25/04/2019

Namibie: L'appel du désert

Leave a Comment




Namibie 
19 mai - 23 juin 2018

          Nous entrons en Namibie par le couloir de Caprivi. Une bande de terre de 450 km de long et 30 km de large entre l'Angola au nord et le Botswana au sud. Elle tire son nom de Leo von Caprivi le chancelier allemand qui a négocié avec l'Angleterre un accès entre le Sud-Est Africain Allemand (ancien nom de la Namibie) et l'Afrique de l'Est allemande (pour partie la Tanzanie) aussi sous contrôle germanique. Le traité d'Heligoland-Zanzibar en 1890 valide l'échange de Zanzibar contre la bande de Caprivi et l'île d'Heligoland en mer du Nord.

           Passé la frontière on sent que le pays est plus développé que ses voisins.  A côté des petits commerces, les enseignes de supermarchés sud africaines font leur apparition. Les banques ont des guichets à l'européenne. Il est samedi, leur rideaux sont tirés. Je n'avais de toute façon pas l'intention d'y entrer. Le change sur le bord de la route est bien plus avantageux.

           Si la Namibie est le second pays présentant la plus faible densité au monde, les enfants sont nombreux et nous demandent bonbons, "money" ou nous crient simplement "give me" sans objet. Je m'étais habitué à plus de tranquillité en Zambie, où les habitants sont plus farouches et plus timides. Ils ne sont pas plus pauvres ni plus malheureux que leurs voisins zambiens, mais il leur est plus facile de quémander au passage des touristes qui se laissent attendrir par la pauvreté ambiante.

           Nous roulons sur une route droite en bon état. A 800m d'altitude, la température est agréable. Le paysage alentour est resté vert à la fin de la saison des pluies. La savane densément couverte d'arbustes est parsemée de grands arbres. Peu de villages, peu de trafic, la nature brute tout autour. Ça me convient parfaitement. Deux jours plus tard nous arrivons à l'entrée du Bwabwata National Park ex Caprivi Game Park qui n'a jamais été un parc d'attraction, comme son nom semble l'indiquer, mais une réserve naturelle.
La traversée en vélo est interdite pour des raisons de sécurité. "Trop dangereux" nous dit le ranger de garde avec qui nous négocions. Finalement il ferme les yeux sur notre passage en nous rappelant que nous le faisons à nos risques et périls. J'ai souvent vécu cette situation d'interdiction de passer ou de traverser, qu'il est facile de contourner dans les pays les moins développés. Les autorités ferment souvent les yeux car il n'y pas toujours d'alternative ! Braver les interdits, quel que soit le pays, c'est l'adrénaline qui fait le piquant du voyage !

          Les traces de pas des éléphants et leurs excréments sont visibles à même la route. Un seul éléphant solitaire caché au milieu de la végétation daignera se montrer. Un peu plus loin, les couloirs de passage des springboks, ces élégantes antilopes, sont marqués comme des pistes dans la savane.
La menace venant des animaux sauvage est minime, mais nous prendrons la précaution de dormir dans les zones habitées et protégées. Notre première nuit, nous la passons dans un poste de rangers. Les gardes en uniforme kaki, particulièrement gentils, nous demandent d'installer nos deux tentes dans un espace grillagé et fermé la nuit. Nous avons accès à une douche et aux toilettes. Birgit est ravie. Comme elle n'est pas équipée pour la cuisine, je prépare un repas chaud pour deux avec mon réchaud. Ce sera pâtes ou riz avec des légumes et quelques épices. Pas varié, mais efficace pour nos efforts quotidiens.
Comme dans beaucoup de parc nationaux, les animaux sont libres de mouvement et les humains barricadés dans une enceinte grillagée ! Les villages locaux font de même en protégeant leurs lopins de terre par des palissades en bois empêchant le passage des animaux sauvages.





         Dans la nuit, je suis réveillé par le rugissement rauque des lions qui se propage dans la savane.
Sont-ils en chasse ?
A quelle distance ?
Combien ?
Passé une ou deux minutes de surprise et d'inquiétude, je guette le prochain, le moindre bruit.
Est-ce que le son se rapproche ou s'éloigne ?
Une demi-heure de doute, puis le silence revient et je me rendors.
Birgit se renseigne le lendemain matin. Les rangers nous assurerons que les lions n'étaient pas à proximité immédiate du poste. En fonction du vent, leurs rugissements peuvent se diffuser à plusieurs kilomètres. Ouf !

      Les panneaux signalant la traversée des animaux sauvages sont plus loufoques les uns que les autres: éléphant, hyène, girafe, phacochère. Nous traversons la rivière Mashi gonflée par les pluies des mois précédents, puis l'Okavango un fleuve endoréique qui prend sa source dans les montagnes angolaise et se perd à la porte du Kalahari dans un immense delta sans jamais rejoindre l'océan. Le delta popularisé par l'émission Ushuaia est parait-il magnifique. Faire un détour au Bostwana pour le visiter ne fait pas partie de mes plans. 
Deuxième arrêt dans une station de police pour la nuit. Nous entrons, personne ! Après dix minutes d'attente arrive un individu tout débraillé, sans uniforme, qui a l'air de se réveiller, c'est le policier de permanence. La douche est froide, les toilettes sont douteuses.
 La qualité du service policier se dégrade !

        Peu après la sortie du parc sur notre gauche, un énorme attroupement: c'est un marché.  Chaque marchand étale une bâche sur le sol où sont présentés pêle-mêle des vêtements, des chaussures, des gadgets fabriqués en Chine. Birgit achète deux pains au maïs. Ils ont la forme d'un pain de mie et la consistance d'une baguette avec une croûte craquante. De quoi agrémenter notre ration quotidienne.  Les paysans pratiquent encore la culture archaïque sur brulis. De grandes étendues noircies de chaque côté de la route sont notre paysage quotidien. Les artisans locaux exposent leur travail: des pilons, des djembés, des objets en bois par dizaines jalonent le bord de cette route touristique. Aucune surveillance en apparence jusqu'à l'arrivée d'un visiteur. Là, c'est une négociation qui s'engage avec force gestes et éclats de voix. Les clients sont rares, mais les affaires ne semblent pas si mauvaises.  Le soir nous nous écartons de la route pour installer notre campement. Notre arrivée intrigue les animaux curieux, qui viennent dès la nuit tombée renifler tout près de nos tentes. Dans la nuit, le premier souffle bruyant des oryx à quelques centimètres de la toile est inquiétant. Un simple petit cri ou un mouvement suffit à les éloigner et à se rassurer.

      A Rundu tout prêt de la frontière angolaise nous prenons la route du Sud vers Grootfontein. Arrivé à Mururani, la limite sud de l'état du Kavango East, nous traversons un poste de contrôle vétérinaire. En effet, les animaux arrivant du sud peuvent circuler librement, mais l'inverse oblige les transporteurs à un contrôle sanitaire des animaux venant du nord. Quand on sait que les élevages tenus par des blancs sont tous situés au sud, on comprend tout de suite les raisons de ce contrôle: limiter l'arrivée sur le marché namibien, d'animaux autre que ceux des grands élevages intensifs sous un prétexte de santé publique. La main mise des blancs sur l'économie namibienne est flagrante. Ce sont les vestiges durables de la colonisation allemande puis sud africaine à l'époque de l'apartheid. Ces mêmes blancs possèdent de grands territoires de chasse appelés "game" où "jouent" les chasseurs fortunés qui peuvent tirer des animaux sauvages. Pour une grosse liasse de dollars et une autorisation spéciale il est exceptionnellement possible de tuer des animaux protégés pour réguler leur nombre !

