29/03/2018

USA : Why is it so hard?

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05/02/2018 - 14/03/2018 ; Albuquerque, Nouveau Mexique - Oklahoma City - Memphis, Tennessee - Atlanta, Georgia

Je quitte Albuquerque dans l'état du Nouveau Mexique avec un bon vent de dos qui m'aide à traverser plus rapidement ces contrées. Les paysages sont quelconques: une steppe d'herbe jaunie par l'hiver jusqu'à l'horizon. Les matinées sont toujours aussi fraîches: entre -5°C et -10°C. Ma barbe gèle dès les premiers kilomètres et se couvre de glace. L'après-midi le soleil me réchauffe tant, qu'il n'est pas rare que je roule en T-shirt.

Plusieurs américains m'ont mis en garde avant d'entrer dans l'état du Texas: "ne fais surtout pas du camping sauvage, tout est privé", " les Texans portent tous des armes et n'hésiterons pas à tirer si tu t'introduis sur leur propriété", et bien d'autres choses encore pire. Les panneaux à l'entrée des propriétés le confirment: "Passé cette barriére vous serez abattus, les survivants seront achevés, restez au dehors" ... Du coup, j'ai un peu d'appréhension le soir au moment de trouver mon premier bivouac pour la nuit dans cet état. Les champs de coton qui défilent à perte de vue sont ceinturés de barbelés. Trouver un endroit, à la fois l'abri des regards et éloigné d'une habitation pour planter ma tente n'est pas chose facile.
Après reflexion et observation des abords des routes, je suis persuadé que c'est quand même  possible. Durant mes quatre nuits dans cet état j'ai dormi profondément dans des lieux disparates:
- au bord d'un champ de coton,
- dans un grand bosquet entre deux champs en jachère,
- sur une route de maintenance de la voie ferrée,
- et enfin sur un parking à l'intérieur d'un Parc National. Pour ce dernier il fallait aller demander un permis à l'Office qui se trouvait je ne sais où. Je me suis juste bien caché et personne ne m'a dérangé , à part quelques cerfs, curieux de voir un intru s'installer sur leur territoire.

Un peu plus loin, je fais un court arrêt en apercevant un bison derrière une clôture tout près de la route. J'avais l'image des westerns montrant des hordes de bisons chargeant les pionniers ralliant l'ouest américain. Je m'avance prudemment pour faire une photo. Face à moi couvert d'une épaisse fourrure, un mastodonte immobile et paisible qui me regarde droit dans les yeux. Pas d'agréssivité. Je comprends mieux pourquoi les troupeaux ont été décimés en quelques décennies.

L'arrivée dans l'Oklahoma rime avec grand froid ! Le vent du nord me gifle la figure. Je parcours les routes avec deux pantalons et quatres couches sur la poitrine toute la journée. Je franchis la barre des 60 000km.
Le soleil a disparu !

Je cherche un hébergement pour souffler un peu.
C'est  Jeff, un retraité, ancien électricien à New-York qui m'accueille pour une nuit. Il vit dans un petit village de 400 habitants, perdu dans la campagne. Autour de ce bourg, à perte de vue, ce n'est que champs et pâturages pour les vaches.
Les maisons individuelles sont pour la plupart en très mauvais êtat. Le bardage est décoloré, les toits sont déglingués et les jardins à l'abandon. A l'arriére on retrouve des carcasses de voitures ou des tas de matériaux de constructions oubliés depuis longtemps. S'il n'y avait pas une voiture devant l'entrèe on les croiraient abandonnées. Rien à voir avec les belles demeures de Californie. Je suis dans l'Amérique profonde qui ne profite plus depuis longtemps de la prospérité américaine.

Peu importe la taille du village que je traverse, l'église ou les églises sont les bâtiments les plus grandioses.
Chacune d'entre-elles affiche un message "divin" inscrit sur un grand panneau. Il oscille entre les phrases classiques de remerciement à Jésus ou à Dieu et les formules imaginatives des pasteurs locaux.
Un petit exemple:
"In your life you'll face giants, we have stones inside" Dans votre vie vous ferez face à des géants, nous avons des cailloux à l'intérieur !
 Un peu d'humour ne fait jamais de mal.
Toujours entretenues, en parfait état, ces édifices sont le symbole qui correspond le mieux à la devise des USA: "In God We Trust" -En Dieu nous avons foi-. D'ailleurs "Oh my God" et "God bless you" sont les mots qui reviennent en permanence dans la bouche des américains. Venant d'un pays laïque il m'a fallu un certains temps pour m'habituer à cette référence continuelle à Dieu.

