23/08/2018

Ouganda - Rwanda

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04 avril 2018 - 16 avril 2018 : Kampala - Kigali

Ouganda

            Avant de passer la frontière je fais réparer mes chaussures pour 0.40€. Le "cordonnier", qui est assis par terre le long de la route, coud ma semelle avec du fil épais. Un rafistolage en cinq minutes qui ne durera sûrement pas longtemps mais au moins mes chaussures sont en un seul morceau.
Le passage de la frontière n'est pas trop chaotique. Je m'attendais à pire au vu du grand désordre qui règne dans le village. Pour ne pas changer, la douanière me demande 10$. Je dis non et elle me laisse passer sans problème.
Je ne m'habituerai jamais, mais je comprends qu'il est plus facile de demander de l'argent à un blanc que de se mettre au travail. Quand je réponds "non". Beaucoup disent : "OK" et continuent leur chemin sans insister !

             Mon visa qui couvre aussi l'Ouganda est rapidement validé. Après avoir changé mon argent au marché noir, je continue la route: peu de trafic et pas de villages surpeuplés. Seules quelques huttes difficilement visibles jallonent le parcours. Je suis heureux ☺. Aucun "Mzungu give me money". Les gens et les enfants me saluent normalement : " Mzungu Jambo"(Salut le blanc). J'aperçois même au bord de la route des babouins qui ne s'éloignent pas trop de la route sur mon passage. Ces singes chapardeurs habitués au trafic routier, que je surveille toujours du coin de l'œil  sont très vifs pour ramasser ou chiper tout ce qui se mange.
Serais-je arrivé dans le monde sauvage ?
Pas du tout, l'illusion ne durera que quelques dizaines de kilomètres.
Quand je récupère la route principale vers la capitale, les villages qui se succèdent font de nouveau partie du paysage au milieu des champs de riz, canne à sucre, pâturages, ... Pas de grande différence avec le Kenya. Si ce n'est que la culture de la bouffe de rue est plus étoffée. Avec les traditionnels beignets, je trouve des chapatis, des haricots, des soupes. Je mange aussi le plat de luxe nommé "rolex" , un chapati fourré avec œuf, tomates et oignons. Le nom vient de la déformation de l'expression anglaise "rolled eggs". C'est plutôt bon. Le plat de haricots rouges avec chapatis est un Kikomando. J'adore l'inventivité des appellations. Comme au Kenya, le menu n'est pas gourmet, mais ça nourrit. Et puis ce n'est vraiment pas cher. Un kikomando dans un grand bol coûte entre 0.30€ et 0.50€, un chapati 0.20€, le luxeux rolex 0.50€, un épi de maïs grillé 0.10€, ...

             Les barrages policiers sont nombreux tout le long de la route. Je ne comprends pas bien  à quoi ils peuvent servir.
A sécuriser la route ?
A nourrir la corruption ?
Sûrement un peu des deux !
Aucun policier ne m'a arrêté et encore moins sourit. Avec leur tenue blanche et leur lunettes de soleil, ils ressemblent à des généraux de république bananière comme dans une bande dessinée.
Les ougandais sont plus timides que les Kényans. La pression est moins forte, bien qu'ils essaient souvent de me réclamer quelque chose. Comme au Kenya on trouve de minuscules écoles de deux à trois classes surpeuplées en pleine savane en dehors des villages. A la sortie des classes tous les jeunes enfants sont curieux de voir le Mzungu passer. Ils courent pour arriver au bord de route et me saluent en tapant des mains et en criant : "Mzungu, Mzungu, ...". Je les remercie d'un signe de la  main tout en souriant. C'est agréable, pourtant je ne m'arrête pas pour éviter les attroupements.

              Mes journées sont en phase avec le lever et le coucher du soleil. Six heures, au petit jour, après mon café, je plie ma tente et je commence ma journée de vélo. Il y a déjà du monde. Les ougandais qui marchent au bord des routes sont aussi matinaux que moi ☺. Généralement pour le petit déjeuner, je prends des fruits et des chapatis. Au menu du midi, rolex ou kikomando et le soir le repas se limite à un bon plat de pâtes. Comme c'est la saison des pluies, tous les jours en fin d'après-midi j'ai droit au rafraîchissement venu du ciel. J'essaie de m'arrêter avant que la pluie ne commence à me tremper.  Avec un peu moins de monde qu'au Kenya, trouver un endroit où planter sa tente est un "tout petit peu plus facile". Bien que quelques villageois aient aperçu mon campement, personne n'est jamais venu me déranger. Je ne suis jamais très loin d'un village et souvent je peux entendre les chiens aboyer, le coq chanter et la musique. Les radios crachent un son fort et saturé du matin au soir et même au-delà jusqu'à tard dans la nuit ☹.

               Juste avant Kampala, je plante la tente dans un champ de cannes à sucre. Tout semblait parfait, sauf qu'à la nuit tombée des centaines de termites ont attaqué ma tente. Au petit matin je constate les dégâts: elles ont "mangé" le sol de ma tente qui est maintenant percé de centaines de trous. Le lendemain, dans une sorte d'échoppe de bord de route, j'achète  une nappe de table en toile cirée pour protéger ma tente des insectes agressifs. Cette protection est lourde mais tellement bon marché, 1€.

               L'arrivée à Kampala la capitale n'est pas si horrible que je le pensais. Le trafic est moins dense qu'à Nairobi la capitale du Kenya.  Il n'y a pas grand chose à voir dans les grandes villes africaines et Kampala n'échappe pas à la règle. C'est un immense "village" avec un foutoir monstre pour des yeux d'européens. Les piétons zigzaguent entre les voitures et les deux-roues roulent à contre-sens sur les trottoirs ou sur les terrains vagues qui servent de bas-côtés. Dans la circulation, c'est la loi du plus fort ou plutôt du plus "gros" qui s'impose : avec dans l'ordre: camions, 4X4, voitures, moto, vélos, ...  De petits malins plus culottés que les autres arrivent à perturber cet ordre établi en grillant la priorité aux plus gros qu'eux au prix de risques insensés.

              Je me repose trois jours chez Bab, un ami de Pierre, un jeune français qui m'avait hébergé à Nairobi. Mon hôte est un jeune kenyan aisé qui vit dans une maison récemment offerte par son père. Comme beaucoup d'expatriés, Bab a une personne à son service qui s'occupe de tout. On peut appeler ça un homme à tout faire ou un "valet".
En arrivant c'est Nathan qui m'accueille.  Il a une vingtaine d'années, a quitté sa femme et sa fille  qui vivent au nord de l'Ouganda pour venir travailler dans la capitale. Il travaille 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 pour 50$ par mois, nourri, logé et blanchi. Avec son maigre salaire, il arrive à faire vivre sa famille et envoyer sa fille à l'école. Il est toujours souriant et super positif. Avec un certain fatalisme, il ne se plaint pas de sa condition. Son employeur et "maitre" est souvent en déplacement entre le Kenya et l'Ouganda et il lui paie son salaire sans délai chaque mois. Ce qui n'est pas si courant dans la société "féodale" et urbaine africaine, où les plus aisés traitent souvent les employés venus des campagnes comme des serfs.

               Un soir alors que Bab est parti faire la fête, je reste avec Nathan et ses amis. Je lui  donne 2$ pour acheter les ingrédients nécessaire à la préparation  d'un repas pour nous tous.  Sur un réchaud à bois à même le sol, Nathan nous fait de fabuleux chapatis☺ que nous dégustons assis sur une natte en roseau tout en discutant. Ces jeunes ougandais de famille pauvres ont des projets pleins la tête dans cette Afrique de l'Est en pleine croissance: un petit commerce, une mototaxi ou simplement un bout de terre pour être autosuffisant.  Pour clôturer le repas ses amis me proposent de l'alcool conditionné en sachet. C'est la première fois que je vois ça. En Amérique Centrale l'eau était vendue en sachet mais pas l'alcool. Rien de tel pour être bourré: c'est pas cher et efficace. Par contre le goût est horrible comme de l'alcool à brûler de "mauvaise qualité" !

                  Mon expérience de sept jours à travers l'Ouganda est restée cantonnée aux routes principales. Avec la saison des pluies, je n'ai pas eu la force d'affronter les pistes boueuses. Je ne peux en aucun cas dire que ma vision du pays est "complète".
Une prochaine fois peut-être.





Rwanda

               La file d'attente à la frontière entre l'Ouganda et le Rwanda est longue de plusieurs centaines de mètres. Comme à mon habitude, je double toutes les voitures et camions. En suivant la file il me faudrait deux jours pour passer d'un pays à l'autre. Avec mon visa "East Africa" qui couvre le Kenya, l'Ouganda et le Rwanda le passage par la douane est presque facile. Comme dans un grand nombre de pays il faut remplir un formulaire "bidon" (nom, prénom, numéro de passeport, ...) dont tout le monde se fout.
Mais c'est nécessaire.
Evidemment il y a toujours la case : "adresse dans le pays" qu'il faut absolument compléter bien que l'administration locale sache que tu es touriste et que tu n'a pas forcément réservé un hôtel ou un appartement pour tout ton séjour !
Cette fois-ci j'ai inscrit "Camping Kigali". Camping c'est mon quotidien et Kigali est la capitale. Rien de plus simple du moment que le champ est rempli !
Et ça passe.
"Putain de bureaucratie inutile" !

               Après l'Ouganda où les villages étaient vivants, je passe au Rwanda où les quelques hameaux près de la frontière sont vraiment très calmes. Peu de commerces qui ne vendent que de la mal bouffe industrielle. Pas de fruits ou légumes. Pas de cuisine de rue. C'est le néant culinaire!
Heureusement le décor jusqu'à Kigali est extraordinaire. Le Rwanda est bien le "pays des milles collines". La route vers la capitale traverse une vallée à mille cinq cents mètres d'altitude où la population vit exclusivement de la culture du thé.  Les plantations couvrent les petites collines à gauche et à droite de la route à perte de vue. Quand le brouillard du matin s'évapore on voit apparaitre un paysage d'un vert brillant, grandiose et reposant. Je monte et je descends des dizaines de côtes faciles sous un climat humide adouci par l'altitude.
J'adore !

