06/01/2019

Zambie

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Zambie    2 mai - 18 mai 2018

          Au poste frontière zambien je demande aux "changeurs à la sauvette" de surveiller mon vélo avec ses sacoches pendant que je vais faire mon visa. J'ai souvent utilisé ce moyen en Afrique. Aucun risque, les rabatteurs savent que c'est une possibilité pour eux de faire des affaires. Je me déleste de 50$ pour obtenir le droit de visiter le pays pendant trois mois. Seuls les touristes non originaires d'Afrique doivent payer une telle somme, qui est une source de devise non négligeable pour un pays pauvre comme la Zambie.

          Pour moi ce sera une mauvaise affaire. Impossible de négocier un taux de change sans une perte de 10%. Par bonheur je n'ai que quelques centaines de shillings tanzaniens ( moins de 40€ ).
Passé le poste frontière, je roule sur des restes de routes plus que défoncés où quelques taches de bitume parsèment une piste de couleur ocre. La saison des pluies est terminée. Les rares véhicules qui me doublent lèvent une poussière fine qui s'infiltre partout dans mes vêtements.

          A la différence de la Tanzanie, cette partie est de la Zambie est peu peuplée. Quelques villages sans animation, éloignés les uns des autres. Entre ces zones de vie, quelques cases de terre battue entourée de champs de mais et de forêt où les zambiens fabriquent du charbon de bois vendu dans de grands sacs sur le bord de la route. Ici loin des mines, les richesses en matières premières de la Zambie situées au nord-ouest ne profitent pas à la population.

          Le ravitaillement en eau est un peu plus problématique. Dès que je trouve un village avec une pompe, je m'arrête faire le plein de mes bouteilles d'eau. Mon arrivée attise la curiosité des enfants. Certains choisissent la fuite pour m'observer de loin, d'autres accourent pour pomper à ma place en riant comme tous les enfants du monde. Personne ne me réclame une pièce pour prix de l'eau. Dans les hameaux les plus pauvres où il n'y a pas pompe, je dois trouver un puits. C'est à la main avec une corde usée et une poulie bancale que je remonte un seau d'eau. Le liquide est clair, mais je prends toujours le temps de le filtrer avant de remplir mes réserves. Les boutiques villageoises sont mal approvisionnées. Au nord je trouve rarement du riz ou des pâtes, je dois me contenter de produits locaux: œufs, beignets gras et sucrés ou poissons séchés. J'ai l'habitude.

           La pression démographique que j'ai ressentie au Rwanda ou en Ouganda est ici inexistante. Pas de curieux le soir au bivouac, je campe toute les nuits dehors, dans des endroits calmes pas très éloignés de la route.



         Mon quotidien de cycliste est monotone: lignes droites plates à perte de vue. Je roule six à huit heures soit 120 à 160km par jour. La routine journalière du cycliste est souvent ordinaire. Au bord de la route les vendeurs me proposent une boisson dans une bouteille de soda réutilisée. Je me laisse tenter. Le breuvage à base de farine fermentée est légèrement gazeux avec un goût plus que fade.

         Aux abords des villages, certaines écoles affichent de belles devises:
- Réveillez-vous! Stop aux mariages des enfants
- Dirigé aujourd'hui, leader demain
- Succès grâce à un dur labeur et une autodiscipline
Les jeunes zambiens peuvent au moins rêver à un avenir meilleur !

          A l'approche de la capitale Lusaka, la population et le trafic se densifie. Je trouve un hôtel-camping avec douche et cuisine pour 5€ par jour. Je m'arrête pour me reposer, me ressourcer et rencontrer des cyclistes qui vont aussi vers le sud. Un belge et un anglais que je suivais sur un chat de cycliste, qui ne sont pas très bavards sur le parcours déjà accompli.

           En quittant les USA pour l'Afrique, j'avais prévu un itinéraire qui allait de Nairobi à la Namibie ou l'Afrique du Sud puis remontait la côte ouest africaine jusqu'au Maroc. A près deux mois en Afrique de l'Est dans des pays surpeuplés où je ne me sens pas toujours à l'aise quand je dois affronter la foule, la mendicité ou camper près des habitations, je réfléchis à changer de route. Etre une attraction à chaque arrêt, j'ai connu ça en Chine, mais c'était au début de mon voyage. Maintenant j'en ai marre. L'autre problème que je découvre, est la difficulté à obtenir un visa angolais. Les cyclistes qui ont réussi à décrocher le précieux sésame ont dû patienter plusieurs jours à l'ambassade angolaise d'un pays limitrophe. Le visa ne peut pas débuter à une date postérieure au jour de l'obtention, ce qui est une contrainte supplémentaire. Le 8 mai j'appelle mes parents par internet pour leur en parler. Nous discutons pendant plus d'une heure sur les différentes options et leurs conséquences. J'écoute leurs conseils et je les informe que je prendrai une décision dans la nuit. Ce soir là, contrairement à mon habitude, j'ai du mal à m'endormir. Trop de questions tournent inlassablement dans ma tête. La sécurité, le plaisir, le retour et après ?

         Le lendemain ma décision est prise. Il est plus raisonnable et probablement plus agréable d'aller jusqu'au Cap en traversant la Namibie et de prendre un vol vers le sud de l'Europe.
Bien que je n'aie pas encore choisi la ville européenne de destination, je sais qu'après le Cap je vais me rapprocher inexorablement de la maison ! Le retour est proche. Depuis quelques jours je me suis fait à l'idée que l'aventure se termine bientôt. Avant Noël, c'est sûr.
J'envoie un message à mes parents pour leur faire part de ma décision. La teneur de la réponse me confirme que, pour eux, c'est un soulagement de savoir que je ne traverserai pas la partie de l'Afrique qui semble la moins sûre.
Une bonne chose de faite !
Je suis soulagé.



          Je continue vers Livingstone, la ville la plus proche des chutes Victoria. A l'occasion de mes pauses, j'ai souvent la visite de villageois qui viennent voir ce "drôle de blanc" qui s'arrête dans les hameaux de brousse. Les plus curieux me demandent de les photographier, juste pour le plaisir de se voir sur l'écran. Je prends le temps de leur faire plaisir quand ils me semblent animés de bonnes intentions.

           Il est dimanche, le seul jour que je reconnais invariablement en Afrique en voyant des habitants endimanchés qui marchent au bord de la route vers l'église la plus proche. Sur le coup de midi, je m'arrête sous un arbre pour manger à l'ombre. Un pickup blanc passe au ralenti devant moi et s'arrête deux cent mètres plus loin devant un portail. Le conducteur sort, puis s'avance vers moi avec sa canne. C'est un blanc en tenue de brousse, qui discute quelques minutes avec moi et m'invite chez lui.  Barry un homme de 80 ans environ me sert un gin tonic en guise d'apèro.
Mon premier alcool fort depuis que j'ai posé le pied en Afrique !
Après avoir avalé mon deuxième repas, il me propose de passer la nuit chez lui, ce que j'accepte volontiers. J'ai déjà pas mal roulé aujourd'hui et mon estomac me dicte de me reposer.

            Après une bonne sieste on visite les alentours de sa ferme, une propriété de plusieurs centaines d'hectares perdue dans le bush. Barry d'origine anglaise est arrivé dans les années soixante comme militaire à l'époque de la Rhodésie du Nord alors sous protectorat britannique. Au moment de l'indépendance de la Zambie, il décide de rester dans ce pays qu'il apprécie par dessus tout. Il achète une terre vierge qu'il va faire prospérer en créant de ses mains un élevage de vaches, poulets, moutons et chèvres. Dans sa période la plus florissante il employait jusqu'à 300 personnes. Des villages se sont créés en limite de sa propriété pour loger le personnel. Barry a financé  la construction d'une école primaire. Après trente ans de dur labeur, il délaisse un peu sa ferme pour devenir le représentant des fermiers et des associations agricoles pour toute la Zambie. En son absence, ses employés, beaucoup moins motivés que lui, ne sont pas à la hauteur. Le business périclite rapidement avec l'augmentation des taxes sur les propriétaires et la crise de 2008. Aujourd'hui il se contente d'une activité réduite avec cinquante employés. Mariés plusieurs fois à des zambiennes, ayant aussi adopté des enfants, il vit maintenant seul dans la maison de ses débuts après l'incendie de sa ferme. Il  me confie, qu'il  nourrit un grand ressentiment envers ses employés, qu'il a contribué à éduquer et qui ont profité de son absence pour le voler !
"Il est bien difficle de devoir compter pour les gros achats quand on a vécu pendant longtemps dans l'oppulence" me dit-il.



         Trois jours plus tard je suis à Livingstone, la ville la plus touristique des Chutes Victoria. Je m'installe dans un camping à côté de deux cyclistes, un Japonais et une sud-africaine. Birgit, la quarantaine, blonde aux yeux bleus, de mère allemande et de père sud-africain voyage en vélo depuis un an. Elle a quitté son boulot dans le marketing à Londres pour traverser l'Europe, l'Asie Centrale, le Japon et la  Corée avant de prendre un vol pour Livingstone. Sur les réseaux sociaux elle cherchait un équipier pour aller jusqu'au Cap à travers la Namibie. Je lui propose de l'accompagner. Ce sera une nouvelle expérience. Avant d'entamer notre parcours nous partons ensemble à vélo visiter les Chutes Victoria.

          Le Zambèze qui marque la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe, se jette dans une faille et s'échappe par un canyon. En cette fin de saison des pluies le niveau d'eau est à son maximum. On passe de longues minutes à regarder la vapeur d'eau remonter de la chute et à écouter le vacarme généré par le puissant flot de liquide.
"Mosi-Oa-Tunya" c'est à dire "la fumée qui gronde" mérite bien son nom local.
A l'approche du coucher de soleil l'arc-en-ciel qui épouse la forme du pont style Eiffel est une merveille. Vu du bord, la légère structure métallique semble flotter sur les couleurs du spectre solaire. Nous faisons quelques pas sur le pont pour dominer le tumulte des eaux au fond de la faille. Impossible de discuter tellement le bruit est assourdissant. Un aller-retour et nous sommes trempés.  Avec la Grande Muraille, le Grand Canyon, et la Cordillère des Andes, c'est un des plus beaux sites naturels du monde.