On est dimanche, tout le monde est à l'église. Jeff a laissé la porte de la chambre des invités ouverte. Je me douche et je prends mes aises. Quand il revient, je suis tout propre .
Jeff est la générosité même.  Pour les enfants du village il a construit une mini salle de jeux, avec flipper, baby-foot, juke-box, distributeurs de canettes et de friandises.  Son passe-temps favori: réparer ces vielles machines. Son immense garage est rempli de ces engins entièrements mécaniques qui ont tous plus de 40 ans !
Une nouvelle salle, plus grande est en préparation. Ce qu'il fait est tout simplement extraordinaire.
Je passe tout l'après-midi à jouer avec les jeunes du villages. En pleine partie de baby-foot, on entend un cri venu de derriére la maison. Tout le monde court pour voir ce qui se passe: c'est un animal dans le jardin qui suscite la curioisté des enfants, un tatoo peu craintif tout droit sorti de la préhistoire avec sa carapace d'écaille.

Le soir au dîner, Jeff me raconte ses voyages en Europe dans les années 80. A l'époque peu de moyens de communication et encore moins d'Internet. Arrivé à l'aéroport, il prenait le train pour le centre ville pour chercher une boutique de téléphone avec un opérateur afin de lui demander de lui trouver un hôtel. Si de nos jours beaucoup de gens parlent anglais, il y a 30 ans c'était autre chose! Il plaisante volontier sur les surprises de se retrouver dans des hotels minables proches du taudis, mais "ce sont les joies du voyage" me dit-il. En tout cas je passe un bon moment à l'écouter et une nuit au chaud .

Et le lendemain matin au petit déjeuner je rencontre ses amis. Des fans de Trump, de la patrie américaine et des armes qui ne comprennent pas pourquoi je voyage. Ce sont tous des blancs qui se sentent très bien dans leur village, leurs champs et leur église. Ils n'ont besoin de rien de plus. Ici pas de black ni de latinos, les blancs vivent entre eux. Leur vision du monde se borne à leur village, leur comté et à ce qui s'affiche dans la lucarne médiatique. A force de regarder les images catastrophistes à la TV ils sont effrayés de tout et étonnés que rien de facheux ne me soit arrivé durant mon voyage. J'essaie de les convaincre que la vérité ne sort pas de la TV et que 99.9% des gens sont "bons" sur la planète terre. Le sermon dominical du pasteur sur la bonté, n'a pas eu beaucoup d'effet sur leur ouverture d'esprit au delà de leur cercle restreint. Ils m'écoutent, mais figés sur leurs certitudes, je suis persuadé qu'aucun d'entre eux n'a cru un mot de ce discours de "non-violent".
Les panneaux propagandistes sur les intentions de Trump qui jalonnent ma route confirment mon sentiment.





L'histoire de l'état d'Oklahoma représente bien la colonisation de l'ouest américain  !
Le 22 avril 1889, 50 000 hommes blancs, aux aguets tel des prédateurs en quête de leurs proies, attendaient en ligne le tir du canon signalant le départ de la course pour s'approprier des terres précédemment habitées par les Indiens. Il leur suffisait de planter en terre un drapeau pour posséder jusqu'à 64 hectares autour de ce point. L'expropriation des Indiens a été actée par plusieurs lois. A la suite de ça, ils furent parqués dans des réserves avec comme contrepartie un peu d'argent et quelques animaux d'élevage.

L'état d'Oklahoma est situé dans une zone appelée Tornado Alley (Couloir des Tornades) qui est caractérisée par l'interaction entre les vents froids et secs du nord et les vents chauds et humides du Golfe du Mexique au sud. Une moyenne de 62 tornades par an. Heureusement aucune en hiver ! Mais en période froide les changements de température peuvent être très importants et très rapides. Si le vent froid du nord souffle, les températures sont glaciales. Mais dès que le vent du sud reprend le dessus, c'est de nouveau le printemps. Il peut faire 10°C le matin et 0°C l'après midi en fonction du vent. Autant vous dire que je déteste ce vent gelé du nord, surtout si je dois me battre contre lui.

Plus je me rapproche de l'Est du pays plus le terrain est boisé et plus l'air est humide.
Ce qui veut dire: pluie.
En quittant Tulsa à 200km au nord de Oklahoma City l'eau tombant du ciel fait son apparition. Bien que ce soit désagréable, je peux supporter, un, deux, ou trois jours de pluie et de froid consécutifs, mais sept jours d'affilée c'est vraiment trop ! Le 24 février je reçoit un SMS sur mon portable me prévenant d'un risque sévère d'inondation: "évitez les zones inondables". J'obéis instantanément.

Mon petit montage sac poubelle plus poncho (trouvé sur le bord de la route) n'est pas assez efficace. La pluie arrive à traverser ma protection improvisée. La température reste voisine du zéro tout au long de la journée.
A tout problème il y a une solution: j'achète un ciré: un ensemble veste plus pantalon. Pas trop cher bien sur, 12$ (10€) chez Walmart. Je peux enfin rouler au sec !

Depuis mon départ j'observe les prix des denréees et des marchandises dans chaque pays. J'ai constaté très rapidement une différences entre les pays "pauvres" et les pays "riches" due à la mondialisation du commerce. En Europe il coûte plus cher d'acheter des fruits et légumes locaux que des produits "made in China" comme des vêtements, des brosses à dents, du déodorant, ... C'est exactement le contraire dans les pays pauvres. Les fruits et légumes produits localement ne sont pas cher comparés aux produits importés venant de l'autre bout du monde.