              En ce mois d'avril où la pluviométrie est la plus forte de la saison des pluies, prendre les pistes me m'a guère tenté. J'ai suivi la route principale dont certaines portions dépourvues de goudron faisait place à une piste boueuse de couleur rouge. Une terre pas trop collante qui ne m'a pas empêché d'avancer mais qui m'a régulièrement transformé en bonhomme de boue. Le soir, quand je suis dans un état lamentable, la douche à l'aide de ma bouteille est vraiment indispensable !

              Au Rwanda les transports en commun sont inexistants. C'est le royaume des taxis en tous genres : voitures, motos et vélos.
Avec des jeunes au guidon, les vélos-taxis pullulent dans les zones où la route est plate. Un porte-bagage made in Africa en fer forgé "maison" sur lequel est attaché un coussin aux milles couleurs sert de siège pour le confort du passager. D'autres vélos robustes transportent un poids ou un volume impressionnant: plusieurs régimes de bananes, des dizaines de bidons d'eau ou des kilos de fruits.
 Les conducteurs sont super sympas et souriants avec moi, mais ils n'aiment pas du tout se faire doubler par un blanc avec un vélo chargé. A partir du moment où je les dépasse, ils accélèrent le rythme pour me suivre et pour les meilleurs réussissent à me doubler. Ils peuvent me suivre pendant plusieurs kilomètres. La barrière de la langue fait que la discussion tourne court. Le Rwanda est une ancienne colonie française où beaucoup de lieux et de commerces portent encore des noms français. Mais les jeunes ne le parlent plus. Ils baragouinent tout juste quelques syllabes d'anglais enseignées à l'école primaire.
Les montées sont extrêmement difficiles pour eux avec leurs vélos qui ne possèdent pas de vitesse. Deux solutions : marcher en poussant son vélo ou s'accrocher derrière un camion pour grimper sans effort. Il n'est pas rare de voir quatre à cinq vélos-taxis accrochés par le bras derrière un camion hors d'âge crachant une fumée noire dans les montées !

                 Petite anecdote avant de finir cet article.
Juste après avoir traversé la frontière du Rwanda, je cherchais un point d'eau pour me ravitailler. Je m'arrête dans un village où je vois une sorte de fontaine avec des robinets.
Surprise en arrivant sur place: de petits malins ont enlevés la manette des robinets !
Un jeune rwandais s'approche de moi et me dit :
"Water ? Give me money"
Je souris, et lui réponds fermement:
- NON !
- Je ne paie pas pour de l'eau publique.
Ouvrir un robinet, il n'y a rien de plus facile. Je sors de mon sac mon outil magique : la clé à molette. Juste au moment où je présente la clé pour ouvrir, arrive le vieux "gérant"  avec la manette à la main. Je remplis mes bouteilles, je remercie le "maître" du robinet et je fais un joli sourire au gamin qui voulait obtenir quelques centimes d'euros. Puis je pars comme un prince ☺ au milieu d'une dizaine de personnes qui entre-temps s'étaient amassées autour de moi. Un rite habituel !

Bye bye Rwanda, prochaine étape la Tanzanie



Statistiques

Distance : 935  km
Nb jours : 13
Nb jours de vélo : 9
Nb jours de repos : 4
Etape la plus longue :  137 km
Etape la plus courte :  78 km

Total depuis le début

Distance : 64039 km
Nb jours : 925
Nb jours de vélo : 627
Nb jours de repos : 298
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou
Crevaison : 21
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -15°C ( Utah, USA)

La Suite...

09/08/2018

Kenya : Mzungu, how are you ?

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30 mars 2018 - 03 avril 2018 - Nairobi - Narok - Busia

         Après 36 heures d'avion j'atterris à Nairobi, la capitale du Kenya. Je me déleste de 100$ pour payer mon visa "East Africa". Il couvre trois pays, le Kenya, l'Ouganda et le Rwanda. Tout de suite après je suis mis dans l'ambiance. Un agent de sécurité m'aide à charger mes bagages sur le chariot, sans que je lui ai demandé quoi que ce soit. Puis me demande 2$ pour son café. Je décline avec un sourire et continue ma route vers la vérification des bagages. Le scanner est en panne, l'agent des douanes regarde seulement mes cartons et me laisse passer. Je monte mon vélo sous le regard attentif du personnel de l'aéroport. Il y a toujours au moins une personne qui me questionne et analyse mon vélo.
Rouler jusqu'au centre ville de la capitale kényane n'est en aucun cas un plaisir. Trop de trafic, de bouchons et de klaxons ! Entre les files de voitures, des vendeurs à la sauvette vendent toutes sortes de choses : fruits, boissons, accessoires pour smartphone, paniers en osier, bassines, ... Un changement radical comparé aux USA.

             Le lendemain soir, mes parents arrivent et nous passons deux semaines à travers les plus beaux endroits du pays.
Puis c'est le retour au vélo. Avec une nouvelle selle, chaine, cassette, pneus, ... L'aventure continue direction l'ouest, l'Ouganda et le Rwanda.
Je sors de Nairobi la capitale par les petites routes, parfois même pas goudronnées. Pas de trafic, c'est déjà ça ☺.

             Plutôt que de prendre la route principale jusqu'en Ouganda, je choisis de passer par le sud et la ville de Narok. La même route que j'avais pris pour aller jusqu'au parc national Masai Mara avec mes parents. Au lieu de m'arrêter dans les boutiques "spéciales" touristes le long de la vallée du Rift, je fais quelques centaines de mètres et je bois mon thé avec les locaux.
Le prix est bien différent : 10 kes (0.08€) alors qu'avec mes parents, on avait payé 200 kes (1.60€). 20 fois plus cher ! Pour la même chose.
Les touristes en minibus me doublent sans un sourire. A croire qu'ils ne sont pas heureux d'être en vacances à l'autre bout du monde. Les locaux par contre sont plus enthousiastes lors de mon passage. Ils me saluent avec un grand sourire et klaxonnent.

            Peu avant de trouver un endroit pour camper, je m'arrête acheter des tomates dans un petit village fait de maisons en tôles ondulées multicolores. En quelques secondes un attroupement se forme autour de moi. Une dizaine de jeunes touchent mon vélo et me posent des questions qui tournent souvent autour de l'argent :
Combien coûte ton vélo ?
Combien coûtent tes sacoches ? ...
Je réponds brièvement tout en récupérant mon achat puis je pars en me frayant un passage à travers le groupe. J'aime bien discuter avec les locaux mais là je ne me sens pas vraiment à l'aise. Trop de monde, trop près et trop tactile ! Jusqu'au Rwanda, il va bien falloir que je m'habitue à cette foule dans ces pays densément peuplés.

             Ma première nuit dans la brousse est calme et reposante. C'est la saison des pluies et je suis chanceux de passer à côté de l'orage. Par contre je n'ai pas réussi à éviter les épines monstrueuses qui ont fait deux trous dans mon pneu arrière tout neuf . Je passe ma première nuit de camping sauvage depuis un bon bout de temps. Je reprends tout doucement mes habitudes. Je monte ma tente, prends ma douche avec quelques centilitres d'eau et je cuisine des pâtes avec 4 tomates achetées quelques centimes d'euros. Un jeune berger menant son troupeau de quelques vaches m'aperçoit et me demande si j'ai un problème. Je lui réponds que tout va bien. Il s'en va tranquillement à la poursuite de ses animaux.
Le matin après avoir réparé mes crevaisons, je porte mon vélo jusqu'à la route. 500m d'échauffement avant de commencer ma journée de vélo. Je ne veux pas prendre le risque d'une nouvelle crevaison !

              Le trafic routier est assez chargé mais le "spectacle" est sympathique. Toutes les méthodes de transport sont utilisées jusqu'aux limites de charge. Les camions sont surchargés de gravats, métaux, réservoirs d'eau, vaches, ... Les motos sont utilisées pour empiler plusieurs sacs de farine ou de charbon de bois, ou transporter des chèvres, des cochons, ... Sur un vélo, s'entasse tout ce qu'on peut imaginer : régime de bananes, ananas, ... Et le dos des hommes et surtout des femmes est également mis à rude épreuve.
Les gens qui ont quelques moyens possèdent un vélo. Un peu plus riches : une moto. Encore plus riches : une voiture, ...
Mais beaucoup de personnes ne possèdent que leurs deux jambes et marchent. Des dizaines et des dizaines de kenyans marchent le long de la route ! C'est impressionnant.

            Le blanc en vélo avec tout son attirail est une "proie" de choix pour mendier .
"Money" est le mot que j'entends le plus dans la journée. Certains ont un vocabulaire un peu plus étoffé et sont capables de dire :
"give me money",
"give me that bike",
"give me sweet",
"give me your food",
"give me .......
C'est fatiguant.
Ça fait à peine quelques jours que je traverse le pays en vélo et je suis déjà usé par la façon dont les gens me parlent. Pour 99% d'entre eux je suis seulement fait de dollars. Ils pensent que l'argent tombe du ciel directement dans la poche des blancs comme par miracle ! Je ne sais vraiment pas qui leur a appris ça, mais c'est triste.
Je suis passé par des pays pauvres en Asie, en Amérique centrale, ... où les gens ne mendient pas ! Ils ont cette fierté que n'ont pas les jeunes Kenyans entre cinq et trente ans qui m'importunent pour de l'argent.  Les hommes sont là inactifs à traîner au bord de la route. A croire que le spectacle routier est passionnant. Par contre il est rare de voir des femmes, plantées au bord de la route sans rien faire. Elles dirigent le commerce et bien qu'elles restent assises à contempler la chaussée, elles ont au moins quelques choses à vendre.
Malgré l'étiquette "d'or en vélo", presque personne n'essaie de m'arnaquer quand je veux acheter de la nourriture. Pas besoin de négocier. J'ai droit au prix local.
Et ce n'est vraiment pas cher.
0.10€ un avocat, une banane ou une mangue, ...
0.05 ou 0.10€ les beignets ou chapatis,
0.30€ ugali avec sauce.
Je mange largement à ma faim pour 1€ par jour. Ce n'est pas de la grande cuisine mais ça nourrit.