        Birgit avec son vélo de randonnée bien équipé, pédale à un bon rythme. Nous échangeons  sur nos façons de voir le voyage, nos propres capacités et limites cyclistes et nos attentes. Nous avons suffisamment voyagé tous les deux et improvisé dans des situations inhabituelles, que nous devrions pouvoir cohabiter pendant un mois et demi. L'avenir nous le dira !

       Un jour de repos et nous partons en duo direction la Namibie. Il est tôt le matin, la température est fraîche, des zèbres et des girafes peu farouches nous regardent passer. Un peu plus loin sur un affluent du Zambèze, un pêcheur qui navigue sur une pirogue traditionnelle taillée dans un tronc d'arbre, nous salue au passage. Les enfants qui vont à l'école en vélo nous suivent un bout de chemin en riant. Les villages traditionnels, avec leurs énormes silos à maïs en roseaux, se succédent jusqu'à la frontière namibienne. Aux points d'eau, les locaux qui font la queue pour remplir leurs énormes bidons jaunes me laissent passer ou me remplissent même gentiment les bouteilles.

        Pour passer la frontière nous évitons le point remarquable nommé "quadri point africain" qui délimite la frontière de quatre pays: Namibie, Botswana, Zambie et Zimbabwe. Ce partage de terre négocié entre anglais et allemand en 1890 a survécu jusqu'à aujourdhui à tous les bouleversements coloniaux.

Deux semaines en Zambie en toute tranquillité. Un pays où les gens sont accueillants et agréables. Et pour couronner le tout, le magnifique spectacle de la nature. Que demander de plus !

Statistiques

Distance : 1760 km
Nb jours : 17
Nb jours de vélo : 14
Nb jours de repos : 3
Etape la plus longue : 186 km
Etape la plus courte : 106 km

Total depuis le début

Distance : 67398 km
Nb jours : 957
Nb jours de vélo : 653
Nb jours de repos : 304
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou
Crevaison : 21
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -15°C ( Utah, USA)












La Suite...

14/12/2018

Tanzanie : Enfin je respire

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17 avril 2018 - 1er mai 2018
Dodoma, Tanzanie - Mbeya, Tanzanie

            Si le passage du Rwanda vers la Tanzanie est long et fastidieux, le temps n'est pas un problème pour moi. Je suis en vacances depuis presque trois ans. Quelques heures d'attente supplémentaires n'entament plus ma patience !
Après avoir fait la queue pendant 30 min, j'arrive au comptoir. Le visa touriste de 3 mois, coûte 50$. Je n'ai sur moi que des billets de 20$ et la douanière n'a pas de monnaie ! Il m'a fallu plusieurs personnes et presque une heure de persévérance pour trouver deux billets de 10$. La douanière n'a fait aucun effort. Elle aurait sans doute préféré que je ne trouve pas ce billet pour empocher la différence !
Passé l'administratif, j'ai longuement négocié pour changer mes Francs rwandais. Ma première négociation me faisait perdre presque 20%. A la fin, après des dizaines de : "je prends, je compte, je ne suis pas satisfait, je rends les shillings tanzaniens", j'ai réussi à avoir un change pas trop défavorable: 8% de perte. C'est conséquent, mais personne ne veut des Francs rwandais. La banque à la frontière ne les change même pas : seule solution le marché noir. Habituellement je refuse de changer si je perds plus de 5%.
Mais il faut bien s'adapter !
Plus de 2 heures à palabrer !
Un temps négligeable, ici en Afrique, mais une éternité pour un européen

           Pour traverser la Tanzanie direction la Zambie, au sud, j'avais deux options :
 - Les pistes boueuses de l'ouest. Chemin le plus court en distance mais sûrement pas en temps à cause de la saison des pluies qui n'est pas terminée.
 - La route goudronnée avec 1000km de détour.
Comme je déteste pousser mon vélo dans la boue sur des kilomètres, j'ai choisi l'option numéro deux. J'en profite pour éviter des zones infestées de mouches tsé-tsé, cet insecte qui peut vous donner la maladie du sommeil et qui pique à travers les vêtements. Il faut porter plusieurs couches pour être protégé. Pantalon, veste, gants, ... sous 35°C. Pas super agréable.

Sur mon compte Facebook j'ai écrit :
"Pour éviter la boue des pistes Tanzaniennes durant cette saison des pluies j'ai suivi la route principale goudronnée. Un détour de 1000km mais un énorme plaisir !
Les tanzaniens qui sont sympas et souriants  respectent mon intimité: fini les attroupement autour du "Mzungu" ( le blanc ). 
J'ai enfin un peu d'air lors de mes pauses déjeuner pour déguster mes chapatis, chips mayai ( omelette frites ), riz haricots, ... Pour moins de 1€ ! 
Presque hors de prix quand une nuit à l'auberge coûte 2€ 😂😂😂
J'ai vécu le grand luxe pendant quinze jours. Je n'ai presque jamais sorti ma tente."
Ces quelques mots traduisent bien mon ressenti sur la Tanzanie.
Dès les premiers kilomètres après la frontière, j'ai la sensation que ce pays paisible va me plaire. Pas de trafic, des villages tout au long de la route pour me ravitailler et des zones presque vierges pour dormir la nuit avec ma tente.
Parfait !



           Et puis la route principale est pleine de vie, de villages, de gens qui marchent au bord des routes, de véhicules tellement surchargés que la moindre bosse peut être fatale au chargement, ...
L'Afrique est tellement différente de l'Europe que le "spectacle" est partout.
Les femmes sont toujours chargées: un enfant dans un bras ou sur le dos, un sac dans l'autre  et une bassine de linge sur la tête. Je suis encore étonné, aprés deux mois en Afrique, de voir que les femmes se démènent pour faire tous les travaux alors que les hommes attendent assis au bord des routes un hypothétique travail ou un possible client devant leur boutique. C'est le seul continent où j'ai constaté ce comportement. Partout ailleurs dans le monde, les hommes participent à bon nombre de travaux, sans toutefois fournir un travail équivalent à leurs épouses.
Les cyclistes aussi portent de lourds fardeaux: régimes de bananes, sacs de charbon de bois immenses ou nombre de passagers de tous âges.
Au centre des villages la "station" de mototaxi est un terre-plein boueux où s'alignent dans un ordre tout africain les motos chinoises qui peuvent supporter jusqu'à quatre personnes.
Les ébénistes locaux exhibent devant leurs ateliers des cadres de lits multicolores fabriqués à la main.

Jusqu'à la capitale, Dodoma, la route est parfois superbe, surtout quand elle est récente et construite par les Allemands, au contraire des nouvelles routes kényanes construites par les Chinois qui sont déjà bosselées après quelques passages de camions. Avec trois centimètres de macadam il ne faut pas s'attendre à des miracles !
Hélas, la route tanzanienne très hétéroclite peut être parfois horrible :  trous, bosses, goudron fondu, boue quand la rivière a débordé et même inondée sous plusieurs centimètres d'eau ! C'est du sport tous les jours et j'adore ça.
Pour avoir l'énergie d'affronter ces difficultés, il suffit que je m'arrête dans un village et que je dévore la nourriture locale. La spécialité que je trouve partout : "chips mayai" une omelette avec des frites. Un cocktail bien gras et salé mais tellement nourrissant. Pour cinquante centimes d'euro je ne me prive pas ! La cuisine de rue fait partie du quotidien en Tanzanie.  Dans chaque village il est possible de manger. Quelquefois une nourriture de pays pauvre : juste du manioc bouilli. Mais au moins je ne meurs pas faim 😁.
La plupart du temps j'ai le choix : chips mayai, chapati, beignet, riz - haricots rouges - poulet - viande de chèvre, ...

          Le plus grand des luxes c'est de pouvoir choisir où je vais passer la nuit : camping sauvage dans les grands espaces entre les villages où je peux facilement installer ma tente ou auberge, ces "guest houses" pas chère pour dormir dans un lit.
Quand je dis pas chère, c'est vraiment pas chère : 2€ la nuit !
Bien sûr il ne faut pas s'attendre au Ritz. C'est plus petit qu'une cellule de condamné à mort, mais je peux y faire entrer mon vélo avec ses sacoches.  Un lit, des draps  propres et un coin avec un bac en forme de toilette à la turque qui sert aussi de douche. Pas de robinet, juste un seau d'eau froide multi usage, ce qui par 35°C est tout à fait acceptable. C'est le plus important pour moi. Certaines gargottes ne possèdent pas l'eau courante : il faut aller soi-même chercher l'eau au puits. Pour le prix c'est compréhensible.



        Durant ces cinq jours sur la route jusqu'à la capitale j'ai pris un immense plaisir. Je n'ai pas été importuné par les tanzaniens, j'ai bien mangé, et je me suis régalé à observer la vie locale. Pas de lion, léopard ou tout autre animal sauvage: ils sont cantonnés dans les parcs nationaux !

        Pour ne pas être livré à moi-même à Dodoma, la capitale de la Tanzanie, je passe quelques jours chez Ana, une ukrainienne mariée à un médecin Tanzanien. Ils font partie de la bourgeoisie locale et vivent dans un appartement récent tout près du centre ville. Nous visitons la capitale administrative, siège du Gouvernement et de l'Assemblée, qui n'a rien d'une ville surpeuplée et bordélique. Le poumon économique du pays se situe sur la côte Est à Dar'es Salaam qui était la capitale jusqu'en 1974 avant que le  pouvoir ne la déplace afin de développer la région centre.
Je rencontre quelques amis d'Ana dont Marco, un pédiatre qui a passé plus de quarante ans en Afrique, au Rwanda, au Mozambique et maintenant en Tanzanie. Cet italien aux cheveux blancs, mi-original, mi-marginal, est une vraie encyclopédie et un fin observateur de la vie est-africaine. L'écouter relater ses expériences de vies africaines est passionnant et enrichissant. Il me raconte notamment pourquoi dans certaines régions de la Tanzanie il peut y avoir des famines alors que toutes les conditions sont réunies pour survivre.  Anciennement seul le sorgo et le millet étaient cultivés. Ce type de culture demande peu d'eau et de nutriment à la terre, pour un rendement certes limité. Pour parvenir à l'autosuffisance alimentaire le gouvernement a incité les paysans à cultiver du maïs, une céréale plus productive mais beaucoup plus gourmande en eau. En conséquence lors des années de sècheresse, la récolte est insuffisante et les habitants crèvent de faim ! Mais le maïs a meilleur goût et s'exporte mieux. Les paysans en plantent pour un revenu supérieur à court terme sans penser au risque de famine qui risque de s'accentuer avec le dérèglement climatique. Dans les villages les gens sont pauvres, mais ils ne sont pas misérables comme dans les bidonvilles autour des grandes villes où se retrouvent tous ceux qui ne peuvent plus survivre dans les campagnes ou ceux qui croient aux mirages de la vie urbaine facile.