       Notre quotidien est fait de longues lignes droites plates et monotones. Le seul élément qui se différencie du paysage est une voie ferrée étroite, probablement construite à la fin du 19ème siècle pour transporter du minerai vers la côte, qui s'étire au loin comme un trait de crayon.
Birgit roule bien mieux que certains autres cyclistes masculins qui m'ont déjà accompagnés. Nous faisons des étapes de 100 à 120 kilomètres par jour sur le bitume.
Le paysage devient de plus en plus désertique. La végétation se raréfie, laissant apparaitre des étendues caillouteuses à l'aspect martien. Nous faisons halte dès le milieu d'après-midi pour trouver un campement agréable à l'écart de la route. Il faut ensuite déballer nos affaires, monter la tente et préparer le repas. Une fois réglé les obligations "domestiques' on se pose pour la pause. C'est le moment de bavarder un peu (surtout Birgit). Refaire le monde, comparer nos modes de vies, nos cultures, nos façons de voir les pays que nous traversons. Parler du regard des gens à notre contact dans les différents pays.  Les sujets de discussion sont nombreux  mais pas toujours consensuel. Par exemple, Birgit avec sa culture anglo-saxonne ne comprend pas le système de retraite par répartition français qui fait payer aux actifs les pensions des retraités. Malgré mes arguments, elle persiste à affirmer que les retraites par capitalisation responsabilisent davantage les salariés qui reçoivent une pension à la hauteur de leur épargne une fois leur carrière terminée. Quel est le système le plus juste ? La réponse dépend de la culture ! Les anglo-saxons à majorité protestante qui ont un respect de l'intérêt général, exigent une contre partie pour toute prestation sociale et refusent l'assistanat. Les latins comme nous, plus individualistes, assurent la solidarité intergénérationnelle ou sociale par la redistribution. Nous ne sommes pas tombés d'accord mais nous avons beaucoup appris de la culture de l'autre.

        Nous sommes tous les deux "hors du temps". Nous avons chacun à notre manière choisi de prendre le temps de vivre l'instant présent autrement que dans la routine quotidienne "occidentale". Oubliées les contraintes temporelles du boulot pour avoir le temps de s'arrêter pour observer un animal, un paysage ou discuter avec un autochtone. Plus de réveil, on se couche et on se lève avec le soleil. Les difficultés physiques et météorologiques sont notre quotidien. Pour notre plus grande satisfaction, on avance à notre rythme avec un objectif géographique  mais rarement des limites de temps.

         Dès le coucher du soleil, la température baisse instantanément. Une nuit dans la savane, en plein sommeil, je ressens une brulure soudaine au niveau de mon œil droit. Comme si j'avais touché une plante d'ortie. Je me frotte longuement la paupière et je me rendors au bout de quelques minutes. Au lever le lendemain, impossible d'ouvrir mon œil droit. Je me regarde dans mon smartphone pour évaluer la blessure.
Surprise !
Je ressemble à Quasimodo ou à un adversaire de Mike Tison au 3ème round !
Ma paupière est grosse comme un œuf.
La douleur, la blessure, la maladie, font partie du voyage. Il faut en permanence évaluer les risques et les conséquences éventuelles. J'ai appris à écouter mon corps et à faire confiance à mon instinct pour ne pas dépasser les limites. Savoir s'arrêter quand on est très fatigué ou continuer quand on sent la fatigue passagère.
Le seul vrai remède c'est le temps !
Aujourd'hui la bosse sur mon visage est visuellement impressionnante mais indolore. Birgit me regarde avec inquiétude. Je la rassure et je décide de poursuivre la route. Rouler sans sa vue stéréoscopique, ce n'est pas si difficile. Je suppose que j'ai eu affaire à un insecte urticant. J'ai eu la sensation de revivre la brulure au contact des chenilles processionnaires qui pullulent dans les collines provençales au printemps. Ma paupière dégonfle lentement au cours de la journée. Ce soir là, harassé de fatigue, je m'endors en un clin d'oeil (gauche). Le lendemain soir, le gonflement a totalement disparu.

       A Otjiwarongo nous laissons la route vers Winhoeck la capitale sur notre gauche pour suivre la piste vers l'ouest et la côte atlantique. Nous alternons des routes asphaltées et des pistes sableuses, caillouteuses et toujours poussiéreuses. Les portions de tôle ondulée nous secouent des fesses au sommet du crâne. Pourtant les pistes sont régulièrement entretenues par des niveleuses qui font la navette entre les villes. Nous faisons halte régulièrement sous les rares arbres qui réussissent à résister à la forte sècheresse. Pour installer le campement nous nous éloignons de la route. Erreur ! Les restes d'épineux bien secs percent nos pneus pourtant renforcés. La longueur des épines est impressionnante. Le matin au moment du départ il faut réparer les crevaisons. Pas cool !
Les jours suivants nous aurons le plus grand mal à trouver un endroit calme sans végétation piquante pour passer la nuit. Dans la pénombre, je m'installe souvent hors de ma tente dans mon duvet. Le ciel est constellée d'étoiles, pas un coin sans un point lumineux. La sérénité de la voute céleste m'envahit ! Magique ! Une vue du ciel qui n'est plus à la portée des européens tant la pollution lumineuse est intense.
   
      Juste quelques villages en bord de route composés de huttes faites de bois disposé verticalement surmontés d'un toit en tôle ondulée. Certains murs sont recouverts de terre rouge pour mieux protéger les occupants de la chaleur.

      Peu avant Uis, sur notre droite, le massif du Brandberg sort du désert. Le soleil couchant illumine ce dôme granitique de couleur légèrement rosé. Mieux qu'une carte postale ! Issu d'une ancienne poussée magmatique, il est apparu au fil du temps et de l'érosion des plaines alentours laissant dépasser le point culminant de la Namibie: le Königstein ou "Pierre du roi".
Dans ce pays minier les terrils sont nombreux. Un mamelon d'un blanc pur est le seul visible d'aussi loin. Ce sont les rebuts d'une mine de sel. A la sortie d'Uis nous prenons plein ouest vers Henties Bay. Birgit trouve le terrain trop difficile. "Ça me saoule" me dit-elle, "je vais faire du stop". Moins de cinq minutes d'attente, un pick-up s'arrête, charge son vélo et l'emmène à Henties Bay. J'entre dans le désert "désertique".  Des cailloux à perte de vue. L'horizon est si lointain qu'on se demande si la plaine à une fin. C'est le paysage que j'aime.  Impossible de me soustraire à "l'appel du désert". Seul dans l'immensité, je retrouve la sensation des plaines de Patagonie sans le vent de face, de l'altiplano andin sans l'altitude ou du désert de sable australien sans la chaleur écrasante. Je suis dans mon élément. Ma salle à manger est un désert, ma chambre est un désert et même ma nourriture a le goût du désert. Je jubile. Je roule, je pousse sur les pédales, je fonce sur une piste sableuse jusqu'à l'entrée du Parc National Dorob.

       Nous arrivons en vue de l'océan Atlantique. Nous longeons la Skeleton Coast ou Côte des Squelettes. J'ai l'impression de revivre la route côtière péruvienne. D'un côté le désert avec ses dunes de sable et de l'autre la côte balayée par les rouleaux de la mer déchainée. Rouler avec le bruit des vagues comme musique de fond, c'est le pied !








        Quelques kilomètres plus loin, un bateau échoué tout près de la côte et des squelettes humains reconstitués à partir d'os de mammifères marins sont le point d'attraction des touristes de passage. Je fais une photo comme eux ! Ça n'a pas duré plus de trois minutes, que je suis harcelé par les vendeurs de pierres précieuses. Pour moi, non initié, je ne vois que de vulgaire cailloux. Je sens l'arnaque. J'évite ce piège à touriste.  Direction Henties Bay le lieu touristique côtier le plus au nord de la Namibie. Une plongée en Europe pour les touristes (blancs) sud-africains. Des rues tirées au cordeau, la trace des colons germaniques ! Les maisons bien entretenues se situent bien en retrait de la plage sur un plateau sableux.

        Après Henties Bay la piste est un mélange de sable et de sel. La trace des roues des véhicules semble humide. Dans ce lieu hyper sec, le sel concentre la vapeur d'eau venant de l'océan. L'humidité nocturne est impressionnante. Ma tente est trempée chaque matin. La brume de mer s'estompe dès que la température monte. Après Swakopmund, nous arrivons à Langstrand (longue plage) une étape planifiée par Birgit qui à trouvé un hébergement. Nous emménageons dans un appartement d'une résidence de vacances prêté par la voisine de sa mère. Deux chambres, un grand salon et deux salles de bains.
Dormir dans un lit: le grand luxe !