            Les paysages changent à mesure que je me rapproche de l'Ouganda. Savane verte grâce aux récentes pluies, magnifique plantation de thé près de Kericho puis vient la jungle en s'approchant de la frontière. Mais pas d'animaux sauvages. La démographie galopante en Afrique a repoussé, pour ne pas dire anéanti la  faune (comme en Europe il y a quelques dizaines d'années). J'ai seulement vu quelques zèbres.

           Pour planter ma tente à l'abri des regards indiscrets, loin des hommes, ce n'est pas tous les jours facile.
Par deux fois, j'ai demandé la permission d'installer ma tente chez l'habitant.
La première : aucun emplacement éloigné des maisons, l'orage arrive au loin, je décide de demander l'hospitalité. Deux petites huttes se trouvent à 200m de la route. Je rentre dans la propriété tout en "criant" : Hello, Hello, ... Une jeune femme sort toute étonnée de voir un Mzungu (qui signifie l'homme blanc en Swahili la langue nationale). Elle accepte que je plante ma tente devant sa petite maisonnette. Elle parle seulement quelques mots d'anglais bien que ce soit la langue officielle. Elle me regarde monter ma tente sans rien dire. Elle n'est pas décidée à parler et ne répond pas à mes questions . J'abandonne la discussion. L'orage arrive, je me jette sous ma tente et je dors comme un bébé jusqu'au lendemain matin.
Au réveil, à l'ouverture du zip de ma tente, elle est là à me regarder sans rien dire ☹. Je range mes affaires puis au moment de partir elle me dit:
- "give me my price" !
- Désolé je n'ai rien.
- Ah, me répond-elle, surprise.
Puis elle m'invite à boire le thé.
Une casserole est en train de chauffer sur quelques braises . La hutte est légèrement enfumée, il n'y a pas de cheminée pour évacuer la fumée.
Elle me sert un thé au lait brûlant.
Le lait a encore le goût de la mamelle ! Il n'a pas été pasteurisé ni écrémé. Au Kenya, par défaut, le thé est bouilli avec du lait.
Je la remercie, lui offre pour le thé 200kes (2$, le prix touriste) et je m'en vais. Elle me dit au revoir, sans un sourire. Je n'ai jamais vu l'ombre d'un bonheur sur son visage. Elle fait partie des personnes tristes par nature.

          Ma deuxième nuit chez l'habitant est complètement différente. Rose m'accueille avec le sourire après lui avoir demandé si je pouvais planter ma tente dans son jardin. Tout en faisant frire des poissons (Tilapia) du lac Victoria nous discutons. Elle parle bien anglais. Elle avait l'habitude d'acheter des vêtements d'occasion en Uganda et de les revendre dans sa petite boutique. Mais il y a deux ans son mari décéde et son petit commerce fait faillite. Depuis elle travaille d'arrache-pied tous les jours de 7h à 21h. Le matin elle fait des chapatis et les vend au marché. Puis elle rentre pour travailler dans son champ. L'après-midi elle fait frire des poissons et retourne au marché les vendre. A pied car le matatu ( bus local ) à 30kes (0.3$) est un peu cher. Elle a également un mini-commerce ou elle vend un peu de lait, sucre, farine, ... Avec les gains, elle peut faire vivre sa famille. Malgré la difficulté, elle garde le sourire et elle est "heureuse". Elle travaille aussi dur pour "envoyer ses enfants à l'école et les dissuader de mendier", me dit-elle. Pendant que nous discutions, "tous" les enfants du quartier se sont regroupés autour de nous. Ils sont intrigués par le blanc qui ose s'arrêter dans un village. Et quand j'enlève ma casquette ils crient tous en chœur :
Liedo, Liedo !!! (qui veut dire rasé dans leur dialecte).
Après quelques dizaines de minutes de contemplation, ils repartent à leur occupation : jouer autour du Mzungu 
Au goûter, Rose m'offre des chapatis avec un thé, puis pour le dîner elle me cuisine du tilapia, des légumes et du riz. Je suis le seul à avoir du poisson car je suis un invité. Cet honneur me gêne et me touche vraiment. Nous discutons encore quelques minutes tout en regardant le petit écran de TV qui est perché dans un coin du salon. Puis je pars me coucher dans ma tente. Et toute la famille en fait de même. Pas de chambre privée pour les enfants. Rose vit avec ses trois enfants dans une maison en torchis composée de deux pièces : le salon et la chambre/cuisine.
Le lendemain matin après m'avoir offert le petit déj, elle refuse que je lui paie quoi que ce soit. Je la serre dans mes bras pour la remercier et lui dire au revoir, puis je reprends la route en vélo.

            Mes nuits en camping sauvage sont remplies de surprises. Près de Kericho, trois enfants "découvrent" mon campement. Après avoir étudié avec attention mon vélo ils partent puis reviennent 15 min plus tard avec un lapin vivant. Ils veulent me le vendre !
Un autre soir, un berger masaï aperçoit ma tente. Il s'approche, me salue d'un geste et sans un mot me contemple pendant plus d'une heure trente, jusqu'au coucher du soleil. Appuyé sur son bâton, il m'observe avec attention. Il ne parle pas un mot d'anglais et n'a pas trop envie de discuter. De temps en temps il sort son téléphone portable pour passer un appel. Le lendemain, au lever du jour, il revient et continue son observation du "vagabond blanc" ☺.

            Ma relation avec les locaux n'est pas toujours facile. Dès que quelqu'un m'approche je suis méfiant car la plupart du temps c'est pour me demander de l'argent, même si la personne fait semblant d'être intéressée par mon voyage. L'issue de la discussion est toujours la même: les curieux me "grattent" quelque chose : de la nourriture, un vêtement, ...
Dans la conversation une question revient souvent :
"Quelle est ta tribu? ".
Tous sont très étonnés que je n'en ai pas. Ici au Kenya, il y a  une quarantaine de tribus ou ethnies et autant de dialectes. La langue nationale est le Swahili qui sert à la communication entre les gens de tribus différentes. La langue officielle est l'anglais. C'est celle du parlement, des textes de lois, des chaînes de TV nationales, ... Bien que tout le monde ne la parlent correctement.

            Le Kenya est un pays d'Afrique plutôt riche par rapport à ses voisins. Je n'ai vu personne en situation de mourir de faim. A la périphérie des grandes villes beaucoup de pauvres vivant dans des baraquements ne font pas des festins tous les jours, mais ont de quoi se nourrir. Dans la plaine fertile du grand rift au climat équatorial d'altitude chaud et humide, la pluie et le soleil suffisent pour que tout pousse. Il suffit de jeter une graine avant la saison des pluies et d'attendre quelques temps pour en récolter les fruits.
La plupart des villages et des petites villes sont faits de constructions en torchis, en bois ou en béton. Ces petites maisons peu confortables pour nous européeens sont pourtant très bien adaptées au climat local. A mille cinq cent mètres d'altitude sous le soleil de l'équateur, le torchis régule la température, chaude en saison sèche et fraiche pendant la saison des pluies. Le toit est souvent couvert de tôle ondulée et les câbles électriques forment des toiles géantes au dessus des habitations comme dans tous les pays en voie de développement.

            Faites l'amour, pas la guerre. Les Kenyans ont compris le slogan. La démographie s'en ressent. Les enfants sont partout et les écoles primaires situées aux carrefours des routes sont pleines à craquer. Elles sont gratuites, encore faut-il pouvoir acheter l'uniforme obligatoire. Ce que toutes les familles ne peuvent pas se permettre.

            Il y a tellement à dire sur mes premiers jours de vélo au Kenya qu'il me faudrait mille pages pour les raconter.
Un petit florilège:
- Pour Pâques tout le monde était sur son trente et un. J'ai vu des dizaines de filles marcher sur le bord de la route en robe de soirée et talons hauts pour rejoindre l'église à l'occasion de la messe pascale. Pas super facile connaissant l'état des routes et des chemins !
- Beaucoup d'hommes sont en costume veste et pantalon.  La classe ! Bien que le costard ne soit pas tout neuf ! Et pourtant ils marchent le long de la route au lieu de prendre un transport (moto-taxi, bus, ...) bien trop cher pour eux.
- On peut payer avec son mobile dans tous les commerces. Le système le plus utilisé s'appelle Mpesa. Beaucoup de kenyans possèdent un téléphone portable alors qu'ils n'ont même pas l'électricité chez eux. Ils vont donc dans des "magasins" pour recharger leur téléphone portable. Il n'est pas rare de voir un homme pieds nus avec des vêtements bien usés ayant dans sa main un téléphone tout neuf !
 - Je bois l'eau du robinet, du puits ou de la pompe mais je prends toujours soin de la filtrer avant de la boire. Elle est souvent de couleur marron: durant la saison des pluies la qualité de l'eau est vraiment un problème.
 - Aller chercher de l'eau au puits dans les villages est une des missions quotidiennes indispensables. Il y a toujours la queue pour s'approvisionner. Très surpris de voir un blanc s'arrêter à leur point d'eau, ils me laissent la place car je n'ai que deux petites bouteilles à remplir, alors qu'ils ont chacun plusieurs grands bidons.