           En route vers la Zambie, Ana, son mari et Joshua m'accompagnent en vélo. A quatre on profite de la route pendant deux jours. Bien que je passe 90% de mon temps tout seul, j’apprécie beaucoup de rouler en groupe. Je ne suis pas encore devenu associal !
Tous les trois parlent le swahili, la langue nationale, ce qui facilite les échanges avec les locaux. Je leur demande de me traduire ce que crient les enfants quand nous passons: "ballon de foot", "bonbons" ou "money". Toujours à peu près les mêmes demandes depuis que j'ai posé le pied en Afrique. Le soir au bivouac, je cuisine pour tous les quatre sur mon réchaud.
Au fur et à mesure que je vais vers le sud, la végétation est de plus en plus sèche. Joshua me montre comment font les locaux pour trouver de l'eau en période sèche. Dans les villages ne disposant pas de pompes fournies par le gouvernement ou les ONG internationales, on peut trouver de l'eau dans les mares ou les rivières asséchées. Il "suffit" de creuser un trou assez profond pour arriver jusqu'à la couche de terre ou de sable humide. Le creux se remplit d'eau filtrée par le sable en quelques minutes. Joshua m'en fait la démonstration et boit le précieux liquide. J'en fais de même en prenant la précaution de la filtrer ! Après 200km de parcours en commun mes amis tanzaniens font demi-tour et je poursuis vers la Zambie.



           L'avant dernier jour en Tanzanie je m'arrête dans une "boutique": une baraque de bois couverte de tôle rouillée avec un comptoir à l'air libre. J'achète quelques légumes et je me laisse tenter par des sucreries ressemblant à des sucres d'orge colorés en rouge ou blanc dans des grands bocaux. Quatre bâtonnets, deux rouges et deux blancs, pour 20 cts, je me fais plaisir pour un prix dérisoire. A peine sorti du magasin je goûte un bâtonnet blanc. Je m'attendais à une saveur sucrée, mais c'est un goût dégueulasse de terre argileuse qui envahit ma bouche! Je crache immédiatement ce résidus terreux. Je viens de manger un "bonbon de terre" fait d'huile, de sel et de boue. J'en avais entendu parler par des voyageurs qui étaient passés par Haïti après le tremblement de terre de 2010. En période de disette ces "galettes de terre" élaborées dans des conditions d'hygiène déplorables sont un moyen de se remplir l'estomac pour les plus pauvres.
Je jette ces "friandises" dans un champ proche de la route.
La pire expérience culinaire de mon voyage !

          Un peu plus loin je trouve de la canne à sucre en vente à même la route. Enfin un goût agréable dans la bouche après avoir grignoté avec les dents la peau dure de la canne et mordu dans la fibre pour en aspirer un jus délicieusement sucré.

         En m'approchant du lac Malawi je passe à côté de nombreux villages traditionnels composés de cases en briques de terre crue et toit en roseau. Dans ces villages de brousse les bœufs à longues cornes ou watusi ont remplacé les zébus. Plus dodu et plus majestueux que leurs semblables à bosse ils me regardent paisiblement passer. Près des zones marécageuses, les tanzaniens cultivent du riz qu'ils font sécher sur de grandes bâches tout près de leur maisons.




























         Un soir d'orage, je me mets à l'abri dans une gargotte pour siroter ma dernière bière "Kilimandjaro".
Demain je passe en Zambie. J'évite le Malawi, un pays qui, aux dires d'autres cyclistes ne vaut pas vraiment pas le détour. D'autant que le visa coûte 100€. Une bien trop grosse somme pour traverser en quelques jours un des pays les plus pauvre du monde.





Statistiques

Distance : 1589 km
Nb jours : 15
Nb jours de vélo : 12
Nb jours de repos : 3
Etape la plus longue :  155 km
Etape la plus courte :  93 km

Total depuis le début

Distance : 65628 km
Nb jours : 940
Nb jours de vélo : 639
Nb jours de repos : 301
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou
Crevaison : 21
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -15°C ( Utah, USA)
La Suite...

23/08/2018

Ouganda - Rwanda

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04 avril 2018 - 16 avril 2018 : Kampala - Kigali

Ouganda

            Avant de passer la frontière je fais réparer mes chaussures pour 0.40€. Le "cordonnier", qui est assis par terre le long de la route, coud ma semelle avec du fil épais. Un rafistolage en cinq minutes qui ne durera sûrement pas longtemps mais au moins mes chaussures sont en un seul morceau.
Le passage de la frontière n'est pas trop chaotique. Je m'attendais à pire au vu du grand désordre qui règne dans le village. Pour ne pas changer, la douanière me demande 10$. Je dis non et elle me laisse passer sans problème.
Je ne m'habituerai jamais, mais je comprends qu'il est plus facile de demander de l'argent à un blanc que de se mettre au travail. Quand je réponds "non". Beaucoup disent : "OK" et continuent leur chemin sans insister !

             Mon visa qui couvre aussi l'Ouganda est rapidement validé. Après avoir changé mon argent au marché noir, je continue la route: peu de trafic et pas de villages surpeuplés. Seules quelques huttes difficilement visibles jallonent le parcours. Je suis heureux ☺. Aucun "Mzungu give me money". Les gens et les enfants me saluent normalement : " Mzungu Jambo"(Salut le blanc). J'aperçois même au bord de la route des babouins qui ne s'éloignent pas trop de la route sur mon passage. Ces singes chapardeurs habitués au trafic routier, que je surveille toujours du coin de l'œil  sont très vifs pour ramasser ou chiper tout ce qui se mange.
Serais-je arrivé dans le monde sauvage ?
Pas du tout, l'illusion ne durera que quelques dizaines de kilomètres.
Quand je récupère la route principale vers la capitale, les villages qui se succèdent font de nouveau partie du paysage au milieu des champs de riz, canne à sucre, pâturages, ... Pas de grande différence avec le Kenya. Si ce n'est que la culture de la bouffe de rue est plus étoffée. Avec les traditionnels beignets, je trouve des chapatis, des haricots, des soupes. Je mange aussi le plat de luxe nommé "rolex" , un chapati fourré avec œuf, tomates et oignons. Le nom vient de la déformation de l'expression anglaise "rolled eggs". C'est plutôt bon. Le plat de haricots rouges avec chapatis est un Kikomando. J'adore l'inventivité des appellations. Comme au Kenya, le menu n'est pas gourmet, mais ça nourrit. Et puis ce n'est vraiment pas cher. Un kikomando dans un grand bol coûte entre 0.30€ et 0.50€, un chapati 0.20€, le luxeux rolex 0.50€, un épi de maïs grillé 0.10€, ...

             Les barrages policiers sont nombreux tout le long de la route. Je ne comprends pas bien  à quoi ils peuvent servir.
A sécuriser la route ?
A nourrir la corruption ?
Sûrement un peu des deux !
Aucun policier ne m'a arrêté et encore moins sourit. Avec leur tenue blanche et leur lunettes de soleil, ils ressemblent à des généraux de république bananière comme dans une bande dessinée.
Les ougandais sont plus timides que les Kényans. La pression est moins forte, bien qu'ils essaient souvent de me réclamer quelque chose. Comme au Kenya on trouve de minuscules écoles de deux à trois classes surpeuplées en pleine savane en dehors des villages. A la sortie des classes tous les jeunes enfants sont curieux de voir le Mzungu passer. Ils courent pour arriver au bord de route et me saluent en tapant des mains et en criant : "Mzungu, Mzungu, ...". Je les remercie d'un signe de la  main tout en souriant. C'est agréable, pourtant je ne m'arrête pas pour éviter les attroupements.

              Mes journées sont en phase avec le lever et le coucher du soleil. Six heures, au petit jour, après mon café, je plie ma tente et je commence ma journée de vélo. Il y a déjà du monde. Les ougandais qui marchent au bord des routes sont aussi matinaux que moi ☺. Généralement pour le petit déjeuner, je prends des fruits et des chapatis. Au menu du midi, rolex ou kikomando et le soir le repas se limite à un bon plat de pâtes. Comme c'est la saison des pluies, tous les jours en fin d'après-midi j'ai droit au rafraîchissement venu du ciel. J'essaie de m'arrêter avant que la pluie ne commence à me tremper.  Avec un peu moins de monde qu'au Kenya, trouver un endroit où planter sa tente est un "tout petit peu plus facile". Bien que quelques villageois aient aperçu mon campement, personne n'est jamais venu me déranger. Je ne suis jamais très loin d'un village et souvent je peux entendre les chiens aboyer, le coq chanter et la musique. Les radios crachent un son fort et saturé du matin au soir et même au-delà jusqu'à tard dans la nuit ☹.

               Juste avant Kampala, je plante la tente dans un champ de cannes à sucre. Tout semblait parfait, sauf qu'à la nuit tombée des centaines de termites ont attaqué ma tente. Au petit matin je constate les dégâts: elles ont "mangé" le sol de ma tente qui est maintenant percé de centaines de trous. Le lendemain, dans une sorte d'échoppe de bord de route, j'achète  une nappe de table en toile cirée pour protéger ma tente des insectes agressifs. Cette protection est lourde mais tellement bon marché, 1€.

               L'arrivée à Kampala la capitale n'est pas si horrible que je le pensais. Le trafic est moins dense qu'à Nairobi la capitale du Kenya.  Il n'y a pas grand chose à voir dans les grandes villes africaines et Kampala n'échappe pas à la règle. C'est un immense "village" avec un foutoir monstre pour des yeux d'européens. Les piétons zigzaguent entre les voitures et les deux-roues roulent à contre-sens sur les trottoirs ou sur les terrains vagues qui servent de bas-côtés. Dans la circulation, c'est la loi du plus fort ou plutôt du plus "gros" qui s'impose : avec dans l'ordre: camions, 4X4, voitures, moto, vélos, ...  De petits malins plus culottés que les autres arrivent à perturber cet ordre établi en grillant la priorité aux plus gros qu'eux au prix de risques insensés.