         Après trois semaines de régime pâtes-riz, le festin est  à nous ! Tout sera "maison": houmous, gnocchi (la recette de mon arrière grand-mère piémontaise), pizza, pain aux olives, sauce tomate et fruits et légumes frais.  Dans cette cité balnéaire les prix des denrées sont les mêmes qu'en Europe. Les fruits venus d'Afrique du Sud sont un luxe. Cinq jours de repos qui font le plus grand bien à nos organismes.

         L'étape suivante est Walvis Bay un port industriel sans charme. Nous faisons provision d'eau (12 litres) et de nourriture pour 7 jours. Birgit ne veut pas trop charger son vélo. Elle se contente de 5 litres et fera " la manche" sur la route en arrêtant quelques voitures pour leur demander un peu d'eau. Il suffit de lever le bras à l'approche d'un véhicule pour qu'il s'arrête. En plus de l'eau, on nous offre du soda, des bonbons, des biscuits ... Exactement le même comportement que lors de ma traversée du désert australien. Dans les espaces inhospitaliers la solidarité est étonnante et universelle !
Nous suivons la côte sur dix kilomètres. C'est une suite de marais côtiers envahis par des colonies de flamants roses. Encore plus colorés le soir au coucher du soleil ! En quittant le Dorob National Park nous nous éloignons de la côte. L'accès au Namib Naukluft National Park est impossible depuis la côte.

       Les matins sont frais: 1 à 5°C. Le lendemain, fini le bitume. Après avoir bifurqué sur une piste qui suit le Namib au plus près, nous croisons un couple de septuagénaires français à vélo qui va vers le nord. Grand sourire, heureux de visiter la Namibie en vélo. Je suis admiratif de leur performance sportive. J'espère pouvoir en faire autant à leur âge !
Le vent typique des grandes plaines et des déserts n'est pas le bienvenu. Il se lève vers dix heures, contrarie notre progression et se calme la nuit venue. Une belle couche de poussière nous recouvre entièrement. Après les longues lignes droites, la piste serpente au milieu des collines désertiques de l'intérieur du Namib. Nous nous arrêtons sur le bord de la piste. Je passe de longues minutes assis à regarder ces ondulations quand la lumière décline. Le soir nous devons sauter les clôtures pour trouver un endroit pour dormir. Il faut enlever les sacoches, les bagages, les bouteilles d'eau et les passer au dessus des grillages ou des barbelés, en faire autant pour les vélos, puis tout transporter sur deux à trois cent mètres pour s'éloigner visuellement de la piste. Des efforts supplémentaires après une longue journée. C'est chiant ! Mais il n'y a aucune alternative.
Nous n'avons pas trouvé de lieu pour recharger nos téléphones depuis deux jours. Je sors mon panneau solaire à chaque pause ou le soir au bivouac. Il est un peu lourd mais il suffit largement à recharger nos batteries.

       A partir de Solitaire "la bien nommée" on commence à voir sur notre gauche les premières dunes du Namib, le plus vieux désert du monde. Encore un désert côtier dont nous voyons la partie orientale. Les dunes se détachent du reste de la plaine par leur couleur ocre rouge. Ces tas de sables mouvants au gré des tempêtes venues de l'océan avancent inexorablement vers l'intérieur des terres. Les rarissimes arbres qui peinaient à résister à la sècheresse sont lentement engloutis par la partie la plus abrupte de la montagne de sable. Après Sesriem, nous quittons la piste principale, pour rejoindre l'entrée du Parc. Les vélos sont interdits. Et là pas moyens de tricher ! Nous les laissons sur le parking. Un sac à dos chacun et une réserve d'eau devrait suffire pour la journée. Nous faisons du stop pour aller à Dune 45, le point le plus spectaculaire du Parc. Le premier 4x4 qui passe s'arrête. C'est un couple d'allemand qui nous prend et nous demande ce que nous faisons là à pied. Birgit explique nos parcours et nos aventures. 15 km plus loin nous arrivons. Le point Dune 45 est situé dans une trouée au fond de laquelle coule, quand les pluies sont suffisantes, une rivière éphémère la Sossuvlei (difficile à prononcer pour un non néerlandophone). Autant dire très rarement. Les dunes forment de longs épis de part et d'autre du lit asséché et blanchi par le sel. Nous montons pied nus sur les dunes pour prendre un peu de hauteur. Le seul sentier praticable est situé sur la crête. Le sable est doux et chaud sous nos pieds. Le passage des touristes a labouré le frêle sommet et créé un profond sillon. Les pentes sont sculptées de milliers d'ondulations côté vent dominant et lisses et abruptes sur l'autre versant. Le paysage du Namib est grandiose. Impossible de trouver tous les mots pour décrire ces merveilles. Mes yeux s'en souviendrons longtemps !

       Après deux heures de balade sur les dunes nous redescendons dans le lit de la rivière. Nous faisons du stop pour retourner à l'entrée du Parc. Un pickup de rangers du Parc s'arrête et nous demande:
- Que voulez-vous?
- Sortir du parc !
- Pourquoi êtes-vous là ?
- Nous sommes venus en stop !
- Ça ne se fait pas. Les blancs paient un taxi pour ça !
Finalement après quelques palabres, les rangers accompagnés de leur manager  acceptent d'emmener dans leur tournée notre duo atypique, qui n'a pas d'argent ni de véhicule. Au bout de dix minutes de piste, ils se dérident et notre balade dans les dunes se passe dans une franche rigolade. Nous profitons de leur connaissance des lieux pour visiter des zones peu fréquentées. Nous les suivons à pied sur une dune bicolore brun-ocre rouge magnifique. On nous offre même une bière dans la voiture. Le manager nous avoue avec un tantinet d'ironie que si le prix d'entrée du "plus beau désert du monde" est cher, c'est pour "faire payer le colonisateur".  Nous avons versé notre obole, en espérant sans trop d'illusions qu'elle ruisselle jusqu'au plus profond de la Namibie.

       Après cette journée magnifique, nous suivons la route qui longe le désert pendant deux jours. Aux dernières dunes nous faisons un arrêt pour admirer une dernière fois ces géantes de sable. Le dernier désert de mon périple est maintenant derrière moi. Une page de plus qui se tourne dans l'album de ma mémoire.

        Les rares arbres sont couverts de nids de républicains sociaux. Ces oiseaux nichent dans cet habitat collectif constitué de centaines de nids qui ressemblent à une énorme botte de foin déstructurée en équilibre sur une grosse branche. Nous sommes dans un autre désert, le sable a laissé place aux cailloux. Une impression de paysage martien !  En direction du sud, notre étape suivante est le Fish River Canyon. Juste avant d'y arriver, je franchis la barre des 70000km. Nous fêtons ça avec une bouteille de gin achetée la veille dans une ferme distillerie. Je trace sur le sol le nombre de km avec de magnifiques cailloux et Birgit immortalise la scène avec mon vélo et le canyon en perspective. Je transfèrerai la photo sur les réseaux sociaux au prochain point wifi. Encore un paysage hors du commun. Ici, les restes du plateau original grignotés par l'érosion ressemblent aux pattes d'un gigantesque félin striés par les strates colorées qui ornent les falaises. Nous sommes fascinés par la beauté du site. Je me revois dans la même situation au bord du Grand Canyon assis à scruter le fond de la dépression pour chercher à apercevoir le fleuve. Le Fish River Canyon n'est pas aussi grandiose, pourtant les deux panoramas se ressemblent beaucoup.









        70000km à vélo. Si j'ajoute les 4000km en autostop et la traversée en train de la Russie et de la Mongolie (9000km) je viens de faire deux fois le tour de la planète. Ce n'était pas mon objectif premier, mais je ressens une immense satisfaction. Quel plaisir d'y être arrivé !