         Si je devais résumer mon parcours kenyan je dirais :
- Je suis une attraction et ce n'est pas quelque chose que j'apprécie. Surtout pas à cette échelle.
- Les kényans sont souriants et sympathiques mais la pression permanente autour de moi me fatigue !
- Malgré ce relationnel compliqué je suis content de découvrir l'Afrique en vélo. Et les belles rencontres sont nombreuses ☺.

Statistiques

Distance : 562  km
Nb jours : 5
Nb jours de vélo : 5
Nb jours de repos : 0
Etape la plus longue :  103 km
Etape la plus courte :  79 km
Crevaison : 2

Total depuis le début

Distance : 63104 km
Nb jours : 912
Nb jours de vélo : 618
Nb jours de repos : 294
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou
Crevaison : 21
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -15°C ( Utah, USA)

La Suite...

25/05/2018

Kenya en famille: Safari en famille suite et plage

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22 mars 2018 - 29 mars 2018

Le blog des parents : Saison 3   Episode 2

La piste directe pour accéder au Parc Tsavo Ouest est coupée. Elle a été emportée par les fortes pluies des jours précédents. Nous devons faire un détour de 200km en retournant sur nos pas vers la route principale.

Tsavo West: le parc des éléphants rouges

L'axe principal Nairobi-Mombasa est silloné par une noria de poids lourds transportant des conteneurs. Le trafic se compose presque exclusivement de camions et de matatu. Ces taxis collectifs de douze à quinze places, toujours bondés,  assurent le transport des passagers entre les villes du Kenya. A l'intérieur des villes ils se substituent aux transports publics totalement défaillants. Aucune ligne régulière de matatu, le terminus est plus ou moins défini et les étapes dépendent des passagers. Un joyeux fouillis qui emmène toujours les Kenyans à bon port! Hakuna Matata !

Sammy est fier de faire partie de l'ethnie Kamba qui est localisée à l'est du Kenya entre la côte de l'Océan Indien et les hauts plateaux. Il nous montre au passage son village et sa maison au loin sur une colline verdoyante. Les Kambas étaient au XIXème siècle les guides des européens et des arabes qui voulaient faire commerce avec les tribus du centre du continent. Il existe quarante deux ethnies ou tribus officiellement reconnues avec leur propre dialecte. Les deux langues officielles, l'anglais et le swahili, sont les langues de communication entre les ethnies.
Sammy nous explique rapidement ce qui le touche dans le contexte politique du pays. Les dernières élections présidentielles en 2017 ont été suivies de troubles et d'émeutes qui ont fortement pénalisé le secteur du tourisme. Les guides comme lui et le personnel des hôtels n'ont pratiquement pas travaillé pendant environ huit mois. Et sans contrat pas de salaire. Les temps sont parfois durs au Kenya où malgré une certaine prospérité, le pays en démocratie depuis 1992 est encore fragile.

Le Parc National Tsavo est le plus étendu (13 000km2) et le plus ancien parc du Kenya (1948).  C'est une savane semi-aride parsemée de petits villages, sans clôtures ni obstacles qui permet aux animaux de se déplacer entre les deux parties du Parc Tsavo en fonction de la saison. A l'approche de notre destination du jour, nous voyons des panneaux demandant la prudence des conducteurs entrant dans un couloir de migration des animaux entre le Parc Tsavo West et East.

Dès l'entrée dans le Parc Tsavo West le paysage change.  La piste serpente au milieu des collines et des cônes d'anciens volcans. A six cents mètres d'altitude, l'herbe est rare dans cette terre rouge peu fertile.  Les animaux sont plus difficiles à repérer au milieu de cette végétation plus dense aux arbustes très nombreux. Seul le long cou des girafes atteignant les cinq mètres dépasse de la verdure.








Avant d'arriver à notre lodge nous parcourons les pistes à la recherche d'animaux.
Les zèbres qui adorent se rouler dans la poussière pour éliminer les parasites sont couverts de traces rouges qui  colorent leur belle robe rayée. Sur le bord de la piste nous apercevons de nombreuses et peu farouches antilopes naines. Toujours en couple, elles observent sans bouger les véhicules passer.
Beaucoup de kilomètres de piste parcourus, mais le bilan photographique est mince: un groupe d'impala, un couple de pintades, quelques rapaces et une famille de koudous.

 

 

 

L'arrêt pique-nique prévu en fin de matinée est retardé. En début d'après-midi nous arrivons enfin à Mizma Springs.  L'aire de pause est occupée par des dizaines d'enfants venus en excursion dans la nature. Nous nous installons à l'écart pour profiter de notre casse-croute. A peine assis arrive un jeune kenyan avec un lance-pierre qui se charge nous dit-il d'éloigner les petits singes chapardeurs. A peine sorti nos sacs à provisions, les singes s'approchent. Notre protecteur lance quelques pierres pour les maintenir à distance. Le repas n'est pas extraordinaire, mais avec la faim qui nous tenaille depuis au moins deux heures, nous ne sommes pas trop exigeants. A la fin, Cyril sort un bonbon qu'il pose sur le banc où nous sommes assis. En une fraction de seconde, un malin petit singe sort de derrière un arbre et déjoue la surveillance de notre garde pour saisir le précieux trophée et s'éloigner de quelques mètres. Il décortique le papier avec dextérité avant de le croquer en nous observant comme pour nous narguer. Nous laissons au jeune kenyan désolé de s'être laissé surprendre le reste des friandises avec malgré tout une petite pièce.
Comme au Masai Mara c'est un soldat armé d'une Kalach qui assure la visite des lieux. Il est très curieux et vif d'esprit. Il nous montre une tige de plante que les kenyans écrasent et utilisent comme brosse à dents. Il en profite pour nous demander comment on appelle les animaux du lieu en français pour les futurs touristes francophones.
La source Mizma est captée pour alimenter en eau la ville de Mombasa à cent cinquante kilomètres. Le reste de l'eau coule dans une série de bassins où nagent des hippopotames et des crocodiles invisibles ce jour là.


 


Le plus surprenant est à venir.
Nous sommes maintenant au centre du Parc Tsavo West à vingt kilomètres de la route et de la civilisation. Nous entamons une  montée raide et caillouteuse pour arriver au Rhino Valley Lodge. Le complexe est quasiment invisible de loin, tellement il est intégré dans le paysage. L'accueil et la salle de restaurant sont en plein air, à flanc de colline avec une vue somptueuse sur la vallée. L'endroit est particulièrement bien choisi. Notre appartement surplombe un point d'eau où les animaux se regroupent pendant la saison sèche. Au dessus du toit une bruyante colonie de tisserins construit des nids en prévision de futures couvées. Nous sommes impressionnés par la beauté et la tranquillité du lieu. C'est magique !
La logistique pour préserver le confort des clients est parfaite. Il nous faut quand même nous soumettre à quelques contraintes comme deux créneaux d'éléctricité de deux heures le matin et le soir assurés par un groupe électrogène poussif. L'eau chaude est produite par un feu de bois chauffant une réserve d'eau qui alimente tout le lodge. Le kenyan qui s'en charge est très fier de nous garantir une eau chaude de bonne heure le lendemain matin, si on veut bien patienter quelques minutes après ouverture du robinet.


   

Parole tenue !
Le lever du soleil à travers les fenêtres est un émerveillement. A tour de rôle nous nous installons sur la terrasse pour voir le brouillard découvrir lentement la savane.

 

Après un bon petit déjeuner nous admirons encore une fois la Rhino Valley avant de lever le camp. Notre dernière demi-journée de safari parcourt la piste pour sortir du Parc Tsavo West. En cette basse saison, seuls quelques véhicules sillonnent la savane en quête des ultimes photos.

Sammy converse avec les autres guides à la Cibi. Brusquement il fait demi-tour sur une piste étroite et nous annonce fièrement: "un léopard à trois minutes d'ici". Il accélère pour ne pas rater le félin qui d'habitude est plutôt furtif. Cinq 4x4 sont déjà sur place et attendent que le léopard sorte d'un fourré pour le photographier. "C'est un jeune, qui a l'air curieux" nous affirme Sammy. Le félin contourne les véhicules et s'avance vers nous. Il prend la pose avant de traverser la piste et de s'assoir à l'ombre sous un arbre. Les chauffeurs jouent habilement aux chaises musicales pour ne pas effrayer le léopard et amener les photographes au point assurant le meilleur angle de vue. Nous restons dix bonnes minutes à observer l'animal avant qu'il ne décide de s'éloigner.



Sammy nous propose un détour près du sanctuaire des rhinocéros en espérant un peu de chance pour en entrevoir un. Le refuge est une zone de plusieurs kilomètres carrés ceinturée d'une clôture électrique et gardée jour et nuit par des militaires et des gardiens armés. Malgré ces précautions quatre rhinos ont encore été massacrés en 2015 dans ce sanctuaire. Les asiatiques très friands de la corne pour ses propriétés soi-disant aphrodisiaques sont prêt à payer jusqu'à soixante milles dollar le kilo ! Déplorable !

Sur le bord de la piste on sent les buissons bouger, puis en avançant lentement, on découvre la tête d'un énorme éléphant. C'est un vieux mâle entièrement couvert de cette terre rouge qui tapisse le sol. La boue sur son corps est encore humide jusqu'aux défenses qui sont aussi colorées. Sammy arrête le van, le pachiderme avance en déployant ses oreilles en signe d'agréssivité pour défendre son territoire. Le van se déplace d'une dizaine de mètres et le manège recommence plusieurs fois. Les éléphants de Tsavo sont plus méfiants et plus agressifs car ils sont sous la menace récurrente des braconniers qui en veulent à leurs défenses.
Le parc des éléphants rouges mérite bien son nom.