              Je me repose trois jours chez Bab, un ami de Pierre, un jeune français qui m'avait hébergé à Nairobi. Mon hôte est un jeune kenyan aisé qui vit dans une maison récemment offerte par son père. Comme beaucoup d'expatriés, Bab a une personne à son service qui s'occupe de tout. On peut appeler ça un homme à tout faire ou un "valet".
En arrivant c'est Nathan qui m'accueille.  Il a une vingtaine d'années, a quitté sa femme et sa fille  qui vivent au nord de l'Ouganda pour venir travailler dans la capitale. Il travaille 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 pour 50$ par mois, nourri, logé et blanchi. Avec son maigre salaire, il arrive à faire vivre sa famille et envoyer sa fille à l'école. Il est toujours souriant et super positif. Avec un certain fatalisme, il ne se plaint pas de sa condition. Son employeur et "maitre" est souvent en déplacement entre le Kenya et l'Ouganda et il lui paie son salaire sans délai chaque mois. Ce qui n'est pas si courant dans la société "féodale" et urbaine africaine, où les plus aisés traitent souvent les employés venus des campagnes comme des serfs.

               Un soir alors que Bab est parti faire la fête, je reste avec Nathan et ses amis. Je lui  donne 2$ pour acheter les ingrédients nécessaire à la préparation  d'un repas pour nous tous.  Sur un réchaud à bois à même le sol, Nathan nous fait de fabuleux chapatis☺ que nous dégustons assis sur une natte en roseau tout en discutant. Ces jeunes ougandais de famille pauvres ont des projets pleins la tête dans cette Afrique de l'Est en pleine croissance: un petit commerce, une mototaxi ou simplement un bout de terre pour être autosuffisant.  Pour clôturer le repas ses amis me proposent de l'alcool conditionné en sachet. C'est la première fois que je vois ça. En Amérique Centrale l'eau était vendue en sachet mais pas l'alcool. Rien de tel pour être bourré: c'est pas cher et efficace. Par contre le goût est horrible comme de l'alcool à brûler de "mauvaise qualité" !

                  Mon expérience de sept jours à travers l'Ouganda est restée cantonnée aux routes principales. Avec la saison des pluies, je n'ai pas eu la force d'affronter les pistes boueuses. Je ne peux en aucun cas dire que ma vision du pays est "complète".
Une prochaine fois peut-être.





Rwanda

               La file d'attente à la frontière entre l'Ouganda et le Rwanda est longue de plusieurs centaines de mètres. Comme à mon habitude, je double toutes les voitures et camions. En suivant la file il me faudrait deux jours pour passer d'un pays à l'autre. Avec mon visa "East Africa" qui couvre le Kenya, l'Ouganda et le Rwanda le passage par la douane est presque facile. Comme dans un grand nombre de pays il faut remplir un formulaire "bidon" (nom, prénom, numéro de passeport, ...) dont tout le monde se fout.
Mais c'est nécessaire.
Evidemment il y a toujours la case : "adresse dans le pays" qu'il faut absolument compléter bien que l'administration locale sache que tu es touriste et que tu n'a pas forcément réservé un hôtel ou un appartement pour tout ton séjour !
Cette fois-ci j'ai inscrit "Camping Kigali". Camping c'est mon quotidien et Kigali est la capitale. Rien de plus simple du moment que le champ est rempli !
Et ça passe.
"Putain de bureaucratie inutile" !

               Après l'Ouganda où les villages étaient vivants, je passe au Rwanda où les quelques hameaux près de la frontière sont vraiment très calmes. Peu de commerces qui ne vendent que de la mal bouffe industrielle. Pas de fruits ou légumes. Pas de cuisine de rue. C'est le néant culinaire!
Heureusement le décor jusqu'à Kigali est extraordinaire. Le Rwanda est bien le "pays des milles collines". La route vers la capitale traverse une vallée à mille cinq cents mètres d'altitude où la population vit exclusivement de la culture du thé.  Les plantations couvrent les petites collines à gauche et à droite de la route à perte de vue. Quand le brouillard du matin s'évapore on voit apparaitre un paysage d'un vert brillant, grandiose et reposant. Je monte et je descends des dizaines de côtes faciles sous un climat humide adouci par l'altitude.
J'adore !

              En ce mois d'avril où la pluviométrie est la plus forte de la saison des pluies, prendre les pistes me m'a guère tenté. J'ai suivi la route principale dont certaines portions dépourvues de goudron faisait place à une piste boueuse de couleur rouge. Une terre pas trop collante qui ne m'a pas empêché d'avancer mais qui m'a régulièrement transformé en bonhomme de boue. Le soir, quand je suis dans un état lamentable, la douche à l'aide de ma bouteille est vraiment indispensable !

              Au Rwanda les transports en commun sont inexistants. C'est le royaume des taxis en tous genres : voitures, motos et vélos.
Avec des jeunes au guidon, les vélos-taxis pullulent dans les zones où la route est plate. Un porte-bagage made in Africa en fer forgé "maison" sur lequel est attaché un coussin aux milles couleurs sert de siège pour le confort du passager. D'autres vélos robustes transportent un poids ou un volume impressionnant: plusieurs régimes de bananes, des dizaines de bidons d'eau ou des kilos de fruits.
 Les conducteurs sont super sympas et souriants avec moi, mais ils n'aiment pas du tout se faire doubler par un blanc avec un vélo chargé. A partir du moment où je les dépasse, ils accélèrent le rythme pour me suivre et pour les meilleurs réussissent à me doubler. Ils peuvent me suivre pendant plusieurs kilomètres. La barrière de la langue fait que la discussion tourne court. Le Rwanda est une ancienne colonie française où beaucoup de lieux et de commerces portent encore des noms français. Mais les jeunes ne le parlent plus. Ils baragouinent tout juste quelques syllabes d'anglais enseignées à l'école primaire.
Les montées sont extrêmement difficiles pour eux avec leurs vélos qui ne possèdent pas de vitesse. Deux solutions : marcher en poussant son vélo ou s'accrocher derrière un camion pour grimper sans effort. Il n'est pas rare de voir quatre à cinq vélos-taxis accrochés par le bras derrière un camion hors d'âge crachant une fumée noire dans les montées !

                 Petite anecdote avant de finir cet article.
Juste après avoir traversé la frontière du Rwanda, je cherchais un point d'eau pour me ravitailler. Je m'arrête dans un village où je vois une sorte de fontaine avec des robinets.
Surprise en arrivant sur place: de petits malins ont enlevés la manette des robinets !
Un jeune rwandais s'approche de moi et me dit :
"Water ? Give me money"
Je souris, et lui réponds fermement:
- NON !
- Je ne paie pas pour de l'eau publique.
Ouvrir un robinet, il n'y a rien de plus facile. Je sors de mon sac mon outil magique : la clé à molette. Juste au moment où je présente la clé pour ouvrir, arrive le vieux "gérant"  avec la manette à la main. Je remplis mes bouteilles, je remercie le "maître" du robinet et je fais un joli sourire au gamin qui voulait obtenir quelques centimes d'euros. Puis je pars comme un prince ☺ au milieu d'une dizaine de personnes qui entre-temps s'étaient amassées autour de moi. Un rite habituel !

Bye bye Rwanda, prochaine étape la Tanzanie



Statistiques

Distance : 935  km
Nb jours : 13
Nb jours de vélo : 9
Nb jours de repos : 4
Etape la plus longue :  137 km
Etape la plus courte :  78 km

Total depuis le début

Distance : 64039 km
Nb jours : 925
Nb jours de vélo : 627
Nb jours de repos : 298
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou
Crevaison : 21
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -15°C ( Utah, USA)

La Suite...

09/08/2018

Kenya : Mzungu, how are you ?

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30 mars 2018 - 03 avril 2018 - Nairobi - Narok - Busia

         Après 36 heures d'avion j'atterris à Nairobi, la capitale du Kenya. Je me déleste de 100$ pour payer mon visa "East Africa". Il couvre trois pays, le Kenya, l'Ouganda et le Rwanda. Tout de suite après je suis mis dans l'ambiance. Un agent de sécurité m'aide à charger mes bagages sur le chariot, sans que je lui ai demandé quoi que ce soit. Puis me demande 2$ pour son café. Je décline avec un sourire et continue ma route vers la vérification des bagages. Le scanner est en panne, l'agent des douanes regarde seulement mes cartons et me laisse passer. Je monte mon vélo sous le regard attentif du personnel de l'aéroport. Il y a toujours au moins une personne qui me questionne et analyse mon vélo.
Rouler jusqu'au centre ville de la capitale kényane n'est en aucun cas un plaisir. Trop de trafic, de bouchons et de klaxons ! Entre les files de voitures, des vendeurs à la sauvette vendent toutes sortes de choses : fruits, boissons, accessoires pour smartphone, paniers en osier, bassines, ... Un changement radical comparé aux USA.

             Le lendemain soir, mes parents arrivent et nous passons deux semaines à travers les plus beaux endroits du pays.
Puis c'est le retour au vélo. Avec une nouvelle selle, chaine, cassette, pneus, ... L'aventure continue direction l'ouest, l'Ouganda et le Rwanda.
Je sors de Nairobi la capitale par les petites routes, parfois même pas goudronnées. Pas de trafic, c'est déjà ça ☺.

             Plutôt que de prendre la route principale jusqu'en Ouganda, je choisis de passer par le sud et la ville de Narok. La même route que j'avais pris pour aller jusqu'au parc national Masai Mara avec mes parents. Au lieu de m'arrêter dans les boutiques "spéciales" touristes le long de la vallée du Rift, je fais quelques centaines de mètres et je bois mon thé avec les locaux.
Le prix est bien différent : 10 kes (0.08€) alors qu'avec mes parents, on avait payé 200 kes (1.60€). 20 fois plus cher ! Pour la même chose.
Les touristes en minibus me doublent sans un sourire. A croire qu'ils ne sont pas heureux d'être en vacances à l'autre bout du monde. Les locaux par contre sont plus enthousiastes lors de mon passage. Ils me saluent avec un grand sourire et klaxonnent.

            Peu avant de trouver un endroit pour camper, je m'arrête acheter des tomates dans un petit village fait de maisons en tôles ondulées multicolores. En quelques secondes un attroupement se forme autour de moi. Une dizaine de jeunes touchent mon vélo et me posent des questions qui tournent souvent autour de l'argent :
Combien coûte ton vélo ?
Combien coûtent tes sacoches ? ...
Je réponds brièvement tout en récupérant mon achat puis je pars en me frayant un passage à travers le groupe. J'aime bien discuter avec les locaux mais là je ne me sens pas vraiment à l'aise. Trop de monde, trop près et trop tactile ! Jusqu'au Rwanda, il va bien falloir que je m'habitue à cette foule dans ces pays densément peuplés.