        Ce soir-là, après six jours de bivouac, Birgit décide de passer la nuit au camping. Pour ma part, je refuse de payer pour poser ma tente. Je vais m'installer un peu plus loin dans le bush. Dix minutes après arrive Birgit fortement agacée et déçue par le confort du lieu. 20$ pour une douche froide et un emplacement à peine ombragé; "it's a scam" (une arnaque) me dit-elle. Ce soir, ce sera encore une fois une toilette à la bouteille d'eau. J'ai perfectionné la technique pour consommer le moins possible. Je met un bouchon percé d'un petit trou sur ma bouteille et je fais ruisseler le filet d'eau lentement depuis la tête sur le corps et les mains, pour ne pas en perdre une goutte. J'arrive à utiliser moins d'un litre d'eau en maintenant une hygiène corporelle acceptable. C'est un gain de poids non négligeable dans le désert.

        Un peu plus d'un mois après notre entrée en Namibie, nous traversons l'Orange River qui marque la frontière avec l'Afrique du Sud. C'est un temps long qui passe très vite tant ce pays est éblouissant. Le ranger, un brin chauvin, avait raison: les plus beaux paysages d'Afrique sont en Namibie. Nous roulons toujours plus vers le sud en direction de la pointe extrème du continent africain.

Statistiques

Distance : 2762 km
Nb jours : 36
Nb jours de vélo : 31
Nb jours de repos : 5
Etape la plus longue : 130 km
Etape la plus courte : 32 km
Crevaison : 3


Total depuis le début

Distance : 70160 km
Nb jours : 993
Nb jours de vélo : 684
Nb jours de repos : 309
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou
Crevaison : 24
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -15°C ( Utah, USA)



La Suite...

06/01/2019

Zambie

Leave a Comment
Zambie    2 mai - 18 mai 2018

          Au poste frontière zambien je demande aux "changeurs à la sauvette" de surveiller mon vélo avec ses sacoches pendant que je vais faire mon visa. J'ai souvent utilisé ce moyen en Afrique. Aucun risque, les rabatteurs savent que c'est une possibilité pour eux de faire des affaires. Je me déleste de 50$ pour obtenir le droit de visiter le pays pendant trois mois. Seuls les touristes non originaires d'Afrique doivent payer une telle somme, qui est une source de devise non négligeable pour un pays pauvre comme la Zambie.

          Pour moi ce sera une mauvaise affaire. Impossible de négocier un taux de change sans une perte de 10%. Par bonheur je n'ai que quelques centaines de shillings tanzaniens ( moins de 40€ ).
Passé le poste frontière, je roule sur des restes de routes plus que défoncés où quelques taches de bitume parsèment une piste de couleur ocre. La saison des pluies est terminée. Les rares véhicules qui me doublent lèvent une poussière fine qui s'infiltre partout dans mes vêtements.

          A la différence de la Tanzanie, cette partie est de la Zambie est peu peuplée. Quelques villages sans animation, éloignés les uns des autres. Entre ces zones de vie, quelques cases de terre battue entourée de champs de mais et de forêt où les zambiens fabriquent du charbon de bois vendu dans de grands sacs sur le bord de la route. Ici loin des mines, les richesses en matières premières de la Zambie situées au nord-ouest ne profitent pas à la population.

          Le ravitaillement en eau est un peu plus problématique. Dès que je trouve un village avec une pompe, je m'arrête faire le plein de mes bouteilles d'eau. Mon arrivée attise la curiosité des enfants. Certains choisissent la fuite pour m'observer de loin, d'autres accourent pour pomper à ma place en riant comme tous les enfants du monde. Personne ne me réclame une pièce pour prix de l'eau. Dans les hameaux les plus pauvres où il n'y a pas pompe, je dois trouver un puits. C'est à la main avec une corde usée et une poulie bancale que je remonte un seau d'eau. Le liquide est clair, mais je prends toujours le temps de le filtrer avant de remplir mes réserves. Les boutiques villageoises sont mal approvisionnées. Au nord je trouve rarement du riz ou des pâtes, je dois me contenter de produits locaux: œufs, beignets gras et sucrés ou poissons séchés. J'ai l'habitude.

           La pression démographique que j'ai ressentie au Rwanda ou en Ouganda est ici inexistante. Pas de curieux le soir au bivouac, je campe toute les nuits dehors, dans des endroits calmes pas très éloignés de la route.



         Mon quotidien de cycliste est monotone: lignes droites plates à perte de vue. Je roule six à huit heures soit 120 à 160km par jour. La routine journalière du cycliste est souvent ordinaire. Au bord de la route les vendeurs me proposent une boisson dans une bouteille de soda réutilisée. Je me laisse tenter. Le breuvage à base de farine fermentée est légèrement gazeux avec un goût plus que fade.

         Aux abords des villages, certaines écoles affichent de belles devises:
- Réveillez-vous! Stop aux mariages des enfants
- Dirigé aujourd'hui, leader demain
- Succès grâce à un dur labeur et une autodiscipline
Les jeunes zambiens peuvent au moins rêver à un avenir meilleur !

          A l'approche de la capitale Lusaka, la population et le trafic se densifie. Je trouve un hôtel-camping avec douche et cuisine pour 5€ par jour. Je m'arrête pour me reposer, me ressourcer et rencontrer des cyclistes qui vont aussi vers le sud. Un belge et un anglais que je suivais sur un chat de cycliste, qui ne sont pas très bavards sur le parcours déjà accompli.

           En quittant les USA pour l'Afrique, j'avais prévu un itinéraire qui allait de Nairobi à la Namibie ou l'Afrique du Sud puis remontait la côte ouest africaine jusqu'au Maroc. A près deux mois en Afrique de l'Est dans des pays surpeuplés où je ne me sens pas toujours à l'aise quand je dois affronter la foule, la mendicité ou camper près des habitations, je réfléchis à changer de route. Etre une attraction à chaque arrêt, j'ai connu ça en Chine, mais c'était au début de mon voyage. Maintenant j'en ai marre. L'autre problème que je découvre, est la difficulté à obtenir un visa angolais. Les cyclistes qui ont réussi à décrocher le précieux sésame ont dû patienter plusieurs jours à l'ambassade angolaise d'un pays limitrophe. Le visa ne peut pas débuter à une date postérieure au jour de l'obtention, ce qui est une contrainte supplémentaire. Le 8 mai j'appelle mes parents par internet pour leur en parler. Nous discutons pendant plus d'une heure sur les différentes options et leurs conséquences. J'écoute leurs conseils et je les informe que je prendrai une décision dans la nuit. Ce soir là, contrairement à mon habitude, j'ai du mal à m'endormir. Trop de questions tournent inlassablement dans ma tête. La sécurité, le plaisir, le retour et après ?

         Le lendemain ma décision est prise. Il est plus raisonnable et probablement plus agréable d'aller jusqu'au Cap en traversant la Namibie et de prendre un vol vers le sud de l'Europe.
Bien que je n'aie pas encore choisi la ville européenne de destination, je sais qu'après le Cap je vais me rapprocher inexorablement de la maison ! Le retour est proche. Depuis quelques jours je me suis fait à l'idée que l'aventure se termine bientôt. Avant Noël, c'est sûr.
J'envoie un message à mes parents pour leur faire part de ma décision. La teneur de la réponse me confirme que, pour eux, c'est un soulagement de savoir que je ne traverserai pas la partie de l'Afrique qui semble la moins sûre.
Une bonne chose de faite !
Je suis soulagé.



          Je continue vers Livingstone, la ville la plus proche des chutes Victoria. A l'occasion de mes pauses, j'ai souvent la visite de villageois qui viennent voir ce "drôle de blanc" qui s'arrête dans les hameaux de brousse. Les plus curieux me demandent de les photographier, juste pour le plaisir de se voir sur l'écran. Je prends le temps de leur faire plaisir quand ils me semblent animés de bonnes intentions.