 


Nous faisons la pause déjeuner dans un restaurant perché sur un promontoire qui domine le Parc Tsavo East. La végétation est plus clairsemée et moins verte dans cette partie du parc. Aucun animal intéressant dans notre espace de vue, à part un oiseau de la famille des martin-pêcheurs. Ces dernières images clôturent notre safari.

Au fait ! Safari ça veut dire voyage en swahili.
Ce fut un safari fabuleux: la nature, les animaux, le dépaysement, les photos, rien n'a manqué sauf peut-être un rhinocéros !


Mombasa

Et maintenant direction la plage pour se reposer de ces journées harassantes.

Sammy s'arrête pour une pause technique dans un "café-souvenirs" comme on en trouve beaucoup sur cet axe fréquenté par les touristes. Les toilettes sont toujours au fond du bazar qui fait office de "boutique de souvenirs" pour obliger les touristes à jeter un coup d'œil aux objets exposés. Nous demandons le prix de petites statuettes d'animaux en bois d'ébène de moins de dix centimètres: 12€. Cyril négocie sans réussir à faire baisser le prix sous la barre des huit euros et nous repartons sans rien acheter. "Des escrocs, des voleurs, dès qu'il s'agit de vendre aux touristes" nous dit Cyril. C'est une réflexion que nous avons souvent entendu dans les conversations téléphoniques que nous avons régulièrement avec lui.

A l'approche de Mombasa nous sommes empétrés dans un bouchon monstre de poids lourds. Le seul grand port du nord-est africain concentre tout le trafic des conteneurs vers le Kenya, l'Ouganda et le Rwanda. Sammy s'impatiente et se lance sur le terre-plein qui sert de bande d'arrêt d'urgence. Dans ce chaos, la seule voie qui circule  un peu est prise d'assaut par les piétons, les motos taxis, les tuk-tuks, les matatus et les rares véhicules particuliers. Sammy zigzague au milieu de ces obstacles mouvants en klaxonnant seulement les tuk-tuks. "Ce sont les seuls qui ne respectent rien" nous dit-il. Drôle de façon de penser quand lui-même traverse la voie opposée pour remonter la bande d'arrêt d'urgence de l'autre côté de la route dès qu'une "ouverture" se présente.  A la première incursion du mauvais côté nous nous sommes regardés un peu inquiets, mais il est vrai qu'à la vitesse où nous avançons, ça ne représente aucun danger. Hakuna matata !

Deux heures pour parcourir les dix kilomètres qui nous séparent du ferry qui traverse un bras de mer de cinq cents mètres en direction de la Tanzanie. La montée sur le ferry est une cohue indescriptible de tuk-tuk,  de piétons et de poids lourds. Pas un centimètre carré n'est perdu grâce aux placiers qui font manoeuvrer les véhicules au millimètre.







La région de Mombasa n'est pas considéerée comme une zone ethnique nous explique Sammy. Le brassage de population issu des influences maritimes des arabes et des indiens se voit au premier coup d'œil. Les femmes sont voilées, les hommes portent la tenue traditionnelle de source arabe et les mosquées sont plus nombreuses que les églises. Ali notre premier chauffeur était originaire de Mombasa.

Au niveau de la mer la température grimpe jusqu'à trente degrés. Sammy est fatigué et nous aussi. La dernière heure de route est interminable.  Il est dix-huit heures quand nous entrons dans  un immense complexe hôtelier au bord de l'Océan Indien: le Tiwi Amani Beach Resort. Avant que Sammy ne reparte pour rentrer chez lui nous le récompensons pour sa gentillesse et sa bonne volonté. Le domaine est isolé au bord d'une plage de sable blanc protégée par un lagon turquoise.
Une douche, un bon repas suivi d'une longue nuit, rien de tel pour récupérer de notre longue route.



Le lendemain matin nous partons explorer la plage. Les vendeurs à la sauvette et les rabatteurs qui travaillent pour les restaurants de plages nous poursuivent pour essayer de nous convaincre d'acheter des babioles ou d'aller manger une langouste dans leur gargottes couvertes de feuilles de palmier à même la plage. Les sangsues ne veulent pas nous lâcher. La persévérance de Cyril qui répète sans cesse la phrase magique "no money" les décourage assez rapidement. Sorti du complexe, il n'y a plus personne sur cette bande de sable blanc. Cinq cents mètres plus loin nous sommes arrêtés par un vigile armé d'un arc artisanal qui nous explique que la limite de promenade est un peu plus loin à l'embouchure de la rivière.
Est-ce vraiment dangereux ou seulement une précaution pour que les touristes ne soit pas importunés par les locaux?
Nous ne le saurons jamais. Mais nous suivons ses conseils pour rester dans cet oasis de luxe noyé au milieu d'un désert de pauvreté.

 

Notre journée de farniente se termine par un spectacle d'acrobates kenyans dans le pur style "Les bronzés".

Nous avions prévu une journée d'excursion sur l'île de Wasini, mais nous sommes trop épuisés pour faire quatre heures de route et passer une journée supplémentaire au soleil. A la place ce sera  baignade et bronzette sous les cocotiers. On  pensait que rester peu de temps à l'ombre des arbres nous éviterait de brûler sous le soleil de l'équateur. Hélas notre peau d'européen à la sortie de l'hiver s'est bien vite colorée d'une nuance allant du rose pâle au rouge écarlate. La nuit fut plutôt chaude !

Le troisième jour nous prenons un taxi pour aller à Diani Beach un centre touristique plus animé que notre complexe où nous ferons quelques emplettes. Pas de souvenir ramasse-poussières, mais du thé et du café des hauts plateaux pour Cyril et pour régaler la famille.

Et Cyril ?

A notre arrivée à Nairobi, nous avons retrouvé Cyril en pleine forme, affuté et plus motivé que jamais à poursuivre son périple en Afrique.
Passé le plaisir de se retrouver après notre rencontre au Chili l'année dernière, nous avons beaucoup discuté sur sa traversée des Amériques. Les difficultés météorologiques dans le Sud  ou altimétriques dans la Cordillères de Andes ont forgé en lui un mental hors du commun. Nous lui transmettons les louanges des gens que nous rencontrons et qui nous vantent d'abord le courage d'avoir quitté son travail puis l'envie de perséverer aussi longtemps.

Trois jours de repos et de discussion nous ont confortés dans nos certitudes quant aux motivations de Cyril.

Nous allons essayer de répondre aux questions que nos proches et que les gens que nous rencontrons nous posent inlassablement.

Comment s'est-il décidé à partir ?

L'idée de départ, le défi du voyage autour du monde, trottait dans sa tête depuis la fin de ses études. Son adresse mail de l'époque était déjà prémonitoire: profitedetavie@...
Mais c'est deux ans avant son départ que l'idée a vraiment pris forme. La décision de quitter son travail a mûri pendant une année au moins. La routine professionnelle, pas dans le sens du ras le bol, mais plus dans la réflexion d'un choix de vie, voilà ce qui l'a decidé à se lancer dans une aventure au départ assez banale il faut le dire. Dans son sillage se sont engoufrés Jérome et Sébastien ses colocataires de l'époque. Il fallait se projeter en avant, annoncer la décision à la famille et organiser le début du parcours, notammant savoir si le visa russe serait accordé avant de choisir la direction de départ. Tous ces préparatifs demandent beaucoup de temps.
Passé la surprise de l'annonce de son départ, nous l'avons conforté malgré tout dans son projet en répétant sans cesse  les mises en garde contre tous les dangers qui sont liés à ce type de voyage. Mais comme nous connaissons la volonté et la persévérance de Cyril, qui depuis l'adolescence se donne toujours les moyens de réussir ses défis, nous étions un peu plus rassurés.

"Mon énergie débordante, ma curiosité mais aussi mon envie de changement m'ont poussé à faire les premiers pas de ce voyage. La vie est trop courte pour ne pas en profiter. Vivre ses rêves pour ne pas rêver de les vivre" avait-il déclaré à la Provence qui lui demandait ses motivations après un peu moins d'un an de périple.


Pourquoi être parti aussi loin aussi longtemps?

Le trajet prévu au départ devait traverser l'Europe, la Russie, l'Asie, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, les Amériques du Sud au Nord jusqu'en Alaska pour terminer. En arrivant aux Etats-Unis plus tard que prévu en hiver, Cyril n'a pas poursuivi vers le nord à quelques mois du terme du parcours, et décidé de sauter directement en Afrique de l'Est pour profiter encore de l'aventure.
Dans la durée, le tournant se situe au nord de la Chine entre Datong et Péking après quatre mois de "cohabitation" avec Jérome et Sébastien. La manière de vivre et le but du voyage pour chacun était devenu bien trop différent. Jérome rentre en France, Sébastien qui bénéficie d'une année sabbatique n'est pas très chaud pour pédaler surtout lorsque la route s'élève et c'est ainsi que Cyril se lance sur les routes chinoises en vélo et en solo. Le piment pour Cyril, c'est avoir son indépendance et pouvoir découvrir une partie du monde peu ouverte aux étrangers. L'approche des gens en vélo est totalement différente du touriste classique qui arrive en bus ou en voiture. Le cycliste n'est pas considéré comme un touriste à part entière, il vit la vie des locaux, se déplace comme eux et il attise la curiosité au moindre arrêt. La preuve la plus flagrante est le nombre de photos avec des gens rencontrés sur la route que vous pouvez trouver dans l'album photo du blog.
La traversée de la Chine profonde lui a servi à acquérir la certitude que le mode de transport sur deux roues était le meilleur compromis vitesse de déplacement, rencontre avec la population locale et plaisir de découvrir. En vélo la distance parcourue journalièrement est forcément limitée ce qui allonge mathématiquement la durée du voyage !