             Ma première nuit dans la brousse est calme et reposante. C'est la saison des pluies et je suis chanceux de passer à côté de l'orage. Par contre je n'ai pas réussi à éviter les épines monstrueuses qui ont fait deux trous dans mon pneu arrière tout neuf . Je passe ma première nuit de camping sauvage depuis un bon bout de temps. Je reprends tout doucement mes habitudes. Je monte ma tente, prends ma douche avec quelques centilitres d'eau et je cuisine des pâtes avec 4 tomates achetées quelques centimes d'euros. Un jeune berger menant son troupeau de quelques vaches m'aperçoit et me demande si j'ai un problème. Je lui réponds que tout va bien. Il s'en va tranquillement à la poursuite de ses animaux.
Le matin après avoir réparé mes crevaisons, je porte mon vélo jusqu'à la route. 500m d'échauffement avant de commencer ma journée de vélo. Je ne veux pas prendre le risque d'une nouvelle crevaison !

              Le trafic routier est assez chargé mais le "spectacle" est sympathique. Toutes les méthodes de transport sont utilisées jusqu'aux limites de charge. Les camions sont surchargés de gravats, métaux, réservoirs d'eau, vaches, ... Les motos sont utilisées pour empiler plusieurs sacs de farine ou de charbon de bois, ou transporter des chèvres, des cochons, ... Sur un vélo, s'entasse tout ce qu'on peut imaginer : régime de bananes, ananas, ... Et le dos des hommes et surtout des femmes est également mis à rude épreuve.
Les gens qui ont quelques moyens possèdent un vélo. Un peu plus riches : une moto. Encore plus riches : une voiture, ...
Mais beaucoup de personnes ne possèdent que leurs deux jambes et marchent. Des dizaines et des dizaines de kenyans marchent le long de la route ! C'est impressionnant.

            Le blanc en vélo avec tout son attirail est une "proie" de choix pour mendier .
"Money" est le mot que j'entends le plus dans la journée. Certains ont un vocabulaire un peu plus étoffé et sont capables de dire :
"give me money",
"give me that bike",
"give me sweet",
"give me your food",
"give me .......
C'est fatiguant.
Ça fait à peine quelques jours que je traverse le pays en vélo et je suis déjà usé par la façon dont les gens me parlent. Pour 99% d'entre eux je suis seulement fait de dollars. Ils pensent que l'argent tombe du ciel directement dans la poche des blancs comme par miracle ! Je ne sais vraiment pas qui leur a appris ça, mais c'est triste.
Je suis passé par des pays pauvres en Asie, en Amérique centrale, ... où les gens ne mendient pas ! Ils ont cette fierté que n'ont pas les jeunes Kenyans entre cinq et trente ans qui m'importunent pour de l'argent.  Les hommes sont là inactifs à traîner au bord de la route. A croire que le spectacle routier est passionnant. Par contre il est rare de voir des femmes, plantées au bord de la route sans rien faire. Elles dirigent le commerce et bien qu'elles restent assises à contempler la chaussée, elles ont au moins quelques choses à vendre.
Malgré l'étiquette "d'or en vélo", presque personne n'essaie de m'arnaquer quand je veux acheter de la nourriture. Pas besoin de négocier. J'ai droit au prix local.
Et ce n'est vraiment pas cher.
0.10€ un avocat, une banane ou une mangue, ...
0.05 ou 0.10€ les beignets ou chapatis,
0.30€ ugali avec sauce.
Je mange largement à ma faim pour 1€ par jour. Ce n'est pas de la grande cuisine mais ça nourrit.





            Les paysages changent à mesure que je me rapproche de l'Ouganda. Savane verte grâce aux récentes pluies, magnifique plantation de thé près de Kericho puis vient la jungle en s'approchant de la frontière. Mais pas d'animaux sauvages. La démographie galopante en Afrique a repoussé, pour ne pas dire anéanti la  faune (comme en Europe il y a quelques dizaines d'années). J'ai seulement vu quelques zèbres.

           Pour planter ma tente à l'abri des regards indiscrets, loin des hommes, ce n'est pas tous les jours facile.
Par deux fois, j'ai demandé la permission d'installer ma tente chez l'habitant.
La première : aucun emplacement éloigné des maisons, l'orage arrive au loin, je décide de demander l'hospitalité. Deux petites huttes se trouvent à 200m de la route. Je rentre dans la propriété tout en "criant" : Hello, Hello, ... Une jeune femme sort toute étonnée de voir un Mzungu (qui signifie l'homme blanc en Swahili la langue nationale). Elle accepte que je plante ma tente devant sa petite maisonnette. Elle parle seulement quelques mots d'anglais bien que ce soit la langue officielle. Elle me regarde monter ma tente sans rien dire. Elle n'est pas décidée à parler et ne répond pas à mes questions . J'abandonne la discussion. L'orage arrive, je me jette sous ma tente et je dors comme un bébé jusqu'au lendemain matin.
Au réveil, à l'ouverture du zip de ma tente, elle est là à me regarder sans rien dire ☹. Je range mes affaires puis au moment de partir elle me dit:
- "give me my price" !
- Désolé je n'ai rien.
- Ah, me répond-elle, surprise.
Puis elle m'invite à boire le thé.
Une casserole est en train de chauffer sur quelques braises . La hutte est légèrement enfumée, il n'y a pas de cheminée pour évacuer la fumée.
Elle me sert un thé au lait brûlant.
Le lait a encore le goût de la mamelle ! Il n'a pas été pasteurisé ni écrémé. Au Kenya, par défaut, le thé est bouilli avec du lait.
Je la remercie, lui offre pour le thé 200kes (2$, le prix touriste) et je m'en vais. Elle me dit au revoir, sans un sourire. Je n'ai jamais vu l'ombre d'un bonheur sur son visage. Elle fait partie des personnes tristes par nature.

          Ma deuxième nuit chez l'habitant est complètement différente. Rose m'accueille avec le sourire après lui avoir demandé si je pouvais planter ma tente dans son jardin. Tout en faisant frire des poissons (Tilapia) du lac Victoria nous discutons. Elle parle bien anglais. Elle avait l'habitude d'acheter des vêtements d'occasion en Uganda et de les revendre dans sa petite boutique. Mais il y a deux ans son mari décéde et son petit commerce fait faillite. Depuis elle travaille d'arrache-pied tous les jours de 7h à 21h. Le matin elle fait des chapatis et les vend au marché. Puis elle rentre pour travailler dans son champ. L'après-midi elle fait frire des poissons et retourne au marché les vendre. A pied car le matatu ( bus local ) à 30kes (0.3$) est un peu cher. Elle a également un mini-commerce ou elle vend un peu de lait, sucre, farine, ... Avec les gains, elle peut faire vivre sa famille. Malgré la difficulté, elle garde le sourire et elle est "heureuse". Elle travaille aussi dur pour "envoyer ses enfants à l'école et les dissuader de mendier", me dit-elle. Pendant que nous discutions, "tous" les enfants du quartier se sont regroupés autour de nous. Ils sont intrigués par le blanc qui ose s'arrêter dans un village. Et quand j'enlève ma casquette ils crient tous en chœur :
Liedo, Liedo !!! (qui veut dire rasé dans leur dialecte).
Après quelques dizaines de minutes de contemplation, ils repartent à leur occupation : jouer autour du Mzungu 
Au goûter, Rose m'offre des chapatis avec un thé, puis pour le dîner elle me cuisine du tilapia, des légumes et du riz. Je suis le seul à avoir du poisson car je suis un invité. Cet honneur me gêne et me touche vraiment. Nous discutons encore quelques minutes tout en regardant le petit écran de TV qui est perché dans un coin du salon. Puis je pars me coucher dans ma tente. Et toute la famille en fait de même. Pas de chambre privée pour les enfants. Rose vit avec ses trois enfants dans une maison en torchis composée de deux pièces : le salon et la chambre/cuisine.
Le lendemain matin après m'avoir offert le petit déj, elle refuse que je lui paie quoi que ce soit. Je la serre dans mes bras pour la remercier et lui dire au revoir, puis je reprends la route en vélo.

            Mes nuits en camping sauvage sont remplies de surprises. Près de Kericho, trois enfants "découvrent" mon campement. Après avoir étudié avec attention mon vélo ils partent puis reviennent 15 min plus tard avec un lapin vivant. Ils veulent me le vendre !
Un autre soir, un berger masaï aperçoit ma tente. Il s'approche, me salue d'un geste et sans un mot me contemple pendant plus d'une heure trente, jusqu'au coucher du soleil. Appuyé sur son bâton, il m'observe avec attention. Il ne parle pas un mot d'anglais et n'a pas trop envie de discuter. De temps en temps il sort son téléphone portable pour passer un appel. Le lendemain, au lever du jour, il revient et continue son observation du "vagabond blanc" ☺.

            Ma relation avec les locaux n'est pas toujours facile. Dès que quelqu'un m'approche je suis méfiant car la plupart du temps c'est pour me demander de l'argent, même si la personne fait semblant d'être intéressée par mon voyage. L'issue de la discussion est toujours la même: les curieux me "grattent" quelque chose : de la nourriture, un vêtement, ...
Dans la conversation une question revient souvent :
"Quelle est ta tribu? ".
Tous sont très étonnés que je n'en ai pas. Ici au Kenya, il y a  une quarantaine de tribus ou ethnies et autant de dialectes. La langue nationale est le Swahili qui sert à la communication entre les gens de tribus différentes. La langue officielle est l'anglais. C'est celle du parlement, des textes de lois, des chaînes de TV nationales, ... Bien que tout le monde ne la parlent correctement.

            Le Kenya est un pays d'Afrique plutôt riche par rapport à ses voisins. Je n'ai vu personne en situation de mourir de faim. A la périphérie des grandes villes beaucoup de pauvres vivant dans des baraquements ne font pas des festins tous les jours, mais ont de quoi se nourrir. Dans la plaine fertile du grand rift au climat équatorial d'altitude chaud et humide, la pluie et le soleil suffisent pour que tout pousse. Il suffit de jeter une graine avant la saison des pluies et d'attendre quelques temps pour en récolter les fruits.
La plupart des villages et des petites villes sont faits de constructions en torchis, en bois ou en béton. Ces petites maisons peu confortables pour nous européeens sont pourtant très bien adaptées au climat local. A mille cinq cent mètres d'altitude sous le soleil de l'équateur, le torchis régule la température, chaude en saison sèche et fraiche pendant la saison des pluies. Le toit est souvent couvert de tôle ondulée et les câbles électriques forment des toiles géantes au dessus des habitations comme dans tous les pays en voie de développement.