           Il est dimanche, le seul jour que je reconnais invariablement en Afrique en voyant des habitants endimanchés qui marchent au bord de la route vers l'église la plus proche. Sur le coup de midi, je m'arrête sous un arbre pour manger à l'ombre. Un pickup blanc passe au ralenti devant moi et s'arrête deux cent mètres plus loin devant un portail. Le conducteur sort, puis s'avance vers moi avec sa canne. C'est un blanc en tenue de brousse, qui discute quelques minutes avec moi et m'invite chez lui.  Barry un homme de 80 ans environ me sert un gin tonic en guise d'apèro.
Mon premier alcool fort depuis que j'ai posé le pied en Afrique !
Après avoir avalé mon deuxième repas, il me propose de passer la nuit chez lui, ce que j'accepte volontiers. J'ai déjà pas mal roulé aujourd'hui et mon estomac me dicte de me reposer.

            Après une bonne sieste on visite les alentours de sa ferme, une propriété de plusieurs centaines d'hectares perdue dans le bush. Barry d'origine anglaise est arrivé dans les années soixante comme militaire à l'époque de la Rhodésie du Nord alors sous protectorat britannique. Au moment de l'indépendance de la Zambie, il décide de rester dans ce pays qu'il apprécie par dessus tout. Il achète une terre vierge qu'il va faire prospérer en créant de ses mains un élevage de vaches, poulets, moutons et chèvres. Dans sa période la plus florissante il employait jusqu'à 300 personnes. Des villages se sont créés en limite de sa propriété pour loger le personnel. Barry a financé  la construction d'une école primaire. Après trente ans de dur labeur, il délaisse un peu sa ferme pour devenir le représentant des fermiers et des associations agricoles pour toute la Zambie. En son absence, ses employés, beaucoup moins motivés que lui, ne sont pas à la hauteur. Le business périclite rapidement avec l'augmentation des taxes sur les propriétaires et la crise de 2008. Aujourd'hui il se contente d'une activité réduite avec cinquante employés. Mariés plusieurs fois à des zambiennes, ayant aussi adopté des enfants, il vit maintenant seul dans la maison de ses débuts après l'incendie de sa ferme. Il  me confie, qu'il  nourrit un grand ressentiment envers ses employés, qu'il a contribué à éduquer et qui ont profité de son absence pour le voler !
"Il est bien difficle de devoir compter pour les gros achats quand on a vécu pendant longtemps dans l'oppulence" me dit-il.



         Trois jours plus tard je suis à Livingstone, la ville la plus touristique des Chutes Victoria. Je m'installe dans un camping à côté de deux cyclistes, un Japonais et une sud-africaine. Birgit, la quarantaine, blonde aux yeux bleus, de mère allemande et de père sud-africain voyage en vélo depuis un an. Elle a quitté son boulot dans le marketing à Londres pour traverser l'Europe, l'Asie Centrale, le Japon et la  Corée avant de prendre un vol pour Livingstone. Sur les réseaux sociaux elle cherchait un équipier pour aller jusqu'au Cap à travers la Namibie. Je lui propose de l'accompagner. Ce sera une nouvelle expérience. Avant d'entamer notre parcours nous partons ensemble à vélo visiter les Chutes Victoria.

          Le Zambèze qui marque la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe, se jette dans une faille et s'échappe par un canyon. En cette fin de saison des pluies le niveau d'eau est à son maximum. On passe de longues minutes à regarder la vapeur d'eau remonter de la chute et à écouter le vacarme généré par le puissant flot de liquide.
"Mosi-Oa-Tunya" c'est à dire "la fumée qui gronde" mérite bien son nom local.
A l'approche du coucher de soleil l'arc-en-ciel qui épouse la forme du pont style Eiffel est une merveille. Vu du bord, la légère structure métallique semble flotter sur les couleurs du spectre solaire. Nous faisons quelques pas sur le pont pour dominer le tumulte des eaux au fond de la faille. Impossible de discuter tellement le bruit est assourdissant. Un aller-retour et nous sommes trempés.  Avec la Grande Muraille, le Grand Canyon, et la Cordillère des Andes, c'est un des plus beaux sites naturels du monde.

        Birgit avec son vélo de randonnée bien équipé, pédale à un bon rythme. Nous échangeons  sur nos façons de voir le voyage, nos propres capacités et limites cyclistes et nos attentes. Nous avons suffisamment voyagé tous les deux et improvisé dans des situations inhabituelles, que nous devrions pouvoir cohabiter pendant un mois et demi. L'avenir nous le dira !

       Un jour de repos et nous partons en duo direction la Namibie. Il est tôt le matin, la température est fraîche, des zèbres et des girafes peu farouches nous regardent passer. Un peu plus loin sur un affluent du Zambèze, un pêcheur qui navigue sur une pirogue traditionnelle taillée dans un tronc d'arbre, nous salue au passage. Les enfants qui vont à l'école en vélo nous suivent un bout de chemin en riant. Les villages traditionnels, avec leurs énormes silos à maïs en roseaux, se succédent jusqu'à la frontière namibienne. Aux points d'eau, les locaux qui font la queue pour remplir leurs énormes bidons jaunes me laissent passer ou me remplissent même gentiment les bouteilles.

        Pour passer la frontière nous évitons le point remarquable nommé "quadri point africain" qui délimite la frontière de quatre pays: Namibie, Botswana, Zambie et Zimbabwe. Ce partage de terre négocié entre anglais et allemand en 1890 a survécu jusqu'à aujourdhui à tous les bouleversements coloniaux.

Deux semaines en Zambie en toute tranquillité. Un pays où les gens sont accueillants et agréables. Et pour couronner le tout, le magnifique spectacle de la nature. Que demander de plus !

Statistiques

Distance : 1760 km
Nb jours : 17
Nb jours de vélo : 14
Nb jours de repos : 3
Etape la plus longue : 186 km
Etape la plus courte : 106 km

Total depuis le début

Distance : 67398 km
Nb jours : 957
Nb jours de vélo : 653
Nb jours de repos : 304
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou
Crevaison : 21
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -15°C ( Utah, USA)












La Suite...

14/12/2018

Tanzanie : Enfin je respire

Leave a Comment

17 avril 2018 - 1er mai 2018
Dodoma, Tanzanie - Mbeya, Tanzanie

            Si le passage du Rwanda vers la Tanzanie est long et fastidieux, le temps n'est pas un problème pour moi. Je suis en vacances depuis presque trois ans. Quelques heures d'attente supplémentaires n'entament plus ma patience !
Après avoir fait la queue pendant 30 min, j'arrive au comptoir. Le visa touriste de 3 mois, coûte 50$. Je n'ai sur moi que des billets de 20$ et la douanière n'a pas de monnaie ! Il m'a fallu plusieurs personnes et presque une heure de persévérance pour trouver deux billets de 10$. La douanière n'a fait aucun effort. Elle aurait sans doute préféré que je ne trouve pas ce billet pour empocher la différence !
Passé l'administratif, j'ai longuement négocié pour changer mes Francs rwandais. Ma première négociation me faisait perdre presque 20%. A la fin, après des dizaines de : "je prends, je compte, je ne suis pas satisfait, je rends les shillings tanzaniens", j'ai réussi à avoir un change pas trop défavorable: 8% de perte. C'est conséquent, mais personne ne veut des Francs rwandais. La banque à la frontière ne les change même pas : seule solution le marché noir. Habituellement je refuse de changer si je perds plus de 5%.
Mais il faut bien s'adapter !
Plus de 2 heures à palabrer !
Un temps négligeable, ici en Afrique, mais une éternité pour un européen

           Pour traverser la Tanzanie direction la Zambie, au sud, j'avais deux options :
 - Les pistes boueuses de l'ouest. Chemin le plus court en distance mais sûrement pas en temps à cause de la saison des pluies qui n'est pas terminée.
 - La route goudronnée avec 1000km de détour.
Comme je déteste pousser mon vélo dans la boue sur des kilomètres, j'ai choisi l'option numéro deux. J'en profite pour éviter des zones infestées de mouches tsé-tsé, cet insecte qui peut vous donner la maladie du sommeil et qui pique à travers les vêtements. Il faut porter plusieurs couches pour être protégé. Pantalon, veste, gants, ... sous 35°C. Pas super agréable.