Malgré les difficultés physiques endurées sur la bicyclette,  le moteur principal pour la poursuite du voyage c'est le plaisir sans cesse renouvelé de découvrir de nouveaux paysages et faire de belles rencontres. Et tant que le plaisir est au bout de la route, il n'y a pas de raison de s'arrêter ! dixit Cyril.

Et le budget ?

Cyril avait beaucoup économisé pendant sa période professionnelle en prévision de ce voyage. Suffisamment pour ne pas travailler en cours de route. "Etre en vacances, c'est la liberté. Pourquoi chercher plus" nous a-t'il  maintes fois répété. Nous avons fait un rapide calcul de ses dépenses depuis le départ: 12€ par jour tout compris. Ceci comprend le transport, l'assurance voyage, les taxes administratives, la nourriture, l'hébergement, le matériel de vélo et de camping (hors achat du matériel neuf au départ).  C'est moins de la moitié du budget journalier affiché par d'autres cyclistes qui ont tenté un parcours similaire. Certes le niveau de confort que s'est fixé notre voyageur est à la mesure du budget qu'il lui consacre, mais peu lui importe pourvu que la découverte soit sur le bord du chemin.
Cyril est un as pour trouver les bons plans, réfléchir des heures pour gagner quelques dollars, faire des kilométres pour ne pas payer de taxe ou négocier pendant une heure pour obtenir un taux de change le plus favorable possible. Un exemple pour bien comprendre la démarche: au Kenya nous avons fait un un long chemin à pied et quatre distributeurs de billets pour trouver celui qui offrait la plus faible commission pour un gain d'un demi dollar. Dérisoire peut-être, mais en mutipliant ce minuscule bénéfice par mille (le nombre de jour de voyage) et par le nombre de transactions on en mesure rapidement les effets sur le budget.
Le coût qui impacte le plus le budget est l'hébergement. Cyril privilégie la tente ou les constructions abandonnées dans les parties non habitées, les hôtels pas chers à moins de 10$ la nuit dans les pays les moins développés et enfin les hébergements gratuits par l'intermédiaire des réseaux de cyclistes comme "Warmshower" dans les villes. Les hôtes sont des gens extraordinaires qui partagent volontiers tout ce qu'ils ont avec des cyclistes inconnus venus du monde entier.
Mais qui aurait pu imaginer qu'on puisse être hébergé dans ces lieux?
- un temple boudhiste ;
- une mosquée ;
- une caserne de pompier ;
- un centre de la Croix Rouge ;
- une église évangélique ;
- un poste de police.

Et pourtant en se fiant aux expériences d'autres aventuriers, Cyril a toujours trouvé un abri pour la nuit sans aucune incidence sur son budget en faisant par la même occasion de fabuleuses rencontres.

Quelle performance sportive ?

Faire cent à cent cinquante kilomètres par jour est à la portée de tout cycliste entrainé. Répéter cet effort pendant neuf cents jours dans des conditions atmosphériques plus que difficiles ou à des altitudes extrêmes est une autre paire de manches. Le rythme de roulage que Cyril a expérimenté dans l'Outback australien est de cinq à dix jours maximum de vélo avec nuit sous la tente suivi un à deux, voire trois jours de repos en hébergement plus confortable pour récupérer.

Sa journée type de vélo commence au lever du jour, après avoir plié sa tente et pris une boisson chaude. Après une à deux heures de selle, vient le moment de se restaurer dans un stand de bord de route ou en avalant un petit déjeuner copieux. En fonction de la température et de la difficulté du jour, ce sont ensuite quelques heures de pédalage entrecoupées de pause pour profiter du spectacle de la nature avant de faire la pause pour le repas de midi. Les après-midi sont courtes car il faut penser à trouver un endroit pour installer sa tente, préparer le parcours du lendemain, cuisiner un repas chaud et manger avant le coucher du soleil surtout quand il fait très froid. Selon la fatigue et l'humeur du jour, c'est ensuite un peu de lecture ou d'écriture pour consigner les évènements de la journée. Et enfin un bon dodo pour être en forme le lendemain.
Les jours de repos, c'est douche, lavage des vêtements, farniente, visite des alentours si l'hôte est disponible et entretien du vélo. Si le temps le permet, c'est l'occasion de préparer le texte qui va alimenter le blog.

La condition physique ne suffit pas, il faut pouvoir dépasser ses limites quand les nécessités du moment le réclament. C'est essentiellement le mental qui lui a permis de durer, de ne jamais renoncer et aussi de ne jamais franchir la ligne rouge qui l'aurait mis en danger. Vous avez pu lire dans ce blog le nombre de fois où Cyril est allé au delà de sa zone de confort pour relever les challenges qu'il s'était lui même fixés.


Comment assure t-il sa sécurité?

Avant de partir Cyril avait écrit dans sa présentation:
"Un peu d'utopie
Dans une société où la sécurité est une obsession, l'inconnu proscrit, le voyage peut sembler dangereux. Mais c'est sans compter sur cette citation : "si le voyage est dangereux, la routine est mortelle".
Quitter son emploi, ses proches, partir à l'aventure peut paraître un peu fou. Surtout à l'heure où les médias d'informations nous bourrent le crâne avec l'insécurité, la guerre, les meurtres et le coté obscur des peuples de ce monde. Je suis persuadé que la plupart des hommes sont bons."

Il ne suffit pas de le penser pour éviter les surprises désagréables et les situations dangereuses. Cyril part du principe que pour faire face à un danger il faut déjà bien le connaître. Il a aussi décidé d'éviter au maximum les grandes villes où la violence routière et physique est beaucoup plus présente. Avant d'aborder un pays ou une zone réputée dangereuse, il consulte le site du Ministère des Affaires Etrangères. Les recommandations qui y figurent sont certes actualisées, mais elles sont dictées par le principe de précaution qui veut que le risque d'exposition des voyageurs aux dangers potentiels ne soit pas pris à la légère. Cyril préfère se documenter sur les blogs de cyclistes ayant traversé récemment ces zones ou demander oralement aux voyageurs croisés sur la route leurs retours d'expériences et leurs bons tuyaux pour trouver un hébergement sûr pour la nuit.

"Si quelqu'un l'a fait avant moi, je peux le faire" telle est sa devise.

L'intuition et le ressenti du voyageur est capital. "Si je ne le sens pas, je n'y vais pas" nous répète-t-il souvent au moment de choisir son itinéraire. Aucune explication rationnelle derrière ça, juste l'instinct de l'aventurier.

Néanmoins plusieurs frayeurs générées par le zèle de certains policiers ont émaillé quelques nuits de campement. En Amérique latine la haine du gringo (le blanc surtout américain) est présente partout mais elle se limite à quelques insultes ou jets de pierres sans grand danger.
Malgré son optimisme nous ne sommes pas toujours très rassurés, en particulier à La Paz une ville de Basse Californie mexicaine gangrénée par les règlements de comptes entre cartels de la drogue où il a passé deux jours dans un hébergement pour cyclistes. Lors de notre discussion par téléphone il nous explique ne pas se sentir menacé et nous fait la comparaison entre ce qui se passe à Marseille et à La Paz pour nous tranquilliser: "La guerre des gangs ne fait pas de dégâts collatéraux. Les tirs sont très biens ciblés. Aucun étranger extérieur aux trafics n'a jamais été tué au Mexique" ! C'est un fait. Vu de notre pays à travers le filtre des informations fournies par Cyril et dans notre position de parents, il est difficile d'avoir une idée objective des risques encourus.

Terminons le volet sécurité par une question que nous nous sommes souvent posés:
Est-ce plus dangereux de voyager autour du monde que d'emprunter tous les jours les routes du département en moto pour aller travailler ?
Bingo ! si vous répondez à cette question avant de regarder le journal télévisé ou d'interroger internet !

Le retour à Nairobi

Notre retour Mombasa-Nairobi était prévu en train, mais notre agence n'a pas réussi à trouver de billets pour la date prévue. En compensation et sans frais supplémentaires nous recevons trois billets sur un vol d'une compagnie lost cost locale.
Nairobi "c'est Manhattan au milieu de la savane", comme me l'avait fait remarquer un ami expatrié au Rwanda au siècle dernier. C'est vraiment l'image vue du ciel de la capitale kenyane. Le vol s'est bien déroulé malgré un léger doute sur la sécurité du vol. En consultant une base de données de l'aviation civile mondiale, Cyril découvre que Fly540 fait pas partie des compagnies interdites de vol en Europe et que notre  appareil est un DC-9 de 51 ans d'âge qui a appartenu à plus de dix compagnies avant d'arriver en Afrique. A posterioiri moyennement rassurant !
On peut vraiment crier très fort: HAKUNA MATATA.

Et puis le jour du départ arrive trop vite. Très tôt le matin, un brin ému, nous quittons Cyril à l'hôtel pour aller prendre notre avion. Nous avons tous les trois une journée chargée, lui à faire la maintenance de son vélo et nous à enchaîner les heures de vol pour rentrer à la maison.
Deux semaines inoubliables en sa compagnie.
Sur le chemin de l'aéroport nous suivons un bus scolaire sur lequel est écrit la devise de l'école:
"LA DETERMINATION EST UNE NOBLESSE"
Tout à fait ce qui caractérise le voyageur courageux et déterminé que vous suivez grâce à ce blog.

Poursuivons le rêve avec Cyril !

Parcours






La Suite...