            Faites l'amour, pas la guerre. Les Kenyans ont compris le slogan. La démographie s'en ressent. Les enfants sont partout et les écoles primaires situées aux carrefours des routes sont pleines à craquer. Elles sont gratuites, encore faut-il pouvoir acheter l'uniforme obligatoire. Ce que toutes les familles ne peuvent pas se permettre.

            Il y a tellement à dire sur mes premiers jours de vélo au Kenya qu'il me faudrait mille pages pour les raconter.
Un petit florilège:
- Pour Pâques tout le monde était sur son trente et un. J'ai vu des dizaines de filles marcher sur le bord de la route en robe de soirée et talons hauts pour rejoindre l'église à l'occasion de la messe pascale. Pas super facile connaissant l'état des routes et des chemins !
- Beaucoup d'hommes sont en costume veste et pantalon.  La classe ! Bien que le costard ne soit pas tout neuf ! Et pourtant ils marchent le long de la route au lieu de prendre un transport (moto-taxi, bus, ...) bien trop cher pour eux.
- On peut payer avec son mobile dans tous les commerces. Le système le plus utilisé s'appelle Mpesa. Beaucoup de kenyans possèdent un téléphone portable alors qu'ils n'ont même pas l'électricité chez eux. Ils vont donc dans des "magasins" pour recharger leur téléphone portable. Il n'est pas rare de voir un homme pieds nus avec des vêtements bien usés ayant dans sa main un téléphone tout neuf !
 - Je bois l'eau du robinet, du puits ou de la pompe mais je prends toujours soin de la filtrer avant de la boire. Elle est souvent de couleur marron: durant la saison des pluies la qualité de l'eau est vraiment un problème.
 - Aller chercher de l'eau au puits dans les villages est une des missions quotidiennes indispensables. Il y a toujours la queue pour s'approvisionner. Très surpris de voir un blanc s'arrêter à leur point d'eau, ils me laissent la place car je n'ai que deux petites bouteilles à remplir, alors qu'ils ont chacun plusieurs grands bidons.

         Si je devais résumer mon parcours kenyan je dirais :
- Je suis une attraction et ce n'est pas quelque chose que j'apprécie. Surtout pas à cette échelle.
- Les kényans sont souriants et sympathiques mais la pression permanente autour de moi me fatigue !
- Malgré ce relationnel compliqué je suis content de découvrir l'Afrique en vélo. Et les belles rencontres sont nombreuses ☺.

Statistiques

Distance : 562  km
Nb jours : 5
Nb jours de vélo : 5
Nb jours de repos : 0
Etape la plus longue :  103 km
Etape la plus courte :  79 km
Crevaison : 2

Total depuis le début

Distance : 63104 km
Nb jours : 912
Nb jours de vélo : 618
Nb jours de repos : 294
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou
Crevaison : 21
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -15°C ( Utah, USA)

La Suite...

25/05/2018

Kenya en famille: Safari en famille suite et plage

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22 mars 2018 - 29 mars 2018

Le blog des parents : Saison 3   Episode 2

La piste directe pour accéder au Parc Tsavo Ouest est coupée. Elle a été emportée par les fortes pluies des jours précédents. Nous devons faire un détour de 200km en retournant sur nos pas vers la route principale.

Tsavo West: le parc des éléphants rouges

L'axe principal Nairobi-Mombasa est silloné par une noria de poids lourds transportant des conteneurs. Le trafic se compose presque exclusivement de camions et de matatu. Ces taxis collectifs de douze à quinze places, toujours bondés,  assurent le transport des passagers entre les villes du Kenya. A l'intérieur des villes ils se substituent aux transports publics totalement défaillants. Aucune ligne régulière de matatu, le terminus est plus ou moins défini et les étapes dépendent des passagers. Un joyeux fouillis qui emmène toujours les Kenyans à bon port! Hakuna Matata !

Sammy est fier de faire partie de l'ethnie Kamba qui est localisée à l'est du Kenya entre la côte de l'Océan Indien et les hauts plateaux. Il nous montre au passage son village et sa maison au loin sur une colline verdoyante. Les Kambas étaient au XIXème siècle les guides des européens et des arabes qui voulaient faire commerce avec les tribus du centre du continent. Il existe quarante deux ethnies ou tribus officiellement reconnues avec leur propre dialecte. Les deux langues officielles, l'anglais et le swahili, sont les langues de communication entre les ethnies.
Sammy nous explique rapidement ce qui le touche dans le contexte politique du pays. Les dernières élections présidentielles en 2017 ont été suivies de troubles et d'émeutes qui ont fortement pénalisé le secteur du tourisme. Les guides comme lui et le personnel des hôtels n'ont pratiquement pas travaillé pendant environ huit mois. Et sans contrat pas de salaire. Les temps sont parfois durs au Kenya où malgré une certaine prospérité, le pays en démocratie depuis 1992 est encore fragile.

Le Parc National Tsavo est le plus étendu (13 000km2) et le plus ancien parc du Kenya (1948).  C'est une savane semi-aride parsemée de petits villages, sans clôtures ni obstacles qui permet aux animaux de se déplacer entre les deux parties du Parc Tsavo en fonction de la saison. A l'approche de notre destination du jour, nous voyons des panneaux demandant la prudence des conducteurs entrant dans un couloir de migration des animaux entre le Parc Tsavo West et East.

Dès l'entrée dans le Parc Tsavo West le paysage change.  La piste serpente au milieu des collines et des cônes d'anciens volcans. A six cents mètres d'altitude, l'herbe est rare dans cette terre rouge peu fertile.  Les animaux sont plus difficiles à repérer au milieu de cette végétation plus dense aux arbustes très nombreux. Seul le long cou des girafes atteignant les cinq mètres dépasse de la verdure.








Avant d'arriver à notre lodge nous parcourons les pistes à la recherche d'animaux.
Les zèbres qui adorent se rouler dans la poussière pour éliminer les parasites sont couverts de traces rouges qui  colorent leur belle robe rayée. Sur le bord de la piste nous apercevons de nombreuses et peu farouches antilopes naines. Toujours en couple, elles observent sans bouger les véhicules passer.
Beaucoup de kilomètres de piste parcourus, mais le bilan photographique est mince: un groupe d'impala, un couple de pintades, quelques rapaces et une famille de koudous.

 

 

 

L'arrêt pique-nique prévu en fin de matinée est retardé. En début d'après-midi nous arrivons enfin à Mizma Springs.  L'aire de pause est occupée par des dizaines d'enfants venus en excursion dans la nature. Nous nous installons à l'écart pour profiter de notre casse-croute. A peine assis arrive un jeune kenyan avec un lance-pierre qui se charge nous dit-il d'éloigner les petits singes chapardeurs. A peine sorti nos sacs à provisions, les singes s'approchent. Notre protecteur lance quelques pierres pour les maintenir à distance. Le repas n'est pas extraordinaire, mais avec la faim qui nous tenaille depuis au moins deux heures, nous ne sommes pas trop exigeants. A la fin, Cyril sort un bonbon qu'il pose sur le banc où nous sommes assis. En une fraction de seconde, un malin petit singe sort de derrière un arbre et déjoue la surveillance de notre garde pour saisir le précieux trophée et s'éloigner de quelques mètres. Il décortique le papier avec dextérité avant de le croquer en nous observant comme pour nous narguer. Nous laissons au jeune kenyan désolé de s'être laissé surprendre le reste des friandises avec malgré tout une petite pièce.
Comme au Masai Mara c'est un soldat armé d'une Kalach qui assure la visite des lieux. Il est très curieux et vif d'esprit. Il nous montre une tige de plante que les kenyans écrasent et utilisent comme brosse à dents. Il en profite pour nous demander comment on appelle les animaux du lieu en français pour les futurs touristes francophones.
La source Mizma est captée pour alimenter en eau la ville de Mombasa à cent cinquante kilomètres. Le reste de l'eau coule dans une série de bassins où nagent des hippopotames et des crocodiles invisibles ce jour là.


 


Le plus surprenant est à venir.
Nous sommes maintenant au centre du Parc Tsavo West à vingt kilomètres de la route et de la civilisation. Nous entamons une  montée raide et caillouteuse pour arriver au Rhino Valley Lodge. Le complexe est quasiment invisible de loin, tellement il est intégré dans le paysage. L'accueil et la salle de restaurant sont en plein air, à flanc de colline avec une vue somptueuse sur la vallée. L'endroit est particulièrement bien choisi. Notre appartement surplombe un point d'eau où les animaux se regroupent pendant la saison sèche. Au dessus du toit une bruyante colonie de tisserins construit des nids en prévision de futures couvées. Nous sommes impressionnés par la beauté et la tranquillité du lieu. C'est magique !
La logistique pour préserver le confort des clients est parfaite. Il nous faut quand même nous soumettre à quelques contraintes comme deux créneaux d'éléctricité de deux heures le matin et le soir assurés par un groupe électrogène poussif. L'eau chaude est produite par un feu de bois chauffant une réserve d'eau qui alimente tout le lodge. Le kenyan qui s'en charge est très fier de nous garantir une eau chaude de bonne heure le lendemain matin, si on veut bien patienter quelques minutes après ouverture du robinet.


   

Parole tenue !
Le lever du soleil à travers les fenêtres est un émerveillement. A tour de rôle nous nous installons sur la terrasse pour voir le brouillard découvrir lentement la savane.

 

Après un bon petit déjeuner nous admirons encore une fois la Rhino Valley avant de lever le camp. Notre dernière demi-journée de safari parcourt la piste pour sortir du Parc Tsavo West. En cette basse saison, seuls quelques véhicules sillonnent la savane en quête des ultimes photos.

