Contrairement aux touristes arrivant en masse dans les lieux touristiques, nous avons parcourus des routes peu fréquentées où le cycliste est perçu comme une curiosité plutôt que comme une vache à lait.

La Bolivie et les boliviens méritent d'être connus. Un pays splendide plein de couleurs et de "chaleur".


Statistiques

Distance :  1391 km
Nb jours : 27
Nb jours de vélo : 19
Nb jours de repos : 8
Etape la plus longue :  99 km
Etape la plus courte :  28 km

Plus haut col : 4420m d'altitude

Total depuis le début

Distance : 44287 km
Nb jours : 641
Nb jours de vélo : 440
Nb jours de repos : 201
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 4995m, Abra del Acay, Argentine

Crevaison : 12
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -10°C ( Paso San Francisco, Chili)








La Suite...
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