03/05/2018

Kenya: Safari en famille

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17/03/2018 - 29/03/2018

Le blog des parents. Saison 3 Episode 1

Et un !
Et deux !
Et trois !
Troisième visite sur un troisième continent.
Le rendez-vous est fixé à Nairobi au Kenya depuis quatre mois.
Cyril est arrivé la veille d’Atlanta en passant par Doha. Il a laissé son vélo et ses sacoches chez Pierre un expatrié français en VIE qui vit en colocation à Nairobi.
Nous arrivons d’Amsterdam en 747. Les formalités douanières et le visa sont un peu longs.
Pour notre séjour nous avons trouvé un guide local qui a tout organisé du début à la fin.
A la sortie de l’aéroport  personne pour nous recevoir. Cyril est bloqué dans les embouteillages et le guide qui doit venir nous chercher est introuvable. Après quelques échanges de messages et un bon quart d’heure d’attente, Cyril nous rejoint, puis Ali notre guide-chauffeur pour le safari arrive. La cinquantaine, parlant un français minimaliste, il nous présente son outil de travail: un van de 9 places équipé d’une glacière pour les boissons fraiches et d’une CIBI pour partir à la recherche des animaux sauvages dans les parcs.

Nous sommes heureux de nous retrouver tous les trois. Cyril est en forme après sa traversée des Etats-Unis. Notre dernier contact téléphonique date d’une semaine.
La nuit est déjà avancée quand nous arrivons à l’hôtel. Il est temps de prendre un peu de repos après une longue journée de voyage.

Nairobi
Le lendemain est un dimanche, nous croisons beaucoup de kenyans endimanchés convergeant à pied ou en moto taxi vers les églises à l’heure de la messe. Les femmes portent des robes imprimées aux couleurs vives et les hommes  des costumes sombres et brillants. 
Nos deux visites de la journée à la périphérie de Nairobi sont des nurseries d’animaux sauvages menacés de disparition.  On y trouve des girafes et des éléphants dont les mères ont été tuées par des braconniers ou tout simplement qu'on a retrouvés abandonnés dans la nature. Les girafes qui sont habituées au public se prêtent volontiers au jeux des photos pour peu qu’on leur présente quelque granulés dans le creux de la main. Le plus téméraire d’entre nous  tente le « bisous de la girafe » en tenant un granulé entre les lèvres.  Et ça marche ! La photo est dans la boite.



 Une partie des animaux est maintenue éloignée du public pour une future réintroduction dans leur milieu naturel.

Nous poursuivons par la nurserie d'éléphants qui ouvre vers onze heures, au moment où les gardiens nourrissent les bébés. Ils arrivent par groupe de quatre ou cinq, d'abord les plus petits qui pèsent deux à trois cents kilos. Chaque animal a droit à un biberon de lait XXXL. La dose géante est engloutie en moins de trente secondes. Les gourmands qui en veulent davantage bousculent avec leur trompe les gardiens qui les repoussent fermement. Viennent  ensuite les plus gros, âgés de deux à trois ans. Ils avalent deux biberons puis grignotent délicatement l’écorce des branches apportées par les gardiens. C’est un spectacle qui enchante la foule, mais qui laisse indifférent un phacochère à la recherche de quelques racines. A l’âge de trois ans et  déjà sept cents kilos ils sont remis progressivement dans leur milieu d’origine. La phase la plus difficile est la réintroduction de l’animal dans une famille déjà constituée. La réadaptation est considérée comme réussie vers l’âge de dix ans.


Masai Mara: "Out of Africa"
Le lundi, départ de bonne heure pour le parc MASAI MARA. Au Kenya il faut beaucoup de patience pour voyager par la route. Pour nous les occidentaux, la surprise est à chaque virage, chaque croisement, chaque montée.

Dans la descente qui nous amène au fond de la dépression du Grand Rift nous sommes ralentis par un énorme bouchon de camions suivant au pas un convoi exceptionnel transportant deux locomotives chinoises pour la nouvelle voie ferrée Nairobi-Kampala. Ali se faufile entre les poids lourds pour doubler et gagner quelques minutes. 

La saison des pluies est en avance de deux semaines. La savane est verdoyante, très loin des images du Kenya pendant la saison sèche qui s'affichent dans les guides touristiques. 


Dix kilomètres plus loin la route est coupée. Ali discute avec la policière qui bloque le passage. Nous entendons "no 4x4", "road closed" et Ali prend une déviation sur une piste en terre. Le chemin est boueux et parsemé de passages à gué où des "aides" venus d'on ne sait où  poussent les véhicules en difficulté moyennant finance. Au bout d'un quart d'heure et de quelques "poussettes", nous sommes bloqués à coté d'un autre van sur un chemin en dévers. Ali fait de grands signes au conducteur pour lui demander d'attendre un peu. Mais rien n'y fait. L'autre van démarre, glisse lentement et finit contre le notre. Bilan: un dégagement d'urgence de nos sièges, une vitre cassée et un peu de tôle froissée. Les deux chauffeurs palabrent, téléphonent et finissent par se mettre d'accord.  On apprendra plus tard que notre chauffeur qui conduit un véhicule de location a renoncé à un dédommagement "cash", parce que son véhicule est assuré et que son collègue a fait valoir son manque d'argent suite à la naissance de son dernier enfant ! Une négociation à l'africaine ! Encore quelques billets et nous sortons de ce bourbier pour rejoindre la route qui a été rouverte entre-temps !

Lors d'un arrêt dans un café pour faire une pause, Ali fait réparer la vitre: une double épaisseur de plastique fixée avec une bande adhésive et ça repart. La débrouillardise africaine en matière de mécanique est phénoménale.

Nous sommes entrés dans la zone ethnique des  Masais. Partout au bord des routes de petits troupeaux de moutons, chèvres ou bœufs gardés par un point rouge: un berger masai couvert d’une couverture à carreaux rouges extrêmement voyante. Selon la légende la couleur rouge éloignerait les lions !

Pas grand monde à l'entrée du parc Masai Mara gardé par des soldats en armes. En effet, c'est la fin de la haute saison et le prix d'entrée est dissuasif: 80$ les 24 heures !

Après six heures de route dont deux sur une piste détrempée et défoncée, nous arrivons à notre camp de tente. Le "tent-camp" ou lodge, n'a rien à voir avec un camping, c'est un hôtel de qualité très bien intégré dans la nature. La "tente" est constituée d'un sol en béton ciré, d'une salle de bain en dur et d'une double paroi de toile. L'accueil par un personnel pléthorique et une rangée de Masais en tenue traditionnelle comme dans un hôtel de luxe nous surprend. Les guerriers en tenue traditionnelle chantent et dansent, mais nous sommes trop fatigués pour vraiment apprécier ce spectacle un peu forcé. 
Le lodge est ouvert depuis huit mois. Nous ne sommes qu'une poignée de clients autour des tables. Après un bon repas et une heure de repos, on passe vraiment aux choses sérieuses.




Nous partons sous la pluie pour notre premier "safari photo". Devant nos yeux, le paysage du film Out of Africa: une plaine verdoyante parsemée de quelques arbres jusqu'aux contreforts des montagnes. Des herbivores par centaines se répartissent le terrain pour brouter en toute quiétude. C'est la période d'abondance. La quête du "big five" soit lion, éléphant, girafe, rhinocéros et buffle commence.




Ali nous emmène directement vers une zone boisée où tous les véhicules s'agglutinent. Là, un lion  qui se repose à la limite du bush est la vedette du spectacle de la nature. Les moteurs sont arrêtés, tous les touristes mitraillent l'animal pour immortaliser la scène.




Le roi de la savane est paresseux mais majestueux. On ne se lasse pas de regarder, jusqu'à ce que la CIBI annonce des guépards. La colonne de 4x4 se déplace sur une piste voisine. Assez loin de nous, on arrive difficilement à identifier une famille de trois guépards qui s'éloigne. Impossible de les suivre avec notre véhicule sans quitter la piste. En effet la circulation automobile est strictement limitée aux pistes aménagées.






Un petit tour sur les pistes et la nuit tombe. Le soir après un bon repas, nous discutons en anglais avec notre guide des traditions des Masais. Les employés de cette ethnie qui ont entendu notre conversation se regroupent et se mettent à chanter et à danser en sautant. Leur sourire forcé de l'arrivée a disparu. Il sont heureux de nous montrer ce qu'ils sont capables de faire. Une détente verticale impressionnante, un chant sourd d'une voix rauque, le plaisir de partager leur culture c'est beaucoup plus émouvant.


En pleine nuit l'orage se déchaine. Le bruit sur la toile de tente est  inquiétant. Quelques gouttes traversent la toile et se répandent sur le sol. Au petit matin la pluie s'est arrêtée et la rivière qui coule tout près du restaurant est montée de quatre mètres. Le manager du lodge scrute avec inquiétude la hauteur et la force de l'eau.

Prendre la route vers le parc en traversant la rivière ou attendre un peu?
Ali décide de partir tout de même à la recherche des animaux.
L'eau lèche le tablier du pont mais ça passe ! Le pont est franchi.




Le premier animal au bord de la piste est un éléphant qui broute paisiblement, nullement affecté par la présence des véhicules sur la piste. Un peu plus loin une hyène et enfin un buffle sur le qui-vive le nez au vent.





Encore une fois la CIBI crache des mots en swahili. Ali nous emmène vers un ravin où nous dit-il quelqu'un a aperçu un rhinocéros. Nous passons quarante minutes à l'arrêt à scruter les arbustes aux jumelles. Rien ne bouge. Nous repartons vers la plaine à la "chasse". Ali roule vite puis ralentit dans les secteurs où il pense apercevoir les animaux que nous cherchons. Au détour d'une piste, nous arrivons sur un embouteillage de 4x4 au pied d'un arbre où dort un léopard à la robe tachetée qui se confond avec les branches.





Nous filons vers la frontière de la Tanzanie. Les pistes sont boueuses après l'épisode pluvieux de la nuit. Un van qui s'est embourbé sur le bord de la piste appelle au secours. La solidarité des guides joue à fond. Quatre véhicules arrivent en quelques minutes. Un guide fournit le câble de traction, l'autre l'accroche à son 4x4 et le dernier dirige la manœuvre pour sortir le van de l'ornière. Et hop, c'est fait !