Sur mon compte Facebook j'ai écrit :
"Pour éviter la boue des pistes Tanzaniennes durant cette saison des pluies j'ai suivi la route principale goudronnée. Un détour de 1000km mais un énorme plaisir !
Les tanzaniens qui sont sympas et souriants  respectent mon intimité: fini les attroupement autour du "Mzungu" ( le blanc ). 
J'ai enfin un peu d'air lors de mes pauses déjeuner pour déguster mes chapatis, chips mayai ( omelette frites ), riz haricots, ... Pour moins de 1€ ! 
Presque hors de prix quand une nuit à l'auberge coûte 2€ 😂😂😂
J'ai vécu le grand luxe pendant quinze jours. Je n'ai presque jamais sorti ma tente."
Ces quelques mots traduisent bien mon ressenti sur la Tanzanie.
Dès les premiers kilomètres après la frontière, j'ai la sensation que ce pays paisible va me plaire. Pas de trafic, des villages tout au long de la route pour me ravitailler et des zones presque vierges pour dormir la nuit avec ma tente.
Parfait !



           Et puis la route principale est pleine de vie, de villages, de gens qui marchent au bord des routes, de véhicules tellement surchargés que la moindre bosse peut être fatale au chargement, ...
L'Afrique est tellement différente de l'Europe que le "spectacle" est partout.
Les femmes sont toujours chargées: un enfant dans un bras ou sur le dos, un sac dans l'autre  et une bassine de linge sur la tête. Je suis encore étonné, aprés deux mois en Afrique, de voir que les femmes se démènent pour faire tous les travaux alors que les hommes attendent assis au bord des routes un hypothétique travail ou un possible client devant leur boutique. C'est le seul continent où j'ai constaté ce comportement. Partout ailleurs dans le monde, les hommes participent à bon nombre de travaux, sans toutefois fournir un travail équivalent à leurs épouses.
Les cyclistes aussi portent de lourds fardeaux: régimes de bananes, sacs de charbon de bois immenses ou nombre de passagers de tous âges.
Au centre des villages la "station" de mototaxi est un terre-plein boueux où s'alignent dans un ordre tout africain les motos chinoises qui peuvent supporter jusqu'à quatre personnes.
Les ébénistes locaux exhibent devant leurs ateliers des cadres de lits multicolores fabriqués à la main.

Jusqu'à la capitale, Dodoma, la route est parfois superbe, surtout quand elle est récente et construite par les Allemands, au contraire des nouvelles routes kényanes construites par les Chinois qui sont déjà bosselées après quelques passages de camions. Avec trois centimètres de macadam il ne faut pas s'attendre à des miracles !
Hélas, la route tanzanienne très hétéroclite peut être parfois horrible :  trous, bosses, goudron fondu, boue quand la rivière a débordé et même inondée sous plusieurs centimètres d'eau ! C'est du sport tous les jours et j'adore ça.
Pour avoir l'énergie d'affronter ces difficultés, il suffit que je m'arrête dans un village et que je dévore la nourriture locale. La spécialité que je trouve partout : "chips mayai" une omelette avec des frites. Un cocktail bien gras et salé mais tellement nourrissant. Pour cinquante centimes d'euro je ne me prive pas ! La cuisine de rue fait partie du quotidien en Tanzanie.  Dans chaque village il est possible de manger. Quelquefois une nourriture de pays pauvre : juste du manioc bouilli. Mais au moins je ne meurs pas faim 😁.
La plupart du temps j'ai le choix : chips mayai, chapati, beignet, riz - haricots rouges - poulet - viande de chèvre, ...

          Le plus grand des luxes c'est de pouvoir choisir où je vais passer la nuit : camping sauvage dans les grands espaces entre les villages où je peux facilement installer ma tente ou auberge, ces "guest houses" pas chère pour dormir dans un lit.
Quand je dis pas chère, c'est vraiment pas chère : 2€ la nuit !
Bien sûr il ne faut pas s'attendre au Ritz. C'est plus petit qu'une cellule de condamné à mort, mais je peux y faire entrer mon vélo avec ses sacoches.  Un lit, des draps  propres et un coin avec un bac en forme de toilette à la turque qui sert aussi de douche. Pas de robinet, juste un seau d'eau froide multi usage, ce qui par 35°C est tout à fait acceptable. C'est le plus important pour moi. Certaines gargottes ne possèdent pas l'eau courante : il faut aller soi-même chercher l'eau au puits. Pour le prix c'est compréhensible.



        Durant ces cinq jours sur la route jusqu'à la capitale j'ai pris un immense plaisir. Je n'ai pas été importuné par les tanzaniens, j'ai bien mangé, et je me suis régalé à observer la vie locale. Pas de lion, léopard ou tout autre animal sauvage: ils sont cantonnés dans les parcs nationaux !

        Pour ne pas être livré à moi-même à Dodoma, la capitale de la Tanzanie, je passe quelques jours chez Ana, une ukrainienne mariée à un médecin Tanzanien. Ils font partie de la bourgeoisie locale et vivent dans un appartement récent tout près du centre ville. Nous visitons la capitale administrative, siège du Gouvernement et de l'Assemblée, qui n'a rien d'une ville surpeuplée et bordélique. Le poumon économique du pays se situe sur la côte Est à Dar'es Salaam qui était la capitale jusqu'en 1974 avant que le  pouvoir ne la déplace afin de développer la région centre.
Je rencontre quelques amis d'Ana dont Marco, un pédiatre qui a passé plus de quarante ans en Afrique, au Rwanda, au Mozambique et maintenant en Tanzanie. Cet italien aux cheveux blancs, mi-original, mi-marginal, est une vraie encyclopédie et un fin observateur de la vie est-africaine. L'écouter relater ses expériences de vies africaines est passionnant et enrichissant. Il me raconte notamment pourquoi dans certaines régions de la Tanzanie il peut y avoir des famines alors que toutes les conditions sont réunies pour survivre.  Anciennement seul le sorgo et le millet étaient cultivés. Ce type de culture demande peu d'eau et de nutriment à la terre, pour un rendement certes limité. Pour parvenir à l'autosuffisance alimentaire le gouvernement a incité les paysans à cultiver du maïs, une céréale plus productive mais beaucoup plus gourmande en eau. En conséquence lors des années de sècheresse, la récolte est insuffisante et les habitants crèvent de faim ! Mais le maïs a meilleur goût et s'exporte mieux. Les paysans en plantent pour un revenu supérieur à court terme sans penser au risque de famine qui risque de s'accentuer avec le dérèglement climatique. Dans les villages les gens sont pauvres, mais ils ne sont pas misérables comme dans les bidonvilles autour des grandes villes où se retrouvent tous ceux qui ne peuvent plus survivre dans les campagnes ou ceux qui croient aux mirages de la vie urbaine facile.

           En route vers la Zambie, Ana, son mari et Joshua m'accompagnent en vélo. A quatre on profite de la route pendant deux jours. Bien que je passe 90% de mon temps tout seul, j’apprécie beaucoup de rouler en groupe. Je ne suis pas encore devenu associal !
Tous les trois parlent le swahili, la langue nationale, ce qui facilite les échanges avec les locaux. Je leur demande de me traduire ce que crient les enfants quand nous passons: "ballon de foot", "bonbons" ou "money". Toujours à peu près les mêmes demandes depuis que j'ai posé le pied en Afrique. Le soir au bivouac, je cuisine pour tous les quatre sur mon réchaud.
Au fur et à mesure que je vais vers le sud, la végétation est de plus en plus sèche. Joshua me montre comment font les locaux pour trouver de l'eau en période sèche. Dans les villages ne disposant pas de pompes fournies par le gouvernement ou les ONG internationales, on peut trouver de l'eau dans les mares ou les rivières asséchées. Il "suffit" de creuser un trou assez profond pour arriver jusqu'à la couche de terre ou de sable humide. Le creux se remplit d'eau filtrée par le sable en quelques minutes. Joshua m'en fait la démonstration et boit le précieux liquide. J'en fais de même en prenant la précaution de la filtrer ! Après 200km de parcours en commun mes amis tanzaniens font demi-tour et je poursuis vers la Zambie.