Sammy converse avec les autres guides à la Cibi. Brusquement il fait demi-tour sur une piste étroite et nous annonce fièrement: "un léopard à trois minutes d'ici". Il accélère pour ne pas rater le félin qui d'habitude est plutôt furtif. Cinq 4x4 sont déjà sur place et attendent que le léopard sorte d'un fourré pour le photographier. "C'est un jeune, qui a l'air curieux" nous affirme Sammy. Le félin contourne les véhicules et s'avance vers nous. Il prend la pose avant de traverser la piste et de s'assoir à l'ombre sous un arbre. Les chauffeurs jouent habilement aux chaises musicales pour ne pas effrayer le léopard et amener les photographes au point assurant le meilleur angle de vue. Nous restons dix bonnes minutes à observer l'animal avant qu'il ne décide de s'éloigner.



Sammy nous propose un détour près du sanctuaire des rhinocéros en espérant un peu de chance pour en entrevoir un. Le refuge est une zone de plusieurs kilomètres carrés ceinturée d'une clôture électrique et gardée jour et nuit par des militaires et des gardiens armés. Malgré ces précautions quatre rhinos ont encore été massacrés en 2015 dans ce sanctuaire. Les asiatiques très friands de la corne pour ses propriétés soi-disant aphrodisiaques sont prêt à payer jusqu'à soixante milles dollar le kilo ! Déplorable !

Sur le bord de la piste on sent les buissons bouger, puis en avançant lentement, on découvre la tête d'un énorme éléphant. C'est un vieux mâle entièrement couvert de cette terre rouge qui tapisse le sol. La boue sur son corps est encore humide jusqu'aux défenses qui sont aussi colorées. Sammy arrête le van, le pachiderme avance en déployant ses oreilles en signe d'agréssivité pour défendre son territoire. Le van se déplace d'une dizaine de mètres et le manège recommence plusieurs fois. Les éléphants de Tsavo sont plus méfiants et plus agressifs car ils sont sous la menace récurrente des braconniers qui en veulent à leurs défenses.
Le parc des éléphants rouges mérite bien son nom.

 


Nous faisons la pause déjeuner dans un restaurant perché sur un promontoire qui domine le Parc Tsavo East. La végétation est plus clairsemée et moins verte dans cette partie du parc. Aucun animal intéressant dans notre espace de vue, à part un oiseau de la famille des martin-pêcheurs. Ces dernières images clôturent notre safari.

Au fait ! Safari ça veut dire voyage en swahili.
Ce fut un safari fabuleux: la nature, les animaux, le dépaysement, les photos, rien n'a manqué sauf peut-être un rhinocéros !


Mombasa

Et maintenant direction la plage pour se reposer de ces journées harassantes.

Sammy s'arrête pour une pause technique dans un "café-souvenirs" comme on en trouve beaucoup sur cet axe fréquenté par les touristes. Les toilettes sont toujours au fond du bazar qui fait office de "boutique de souvenirs" pour obliger les touristes à jeter un coup d'œil aux objets exposés. Nous demandons le prix de petites statuettes d'animaux en bois d'ébène de moins de dix centimètres: 12€. Cyril négocie sans réussir à faire baisser le prix sous la barre des huit euros et nous repartons sans rien acheter. "Des escrocs, des voleurs, dès qu'il s'agit de vendre aux touristes" nous dit Cyril. C'est une réflexion que nous avons souvent entendu dans les conversations téléphoniques que nous avons régulièrement avec lui.

A l'approche de Mombasa nous sommes empétrés dans un bouchon monstre de poids lourds. Le seul grand port du nord-est africain concentre tout le trafic des conteneurs vers le Kenya, l'Ouganda et le Rwanda. Sammy s'impatiente et se lance sur le terre-plein qui sert de bande d'arrêt d'urgence. Dans ce chaos, la seule voie qui circule  un peu est prise d'assaut par les piétons, les motos taxis, les tuk-tuks, les matatus et les rares véhicules particuliers. Sammy zigzague au milieu de ces obstacles mouvants en klaxonnant seulement les tuk-tuks. "Ce sont les seuls qui ne respectent rien" nous dit-il. Drôle de façon de penser quand lui-même traverse la voie opposée pour remonter la bande d'arrêt d'urgence de l'autre côté de la route dès qu'une "ouverture" se présente.  A la première incursion du mauvais côté nous nous sommes regardés un peu inquiets, mais il est vrai qu'à la vitesse où nous avançons, ça ne représente aucun danger. Hakuna matata !

Deux heures pour parcourir les dix kilomètres qui nous séparent du ferry qui traverse un bras de mer de cinq cents mètres en direction de la Tanzanie. La montée sur le ferry est une cohue indescriptible de tuk-tuk,  de piétons et de poids lourds. Pas un centimètre carré n'est perdu grâce aux placiers qui font manoeuvrer les véhicules au millimètre.







La région de Mombasa n'est pas considéerée comme une zone ethnique nous explique Sammy. Le brassage de population issu des influences maritimes des arabes et des indiens se voit au premier coup d'œil. Les femmes sont voilées, les hommes portent la tenue traditionnelle de source arabe et les mosquées sont plus nombreuses que les églises. Ali notre premier chauffeur était originaire de Mombasa.

Au niveau de la mer la température grimpe jusqu'à trente degrés. Sammy est fatigué et nous aussi. La dernière heure de route est interminable.  Il est dix-huit heures quand nous entrons dans  un immense complexe hôtelier au bord de l'Océan Indien: le Tiwi Amani Beach Resort. Avant que Sammy ne reparte pour rentrer chez lui nous le récompensons pour sa gentillesse et sa bonne volonté. Le domaine est isolé au bord d'une plage de sable blanc protégée par un lagon turquoise.
Une douche, un bon repas suivi d'une longue nuit, rien de tel pour récupérer de notre longue route.



Le lendemain matin nous partons explorer la plage. Les vendeurs à la sauvette et les rabatteurs qui travaillent pour les restaurants de plages nous poursuivent pour essayer de nous convaincre d'acheter des babioles ou d'aller manger une langouste dans leur gargottes couvertes de feuilles de palmier à même la plage. Les sangsues ne veulent pas nous lâcher. La persévérance de Cyril qui répète sans cesse la phrase magique "no money" les décourage assez rapidement. Sorti du complexe, il n'y a plus personne sur cette bande de sable blanc. Cinq cents mètres plus loin nous sommes arrêtés par un vigile armé d'un arc artisanal qui nous explique que la limite de promenade est un peu plus loin à l'embouchure de la rivière.
Est-ce vraiment dangereux ou seulement une précaution pour que les touristes ne soit pas importunés par les locaux?
Nous ne le saurons jamais. Mais nous suivons ses conseils pour rester dans cet oasis de luxe noyé au milieu d'un désert de pauvreté.

 

Notre journée de farniente se termine par un spectacle d'acrobates kenyans dans le pur style "Les bronzés".

Nous avions prévu une journée d'excursion sur l'île de Wasini, mais nous sommes trop épuisés pour faire quatre heures de route et passer une journée supplémentaire au soleil. A la place ce sera  baignade et bronzette sous les cocotiers. On  pensait que rester peu de temps à l'ombre des arbres nous éviterait de brûler sous le soleil de l'équateur. Hélas notre peau d'européen à la sortie de l'hiver s'est bien vite colorée d'une nuance allant du rose pâle au rouge écarlate. La nuit fut plutôt chaude !

Le troisième jour nous prenons un taxi pour aller à Diani Beach un centre touristique plus animé que notre complexe où nous ferons quelques emplettes. Pas de souvenir ramasse-poussières, mais du thé et du café des hauts plateaux pour Cyril et pour régaler la famille.

Et Cyril ?

A notre arrivée à Nairobi, nous avons retrouvé Cyril en pleine forme, affuté et plus motivé que jamais à poursuivre son périple en Afrique.
Passé le plaisir de se retrouver après notre rencontre au Chili l'année dernière, nous avons beaucoup discuté sur sa traversée des Amériques. Les difficultés météorologiques dans le Sud  ou altimétriques dans la Cordillères de Andes ont forgé en lui un mental hors du commun. Nous lui transmettons les louanges des gens que nous rencontrons et qui nous vantent d'abord le courage d'avoir quitté son travail puis l'envie de perséverer aussi longtemps.

Trois jours de repos et de discussion nous ont confortés dans nos certitudes quant aux motivations de Cyril.

Nous allons essayer de répondre aux questions que nos proches et que les gens que nous rencontrons nous posent inlassablement.

Comment s'est-il décidé à partir ?

L'idée de départ, le défi du voyage autour du monde, trottait dans sa tête depuis la fin de ses études. Son adresse mail de l'époque était déjà prémonitoire: profitedetavie@...
Mais c'est deux ans avant son départ que l'idée a vraiment pris forme. La décision de quitter son travail a mûri pendant une année au moins. La routine professionnelle, pas dans le sens du ras le bol, mais plus dans la réflexion d'un choix de vie, voilà ce qui l'a decidé à se lancer dans une aventure au départ assez banale il faut le dire. Dans son sillage se sont engoufrés Jérome et Sébastien ses colocataires de l'époque. Il fallait se projeter en avant, annoncer la décision à la famille et organiser le début du parcours, notammant savoir si le visa russe serait accordé avant de choisir la direction de départ. Tous ces préparatifs demandent beaucoup de temps.
Passé la surprise de l'annonce de son départ, nous l'avons conforté malgré tout dans son projet en répétant sans cesse  les mises en garde contre tous les dangers qui sont liés à ce type de voyage. Mais comme nous connaissons la volonté et la persévérance de Cyril, qui depuis l'adolescence se donne toujours les moyens de réussir ses défis, nous étions un peu plus rassurés.

"Mon énergie débordante, ma curiosité mais aussi mon envie de changement m'ont poussé à faire les premiers pas de ce voyage. La vie est trop courte pour ne pas en profiter. Vivre ses rêves pour ne pas rêver de les vivre" avait-il déclaré à la Provence qui lui demandait ses motivations après un peu moins d'un an de périple.


Pourquoi être parti aussi loin aussi longtemps?