On croise un troupeau de buffle, des girafes et une famille de babouins avant d'atteindre la rivière Mara.



Le parc Masai Mara n'est pas clôturé, mais il est protégé par des militaires aux abords de la frontière avec la Tanzanie. Les jeunes soldats arrondissent leurs fins de mois en accompagnant les touristes au bord de la rivière "pour des raisons de sécurité". Pour justifier son job le jeune soldat nous emmène tout près d'un animal plus que dangereux: un crocodile. Cinq mètres de long, un abdomen impressionnant, il semble endormi, mais gare à ceux qui s'approchent trop près de l'eau. Nous apercevons de l'autre côté quelques hippopotames à l'abri du fort courant dans une boucle de la rivière. Une demi-heure de visite mérite bien un généreux pourboire. 




Après la pause pique-nique nous sortons du parc pour rejoindre l'hôtel. Au poste de contrôle, le gardien constate que nous avons dépassé les 24 heures inscrites sur nos tickets. Ali, qui semble connaitre tous les gardes, palabre un bon quart d'heure et la barrière s'ouvre par miracle. 


Notre véhicule supporte mal les chaos de la piste. Un claquement sur une roue avant inquiète Ali qui va chez le mécano. Pas d'atelier, pas de pont élévateur, juste un vieux cric à vis sur un terre-plein pour lever le véhicule et une réparation de fortune sur l'étrier de frein avant qui devrait tenir jusqu'à notre retour selon les dires d'Ali.


Nous passons notre deuxième nuit dans le parc. Nous sommes prêts le lendemain matin à sept heures pour une longue journée de route. Pour repartir vers Nairobi il faut retraverser une partie du parc. Le toit du van est ouvert au cas où quelques animaux matinaux croiseraient notre route. Peu après l'entrée dans le parc, Cyril voit un lion la gueule ensanglantée, l'oeil fermé qui avance en boitant bas au bord de la piste. "C'est une bagarre entre mâles qui peut mal se terminer si ce jeune lion ne se rétablit pas rapidement" nous confie Ali.



 Un peu plus loin nous croisons une lionne avec trois jeunes lions avançant sur la piste. Ils sont repus et s'éloignent sereinement. Ils sont suivis de près par deux mâles. C'est la journée des lions.







De retour vers Nairobi nous traversons la pleine fertile du Grand Rift. Après les pluies des derniers jours, tous les habitants sont au travail, labourant les champs avec des tracteurs, des bœufs ou à la main et plantant, du maïs des céréales ou des légumes. Grace à ce grenier, le Kenya a atteint il y a peu son autosuffisance alimentaire pour les denrées de base. 
Au milieu de nulle part on retrouve régulièrement une église et une école. 
Le matin à l'heure de la rentrée des classes, on aperçoit les groupes d'enfants en uniforme qui convergent vers leur école. Au Kenya l'école est gratuite, mais l'uniforme obligatoire est payant. Les plus pauvres sont encore exclus de l'éducation. Le taux de scolarisation stagne autour de 90%.
Les églises alternatives foisonnent:
- Eglise Apostolique du Christ
- Eglise du Créateur
- Eglise Adventiste du Septième jour
- Eglise méthodiste
- Église Sainte Surmontante Apostolique de Dieu (traduit mot à mot de l'anglais) !
- ...
Toutes sont impeccablement entretenues et très fréquentées lors de la messe dominicale.

Lac Naivasha:
Sept heures de route plus tard nous arrivons au Lac Naivasha. 

A 1900m d'altitude, le climat est doux et très ensoleillé. Cette étendue d'eau douce naturelle subit de fortes variations de niveau à cause des cultures florales qui pompent le précieux liquide pour exporter des roses dans la monde entier. Depuis que les serres fleurissent à proximité du lac, le Kenya est devenu le quatrième exportateur mondial de fleurs au détriment des pêcheurs locaux qui maudissent les cormorans et les serres florales !
Des centaines d'espèces d'oiseaux peuplent les berges au contact de troupeaux d'hippopotames.








En balade sur le lac nous assistons a un magnifique ballet d'oiseaux. Tout près de notre bateau un aigle pêcheur (ou vocifaire) qui tient un poisson entre ses serres est poursuivi par une mouette qui tente de lui faire lâcher sa proie. Le rapace se pose sur une branche après quelques pirouettes pour profiter de son repas. 

Notre lodge est magnifiquement situé dans un parc en bordure du lac. La construction et la décoration nous plongent une nouvelle fois dans l'ambiance d'"Out of  Africa". Au Kenya les animaux sont en liberté. Ce sont les touristes qui sont enfermés dans les lodges ceinturés d'une clôture électrique pour les protéger des hippopotames. Cette grosse vache marine à l'allure placide dans l'eau est en fait un mammifère très dangereux quand il sort la nuit sur les berges pour brouter.  Avec ses canines impressionnantes et sa vitesse de course pouvant atteindre quarante kilomètres par heure, mieux vaut ne pas le croiser en pleine nuit. 


En fin d'après-midi Ali notre guide nous annonce qu'il nous quitte. Il doit retourner au parc Masai Mara pour remplacer un chauffeur qui n'a pas pû assurer son service après une soirée trop arrosée. 
A cette altitude les nuits sont fraiches et nos hôtes très prévenants. Au moment de nous coucher nous avons la surprise de trouver une forme chaude dans notre lit. Une bonne vieille bouillote en caoutchouc rouge qu'utilisaient nos grands-mères il y a cinquante ans quand les chambres n'était pas chauffées. Et ce fut bien utile pour supporter les basses températures dans notre tente.




Lac Amboseli: au pied du Kilimandjaro

Au lever il fait dix degrés. Un bon petit déjeuner chaud pour nous réchauffer et nous partons direction le sud.
Notre nouveau guide-chauffeur se fait attendre. Nous envoyons plusieurs messages à l'agence et Sammy arrive enfin. Il est un peu en retard car on ne lui a pas donné la bonne adresse pour venir nous récupérer! 

Au Kenya il y a une expression qui revient souvent: Hakuna Matata ! Ne t'inquiète pas. Il n'y a jamais de problèmes, il faut juste avoir de la patience en attendant la solution ! Nous sommes en vacances, aucune raison de s'en faire. 

 Notre route vers le parc Amboseli passe par Nairobi. Il s'agit de l'artère principale qui relie le port de Mombasa, à Nairobi,  Kampala en Ouganda et Kigali au Rwanda. A chaque village, chaque barrage de police, ou simplement près des stations-service on retrouve des commerces fait de bric et de broc, des restaurants et une quantité incroyable de vendeurs à la sauvette qui vendent des boissons fraiches, du mais grillé, des mouchoirs et toutes sortes de fruits de saison sur le bitume.

Après sept heures de route dont une bonne heure et demi de piste, nous arrivons fourbus au lodge Sentrim Amboseli. L'accueil "folklorique" est le même qu'au Masai Mara.
Deux heures avant le coucher du soleil, nous entrons dans le Parc Amboseli par la porte  Kimana Gate. Là, les véhicules sont assaillis par les vendeuses de souvenirs qui essaient de nous convaincre d'acheter des objets inutiles de l'artisanat local.
Nous sommes dans la plaine autour du lac Amboseli: à notre droite le Kilimandjaro couronné de nuages et devant nous un troupeau d'une centaine d'éléphants. Les différents clans, emmenés par une femelle dominante encadrent les tout petits pour les protéger. Les guides ont coupé les moteurs pour laisser traverser les pachydermes. "Les éléphants sont en sécurité dans ce petit parc où les braconniers ont beaucoup de mal à s'approcher des animaux en terrain  découvert" nous explique Sammy. Le spectacle de la nature est partout, les appareils photos crépitent dans toutes les directions. Les nombreux herbivores broutent l'herbe verte et abondante dans cette cuvette marécageuse. Près de nous une gazelle de Thomson pousse son petit qui vient de naitre et qui tient tout juste sur ses pattes. 
            Une demi-heure de pur plaisir des yeux.




Nous continuons sur la piste vers les marécages. C'est le domaine des hippopotames, des oiseaux et de leurs prédateurs. L'outarde kori ou grande outarde guette les renards qui rodent en bordure des roseaux. Les grues entament une parade amoureuse à l'approche de la nuit pendant que les hippos attendent l'obscurité pour se nourrir.



Au coucher du soleil, nous  arrivons au Lac Amboseli près du complexe "Amboseli Lodge". Enfin ce qu'il en reste ! Les carcasses de bâtiments sont abandonnées depuis dix ans à la suite de la montée des eaux du lac Amboseli. Il fut construit en dépit du bon sens sans tenir compte des variations de niveau du lac Amboseli. Ce gachis fait le bonheur des opportunistes babouins qui ont lentement investis le site.

Retour au lodge pour profiter du buffet et d'une bonne nuit.

Nous avons rendez-vous le lendemain très tôt avec Sammy pour faire un dernier tour dans le parc  Amboseli avant de rejoindre le Parc Tsavo Ouest.
Le premier coup d'œil au lever est dirigé vers le Kilima ou petite colline nom originel du Kilimandjaro. La vue est dégagée. C'est le moment idéal pour figer le sommet enneigé. On demande à Sammy de stopper le van pour prendre le temps de contempler cette carte postale. Une girafe "Masai"et quelques oiseaux prennent la pose avant de quitter le Parc Amboseli. Sammy nous dit avec un brin de chauvinisme que la vue sur le sommet situé en Tanzanie est la plus belle depuis le parc Amboseli.





Il y a tant de choses à raconter, que nous vous proposons de patienter un peu en attendant  de terminer l'écriture de la suite de notre safari !

Hakuna Matata !



D'autres photos.

Michèle & Bernard


La Suite...
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