           L'avant dernier jour en Tanzanie je m'arrête dans une "boutique": une baraque de bois couverte de tôle rouillée avec un comptoir à l'air libre. J'achète quelques légumes et je me laisse tenter par des sucreries ressemblant à des sucres d'orge colorés en rouge ou blanc dans des grands bocaux. Quatre bâtonnets, deux rouges et deux blancs, pour 20 cts, je me fais plaisir pour un prix dérisoire. A peine sorti du magasin je goûte un bâtonnet blanc. Je m'attendais à une saveur sucrée, mais c'est un goût dégueulasse de terre argileuse qui envahit ma bouche! Je crache immédiatement ce résidus terreux. Je viens de manger un "bonbon de terre" fait d'huile, de sel et de boue. J'en avais entendu parler par des voyageurs qui étaient passés par Haïti après le tremblement de terre de 2010. En période de disette ces "galettes de terre" élaborées dans des conditions d'hygiène déplorables sont un moyen de se remplir l'estomac pour les plus pauvres.
Je jette ces "friandises" dans un champ proche de la route.
La pire expérience culinaire de mon voyage !

          Un peu plus loin je trouve de la canne à sucre en vente à même la route. Enfin un goût agréable dans la bouche après avoir grignoté avec les dents la peau dure de la canne et mordu dans la fibre pour en aspirer un jus délicieusement sucré.

         En m'approchant du lac Malawi je passe à côté de nombreux villages traditionnels composés de cases en briques de terre crue et toit en roseau. Dans ces villages de brousse les bœufs à longues cornes ou watusi ont remplacé les zébus. Plus dodu et plus majestueux que leurs semblables à bosse ils me regardent paisiblement passer. Près des zones marécageuses, les tanzaniens cultivent du riz qu'ils font sécher sur de grandes bâches tout près de leur maisons.




























         Un soir d'orage, je me mets à l'abri dans une gargotte pour siroter ma dernière bière "Kilimandjaro".
Demain je passe en Zambie. J'évite le Malawi, un pays qui, aux dires d'autres cyclistes ne vaut pas vraiment pas le détour. D'autant que le visa coûte 100€. Une bien trop grosse somme pour traverser en quelques jours un des pays les plus pauvre du monde.





Statistiques

Distance : 1589 km
Nb jours : 15
Nb jours de vélo : 12
Nb jours de repos : 3
Etape la plus longue :  155 km
Etape la plus courte :  93 km

Total depuis le début

Distance : 65628 km
Nb jours : 940
Nb jours de vélo : 639
Nb jours de repos : 301
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou
Crevaison : 21
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -15°C ( Utah, USA)
La Suite...

23/08/2018

Ouganda - Rwanda

Leave a Comment

04 avril 2018 - 16 avril 2018 : Kampala - Kigali

Ouganda

            Avant de passer la frontière je fais réparer mes chaussures pour 0.40€. Le "cordonnier", qui est assis par terre le long de la route, coud ma semelle avec du fil épais. Un rafistolage en cinq minutes qui ne durera sûrement pas longtemps mais au moins mes chaussures sont en un seul morceau.
Le passage de la frontière n'est pas trop chaotique. Je m'attendais à pire au vu du grand désordre qui règne dans le village. Pour ne pas changer, la douanière me demande 10$. Je dis non et elle me laisse passer sans problème.
Je ne m'habituerai jamais, mais je comprends qu'il est plus facile de demander de l'argent à un blanc que de se mettre au travail. Quand je réponds "non". Beaucoup disent : "OK" et continuent leur chemin sans insister !

             Mon visa qui couvre aussi l'Ouganda est rapidement validé. Après avoir changé mon argent au marché noir, je continue la route: peu de trafic et pas de villages surpeuplés. Seules quelques huttes difficilement visibles jallonent le parcours. Je suis heureux ☺. Aucun "Mzungu give me money". Les gens et les enfants me saluent normalement : " Mzungu Jambo"(Salut le blanc). J'aperçois même au bord de la route des babouins qui ne s'éloignent pas trop de la route sur mon passage. Ces singes chapardeurs habitués au trafic routier, que je surveille toujours du coin de l'œil  sont très vifs pour ramasser ou chiper tout ce qui se mange.
Serais-je arrivé dans le monde sauvage ?
Pas du tout, l'illusion ne durera que quelques dizaines de kilomètres.
Quand je récupère la route principale vers la capitale, les villages qui se succèdent font de nouveau partie du paysage au milieu des champs de riz, canne à sucre, pâturages, ... Pas de grande différence avec le Kenya. Si ce n'est que la culture de la bouffe de rue est plus étoffée. Avec les traditionnels beignets, je trouve des chapatis, des haricots, des soupes. Je mange aussi le plat de luxe nommé "rolex" , un chapati fourré avec œuf, tomates et oignons. Le nom vient de la déformation de l'expression anglaise "rolled eggs". C'est plutôt bon. Le plat de haricots rouges avec chapatis est un Kikomando. J'adore l'inventivité des appellations. Comme au Kenya, le menu n'est pas gourmet, mais ça nourrit. Et puis ce n'est vraiment pas cher. Un kikomando dans un grand bol coûte entre 0.30€ et 0.50€, un chapati 0.20€, le luxeux rolex 0.50€, un épi de maïs grillé 0.10€, ...

             Les barrages policiers sont nombreux tout le long de la route. Je ne comprends pas bien  à quoi ils peuvent servir.
A sécuriser la route ?
A nourrir la corruption ?
Sûrement un peu des deux !
Aucun policier ne m'a arrêté et encore moins sourit. Avec leur tenue blanche et leur lunettes de soleil, ils ressemblent à des généraux de république bananière comme dans une bande dessinée.
Les ougandais sont plus timides que les Kényans. La pression est moins forte, bien qu'ils essaient souvent de me réclamer quelque chose. Comme au Kenya on trouve de minuscules écoles de deux à trois classes surpeuplées en pleine savane en dehors des villages. A la sortie des classes tous les jeunes enfants sont curieux de voir le Mzungu passer. Ils courent pour arriver au bord de route et me saluent en tapant des mains et en criant : "Mzungu, Mzungu, ...". Je les remercie d'un signe de la  main tout en souriant. C'est agréable, pourtant je ne m'arrête pas pour éviter les attroupements.

              Mes journées sont en phase avec le lever et le coucher du soleil. Six heures, au petit jour, après mon café, je plie ma tente et je commence ma journée de vélo. Il y a déjà du monde. Les ougandais qui marchent au bord des routes sont aussi matinaux que moi ☺. Généralement pour le petit déjeuner, je prends des fruits et des chapatis. Au menu du midi, rolex ou kikomando et le soir le repas se limite à un bon plat de pâtes. Comme c'est la saison des pluies, tous les jours en fin d'après-midi j'ai droit au rafraîchissement venu du ciel. J'essaie de m'arrêter avant que la pluie ne commence à me tremper.  Avec un peu moins de monde qu'au Kenya, trouver un endroit où planter sa tente est un "tout petit peu plus facile". Bien que quelques villageois aient aperçu mon campement, personne n'est jamais venu me déranger. Je ne suis jamais très loin d'un village et souvent je peux entendre les chiens aboyer, le coq chanter et la musique. Les radios crachent un son fort et saturé du matin au soir et même au-delà jusqu'à tard dans la nuit ☹.

               Juste avant Kampala, je plante la tente dans un champ de cannes à sucre. Tout semblait parfait, sauf qu'à la nuit tombée des centaines de termites ont attaqué ma tente. Au petit matin je constate les dégâts: elles ont "mangé" le sol de ma tente qui est maintenant percé de centaines de trous. Le lendemain, dans une sorte d'échoppe de bord de route, j'achète  une nappe de table en toile cirée pour protéger ma tente des insectes agressifs. Cette protection est lourde mais tellement bon marché, 1€.