Le trajet prévu au départ devait traverser l'Europe, la Russie, l'Asie, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, les Amériques du Sud au Nord jusqu'en Alaska pour terminer. En arrivant aux Etats-Unis plus tard que prévu en hiver, Cyril n'a pas poursuivi vers le nord à quelques mois du terme du parcours, et décidé de sauter directement en Afrique de l'Est pour profiter encore de l'aventure.
Dans la durée, le tournant se situe au nord de la Chine entre Datong et Péking après quatre mois de "cohabitation" avec Jérome et Sébastien. La manière de vivre et le but du voyage pour chacun était devenu bien trop différent. Jérome rentre en France, Sébastien qui bénéficie d'une année sabbatique n'est pas très chaud pour pédaler surtout lorsque la route s'élève et c'est ainsi que Cyril se lance sur les routes chinoises en vélo et en solo. Le piment pour Cyril, c'est avoir son indépendance et pouvoir découvrir une partie du monde peu ouverte aux étrangers. L'approche des gens en vélo est totalement différente du touriste classique qui arrive en bus ou en voiture. Le cycliste n'est pas considéré comme un touriste à part entière, il vit la vie des locaux, se déplace comme eux et il attise la curiosité au moindre arrêt. La preuve la plus flagrante est le nombre de photos avec des gens rencontrés sur la route que vous pouvez trouver dans l'album photo du blog.
La traversée de la Chine profonde lui a servi à acquérir la certitude que le mode de transport sur deux roues était le meilleur compromis vitesse de déplacement, rencontre avec la population locale et plaisir de découvrir. En vélo la distance parcourue journalièrement est forcément limitée ce qui allonge mathématiquement la durée du voyage !

Malgré les difficultés physiques endurées sur la bicyclette,  le moteur principal pour la poursuite du voyage c'est le plaisir sans cesse renouvelé de découvrir de nouveaux paysages et faire de belles rencontres. Et tant que le plaisir est au bout de la route, il n'y a pas de raison de s'arrêter ! dixit Cyril.

Et le budget ?

Cyril avait beaucoup économisé pendant sa période professionnelle en prévision de ce voyage. Suffisamment pour ne pas travailler en cours de route. "Etre en vacances, c'est la liberté. Pourquoi chercher plus" nous a-t'il  maintes fois répété. Nous avons fait un rapide calcul de ses dépenses depuis le départ: 12€ par jour tout compris. Ceci comprend le transport, l'assurance voyage, les taxes administratives, la nourriture, l'hébergement, le matériel de vélo et de camping (hors achat du matériel neuf au départ).  C'est moins de la moitié du budget journalier affiché par d'autres cyclistes qui ont tenté un parcours similaire. Certes le niveau de confort que s'est fixé notre voyageur est à la mesure du budget qu'il lui consacre, mais peu lui importe pourvu que la découverte soit sur le bord du chemin.
Cyril est un as pour trouver les bons plans, réfléchir des heures pour gagner quelques dollars, faire des kilométres pour ne pas payer de taxe ou négocier pendant une heure pour obtenir un taux de change le plus favorable possible. Un exemple pour bien comprendre la démarche: au Kenya nous avons fait un un long chemin à pied et quatre distributeurs de billets pour trouver celui qui offrait la plus faible commission pour un gain d'un demi dollar. Dérisoire peut-être, mais en mutipliant ce minuscule bénéfice par mille (le nombre de jour de voyage) et par le nombre de transactions on en mesure rapidement les effets sur le budget.
Le coût qui impacte le plus le budget est l'hébergement. Cyril privilégie la tente ou les constructions abandonnées dans les parties non habitées, les hôtels pas chers à moins de 10$ la nuit dans les pays les moins développés et enfin les hébergements gratuits par l'intermédiaire des réseaux de cyclistes comme "Warmshower" dans les villes. Les hôtes sont des gens extraordinaires qui partagent volontiers tout ce qu'ils ont avec des cyclistes inconnus venus du monde entier.
Mais qui aurait pu imaginer qu'on puisse être hébergé dans ces lieux?
- un temple boudhiste ;
- une mosquée ;
- une caserne de pompier ;
- un centre de la Croix Rouge ;
- une église évangélique ;
- un poste de police.

Et pourtant en se fiant aux expériences d'autres aventuriers, Cyril a toujours trouvé un abri pour la nuit sans aucune incidence sur son budget en faisant par la même occasion de fabuleuses rencontres.

Quelle performance sportive ?

Faire cent à cent cinquante kilomètres par jour est à la portée de tout cycliste entrainé. Répéter cet effort pendant neuf cents jours dans des conditions atmosphériques plus que difficiles ou à des altitudes extrêmes est une autre paire de manches. Le rythme de roulage que Cyril a expérimenté dans l'Outback australien est de cinq à dix jours maximum de vélo avec nuit sous la tente suivi un à deux, voire trois jours de repos en hébergement plus confortable pour récupérer.

Sa journée type de vélo commence au lever du jour, après avoir plié sa tente et pris une boisson chaude. Après une à deux heures de selle, vient le moment de se restaurer dans un stand de bord de route ou en avalant un petit déjeuner copieux. En fonction de la température et de la difficulté du jour, ce sont ensuite quelques heures de pédalage entrecoupées de pause pour profiter du spectacle de la nature avant de faire la pause pour le repas de midi. Les après-midi sont courtes car il faut penser à trouver un endroit pour installer sa tente, préparer le parcours du lendemain, cuisiner un repas chaud et manger avant le coucher du soleil surtout quand il fait très froid. Selon la fatigue et l'humeur du jour, c'est ensuite un peu de lecture ou d'écriture pour consigner les évènements de la journée. Et enfin un bon dodo pour être en forme le lendemain.
Les jours de repos, c'est douche, lavage des vêtements, farniente, visite des alentours si l'hôte est disponible et entretien du vélo. Si le temps le permet, c'est l'occasion de préparer le texte qui va alimenter le blog.

La condition physique ne suffit pas, il faut pouvoir dépasser ses limites quand les nécessités du moment le réclament. C'est essentiellement le mental qui lui a permis de durer, de ne jamais renoncer et aussi de ne jamais franchir la ligne rouge qui l'aurait mis en danger. Vous avez pu lire dans ce blog le nombre de fois où Cyril est allé au delà de sa zone de confort pour relever les challenges qu'il s'était lui même fixés.


Comment assure t-il sa sécurité?

Avant de partir Cyril avait écrit dans sa présentation:
"Un peu d'utopie
Dans une société où la sécurité est une obsession, l'inconnu proscrit, le voyage peut sembler dangereux. Mais c'est sans compter sur cette citation : "si le voyage est dangereux, la routine est mortelle".
Quitter son emploi, ses proches, partir à l'aventure peut paraître un peu fou. Surtout à l'heure où les médias d'informations nous bourrent le crâne avec l'insécurité, la guerre, les meurtres et le coté obscur des peuples de ce monde. Je suis persuadé que la plupart des hommes sont bons."

Il ne suffit pas de le penser pour éviter les surprises désagréables et les situations dangereuses. Cyril part du principe que pour faire face à un danger il faut déjà bien le connaître. Il a aussi décidé d'éviter au maximum les grandes villes où la violence routière et physique est beaucoup plus présente. Avant d'aborder un pays ou une zone réputée dangereuse, il consulte le site du Ministère des Affaires Etrangères. Les recommandations qui y figurent sont certes actualisées, mais elles sont dictées par le principe de précaution qui veut que le risque d'exposition des voyageurs aux dangers potentiels ne soit pas pris à la légère. Cyril préfère se documenter sur les blogs de cyclistes ayant traversé récemment ces zones ou demander oralement aux voyageurs croisés sur la route leurs retours d'expériences et leurs bons tuyaux pour trouver un hébergement sûr pour la nuit.

"Si quelqu'un l'a fait avant moi, je peux le faire" telle est sa devise.

L'intuition et le ressenti du voyageur est capital. "Si je ne le sens pas, je n'y vais pas" nous répète-t-il souvent au moment de choisir son itinéraire. Aucune explication rationnelle derrière ça, juste l'instinct de l'aventurier.

Néanmoins plusieurs frayeurs générées par le zèle de certains policiers ont émaillé quelques nuits de campement. En Amérique latine la haine du gringo (le blanc surtout américain) est présente partout mais elle se limite à quelques insultes ou jets de pierres sans grand danger.
Malgré son optimisme nous ne sommes pas toujours très rassurés, en particulier à La Paz une ville de Basse Californie mexicaine gangrénée par les règlements de comptes entre cartels de la drogue où il a passé deux jours dans un hébergement pour cyclistes. Lors de notre discussion par téléphone il nous explique ne pas se sentir menacé et nous fait la comparaison entre ce qui se passe à Marseille et à La Paz pour nous tranquilliser: "La guerre des gangs ne fait pas de dégâts collatéraux. Les tirs sont très biens ciblés. Aucun étranger extérieur aux trafics n'a jamais été tué au Mexique" ! C'est un fait. Vu de notre pays à travers le filtre des informations fournies par Cyril et dans notre position de parents, il est difficile d'avoir une idée objective des risques encourus.

Terminons le volet sécurité par une question que nous nous sommes souvent posés:
Est-ce plus dangereux de voyager autour du monde que d'emprunter tous les jours les routes du département en moto pour aller travailler ?
Bingo ! si vous répondez à cette question avant de regarder le journal télévisé ou d'interroger internet !

Le retour à Nairobi

Notre retour Mombasa-Nairobi était prévu en train, mais notre agence n'a pas réussi à trouver de billets pour la date prévue. En compensation et sans frais supplémentaires nous recevons trois billets sur un vol d'une compagnie lost cost locale.
Nairobi "c'est Manhattan au milieu de la savane", comme me l'avait fait remarquer un ami expatrié au Rwanda au siècle dernier. C'est vraiment l'image vue du ciel de la capitale kenyane. Le vol s'est bien déroulé malgré un léger doute sur la sécurité du vol. En consultant une base de données de l'aviation civile mondiale, Cyril découvre que Fly540 fait pas partie des compagnies interdites de vol en Europe et que notre  appareil est un DC-9 de 51 ans d'âge qui a appartenu à plus de dix compagnies avant d'arriver en Afrique. A posterioiri moyennement rassurant !
On peut vraiment crier très fort: HAKUNA MATATA.

Et puis le jour du départ arrive trop vite. Très tôt le matin, un brin ému, nous quittons Cyril à l'hôtel pour aller prendre notre avion. Nous avons tous les trois une journée chargée, lui à faire la maintenance de son vélo et nous à enchaîner les heures de vol pour rentrer à la maison.
Deux semaines inoubliables en sa compagnie.
Sur le chemin de l'aéroport nous suivons un bus scolaire sur lequel est écrit la devise de l'école:
"LA DETERMINATION EST UNE NOBLESSE"
Tout à fait ce qui caractérise le voyageur courageux et déterminé que vous suivez grâce à ce blog.

Poursuivons le rêve avec Cyril !

Parcours






La Suite...
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