               L'arrivée à Kampala la capitale n'est pas si horrible que je le pensais. Le trafic est moins dense qu'à Nairobi la capitale du Kenya.  Il n'y a pas grand chose à voir dans les grandes villes africaines et Kampala n'échappe pas à la règle. C'est un immense "village" avec un foutoir monstre pour des yeux d'européens. Les piétons zigzaguent entre les voitures et les deux-roues roulent à contre-sens sur les trottoirs ou sur les terrains vagues qui servent de bas-côtés. Dans la circulation, c'est la loi du plus fort ou plutôt du plus "gros" qui s'impose : avec dans l'ordre: camions, 4X4, voitures, moto, vélos, ...  De petits malins plus culottés que les autres arrivent à perturber cet ordre établi en grillant la priorité aux plus gros qu'eux au prix de risques insensés.

              Je me repose trois jours chez Bab, un ami de Pierre, un jeune français qui m'avait hébergé à Nairobi. Mon hôte est un jeune kenyan aisé qui vit dans une maison récemment offerte par son père. Comme beaucoup d'expatriés, Bab a une personne à son service qui s'occupe de tout. On peut appeler ça un homme à tout faire ou un "valet".
En arrivant c'est Nathan qui m'accueille.  Il a une vingtaine d'années, a quitté sa femme et sa fille  qui vivent au nord de l'Ouganda pour venir travailler dans la capitale. Il travaille 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 pour 50$ par mois, nourri, logé et blanchi. Avec son maigre salaire, il arrive à faire vivre sa famille et envoyer sa fille à l'école. Il est toujours souriant et super positif. Avec un certain fatalisme, il ne se plaint pas de sa condition. Son employeur et "maitre" est souvent en déplacement entre le Kenya et l'Ouganda et il lui paie son salaire sans délai chaque mois. Ce qui n'est pas si courant dans la société "féodale" et urbaine africaine, où les plus aisés traitent souvent les employés venus des campagnes comme des serfs.

               Un soir alors que Bab est parti faire la fête, je reste avec Nathan et ses amis. Je lui  donne 2$ pour acheter les ingrédients nécessaire à la préparation  d'un repas pour nous tous.  Sur un réchaud à bois à même le sol, Nathan nous fait de fabuleux chapatis☺ que nous dégustons assis sur une natte en roseau tout en discutant. Ces jeunes ougandais de famille pauvres ont des projets pleins la tête dans cette Afrique de l'Est en pleine croissance: un petit commerce, une mototaxi ou simplement un bout de terre pour être autosuffisant.  Pour clôturer le repas ses amis me proposent de l'alcool conditionné en sachet. C'est la première fois que je vois ça. En Amérique Centrale l'eau était vendue en sachet mais pas l'alcool. Rien de tel pour être bourré: c'est pas cher et efficace. Par contre le goût est horrible comme de l'alcool à brûler de "mauvaise qualité" !

                  Mon expérience de sept jours à travers l'Ouganda est restée cantonnée aux routes principales. Avec la saison des pluies, je n'ai pas eu la force d'affronter les pistes boueuses. Je ne peux en aucun cas dire que ma vision du pays est "complète".
Une prochaine fois peut-être.





Rwanda

               La file d'attente à la frontière entre l'Ouganda et le Rwanda est longue de plusieurs centaines de mètres. Comme à mon habitude, je double toutes les voitures et camions. En suivant la file il me faudrait deux jours pour passer d'un pays à l'autre. Avec mon visa "East Africa" qui couvre le Kenya, l'Ouganda et le Rwanda le passage par la douane est presque facile. Comme dans un grand nombre de pays il faut remplir un formulaire "bidon" (nom, prénom, numéro de passeport, ...) dont tout le monde se fout.
Mais c'est nécessaire.
Evidemment il y a toujours la case : "adresse dans le pays" qu'il faut absolument compléter bien que l'administration locale sache que tu es touriste et que tu n'a pas forcément réservé un hôtel ou un appartement pour tout ton séjour !
Cette fois-ci j'ai inscrit "Camping Kigali". Camping c'est mon quotidien et Kigali est la capitale. Rien de plus simple du moment que le champ est rempli !
Et ça passe.
"Putain de bureaucratie inutile" !

               Après l'Ouganda où les villages étaient vivants, je passe au Rwanda où les quelques hameaux près de la frontière sont vraiment très calmes. Peu de commerces qui ne vendent que de la mal bouffe industrielle. Pas de fruits ou légumes. Pas de cuisine de rue. C'est le néant culinaire!
Heureusement le décor jusqu'à Kigali est extraordinaire. Le Rwanda est bien le "pays des milles collines". La route vers la capitale traverse une vallée à mille cinq cents mètres d'altitude où la population vit exclusivement de la culture du thé.  Les plantations couvrent les petites collines à gauche et à droite de la route à perte de vue. Quand le brouillard du matin s'évapore on voit apparaitre un paysage d'un vert brillant, grandiose et reposant. Je monte et je descends des dizaines de côtes faciles sous un climat humide adouci par l'altitude.
J'adore !

              En ce mois d'avril où la pluviométrie est la plus forte de la saison des pluies, prendre les pistes me m'a guère tenté. J'ai suivi la route principale dont certaines portions dépourvues de goudron faisait place à une piste boueuse de couleur rouge. Une terre pas trop collante qui ne m'a pas empêché d'avancer mais qui m'a régulièrement transformé en bonhomme de boue. Le soir, quand je suis dans un état lamentable, la douche à l'aide de ma bouteille est vraiment indispensable !

              Au Rwanda les transports en commun sont inexistants. C'est le royaume des taxis en tous genres : voitures, motos et vélos.
Avec des jeunes au guidon, les vélos-taxis pullulent dans les zones où la route est plate. Un porte-bagage made in Africa en fer forgé "maison" sur lequel est attaché un coussin aux milles couleurs sert de siège pour le confort du passager. D'autres vélos robustes transportent un poids ou un volume impressionnant: plusieurs régimes de bananes, des dizaines de bidons d'eau ou des kilos de fruits.
 Les conducteurs sont super sympas et souriants avec moi, mais ils n'aiment pas du tout se faire doubler par un blanc avec un vélo chargé. A partir du moment où je les dépasse, ils accélèrent le rythme pour me suivre et pour les meilleurs réussissent à me doubler. Ils peuvent me suivre pendant plusieurs kilomètres. La barrière de la langue fait que la discussion tourne court. Le Rwanda est une ancienne colonie française où beaucoup de lieux et de commerces portent encore des noms français. Mais les jeunes ne le parlent plus. Ils baragouinent tout juste quelques syllabes d'anglais enseignées à l'école primaire.
Les montées sont extrêmement difficiles pour eux avec leurs vélos qui ne possèdent pas de vitesse. Deux solutions : marcher en poussant son vélo ou s'accrocher derrière un camion pour grimper sans effort. Il n'est pas rare de voir quatre à cinq vélos-taxis accrochés par le bras derrière un camion hors d'âge crachant une fumée noire dans les montées !

                 Petite anecdote avant de finir cet article.
Juste après avoir traversé la frontière du Rwanda, je cherchais un point d'eau pour me ravitailler. Je m'arrête dans un village où je vois une sorte de fontaine avec des robinets.
Surprise en arrivant sur place: de petits malins ont enlevés la manette des robinets !
Un jeune rwandais s'approche de moi et me dit :
"Water ? Give me money"
Je souris, et lui réponds fermement:
- NON !
- Je ne paie pas pour de l'eau publique.
Ouvrir un robinet, il n'y a rien de plus facile. Je sors de mon sac mon outil magique : la clé à molette. Juste au moment où je présente la clé pour ouvrir, arrive le vieux "gérant"  avec la manette à la main. Je remplis mes bouteilles, je remercie le "maître" du robinet et je fais un joli sourire au gamin qui voulait obtenir quelques centimes d'euros. Puis je pars comme un prince ☺ au milieu d'une dizaine de personnes qui entre-temps s'étaient amassées autour de moi. Un rite habituel !

Bye bye Rwanda, prochaine étape la Tanzanie



Statistiques

Distance : 935  km
Nb jours : 13
Nb jours de vélo : 9
Nb jours de repos : 4
Etape la plus longue :  137 km
Etape la plus courte :  78 km

Total depuis le début

Distance : 64039 km
Nb jours : 925
Nb jours de vélo : 627
Nb jours de repos : 298
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou
Crevaison : 21
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -15°C ( Utah, USA)

La Suite...
.