Avec cette pluie je ne garde pas un très bon souvenir de ma traversée de l'Arkansas. Je n'ai rien vu à part ma roue avant tournant sur le goudron détrempé. Je n'avais aucune envie de m'arrêter regarder le paysage. Pédaler, c'était le moyen d'avoir moins froid. Face au vent du nord et à la pluie je devais porter cinq couches sur le haut du corps (t-shirt, polaire, veste polaire, coupe-vent et ciré) pour résister à des intempéries comme je n'avais jamais rencontrées jusque là. Avec ces températures glaciales j'aurais préféré qu'il neige. C'est beaucoup moins désagréable. L'eau s'infiltre partout et gèle tout de suite, c'est le pire. Au petit matin, mon vélo est pétrifié dans la glace jusqu'à l'intérieur des gaines de freins ! Sept jours d'une routine détestable: me réchauffer, plier ma tente gelée, dégeler et vérifier mon vélo, rouler toute la journée sous la pluie, monter ma tente, cuisiner un bon plat de pâtes et dormir.

Rien de bien réjouissant mis à part cette petite anecdote.
Un matin, alors que la pluie recommençait à tomber, j'appuie mon vélo contre la caserne des pompiers afin de mettre ma tenue de pluie à l'abri sous le porche. Cinq cents mètres plus loin, pédalant tranquillement sur mon vélo, j'entends une sirène. Dans mon rétro j'aperçois une voiture de police, gyrophare allumé juste derrière moi. Je m'arrête, un policier sort et s'approche de moi. La cinquantaine bedonnant, il ressemble au Sergent Garcia dans Zorro. Je fais un effort surhumain pour ne pas éclater de rire. Il vérifie mon passeport car un voisin a signalé qu'un cycliste avait dégradé la caserne des pompiers. Avec le sourire il me rend mes papiers et me dit qu'il était obligé de me contrôler suite à cet appel, bien qu'il sache parfaitement que je n'avais rien fait. Il me propose même de me transporter 20km plus bas jusqu'à la prochaine ville. Je refuse et je reprends mon chemin sous la pluie. On m'avait dit en Californie que la police américaine était très virulente voire violente. Encore une idée reçue qui s'envole.
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Mes rares plaisirs pendant ces jours sont les arrêts dans les supermarchés. Rentrer dans un de ces grands bâtiments où il fait chaud et où les produits caloriques sont abondants me redonne le sourire. Je fais le tour du magasin afin de flairer les meilleures affaires. Dans ces supermarchés ouvert 24h/24 on trouve toujours du surplus de nourriture bradé quand la date de péremption arrive à échéance. Il n'est pas rare que je puisse acheter, des muffins, des tartes, des cookies à des prix dérisoires. 6 muffins pour 1€, grosses tartes à 2€, pain de campagne à 0.5€, ... Merci à la surproduction






Après une semaine de mauvais temps à dormir sous les ponts, bercé par le bruit des camions, où aux abords des églises, j'arrive à Memphis le jour de mon anniversaire.
Memphis est connue dans le monde entier pour sa musique. La soul, le blues, le rock'n'roll, ... Les plus grands artistes ont joué et enregistré dans cette ville: B.B King, Elvis Presley, Johnny Cash, ... Au centre ville se trouve également le Lorraine Motel où Martin Luther King Jr fut assassiné d'une balle dans la tête, il y a cinquante ans.

Dan rencontré via la réseau Warmshower m'accueille comme un prince.
En arrivant il me dit : "prends ta douche, la pizza et les bières arrivent dans 10 min".
Elle est pas belle la vie !

Pour fêter mon anniversaire je voulais manger un énorme burger. Deux mois que je suis aux USA sans avoir gouté un hamburger. Mais la spécialité à Memphis c'est le barbecue. Aux Etat-Unis, un barbecue est obligatoirement une grillade de porc. Dan m'invite à déguster une énorme assiette de ribs (côtes de porc) accompagnée d'une bière locale ! Un festin après plusieurs jours de menus répétitifs.

Les quelques jours de route jusqu'à Atlanta furent anecdotiques. Un peu de soleil et un dernier jour de pluie lors de mon arrivée dans l'état de Géorgie. Un cadeau du ciel afin de ne pas regretter mon départ vers l'Afrique.

Les vols à partir d'Atlanta vers l'étranger étaient les moins chers en Amérique du Nord. C'est la seule raison qui m'a poussé à finir mon voyage dans cette immense ville. Mais je ne le regrette pas. J'ai rencontré Katelyn et Johnatan, un jeune couple accueillant et serviable. Je leur explique mes besoins pour préparer mon vol vers Nairobi. Ils m'aident à emballer mon vélo pour l'avion, m'emmènent  jusqu'à l'aéroport et  me cuisinent de bons petits plats en attendant le départ. MERCI !

Je repars des USA sans avoir mangé un hamburger mais j'ai quand-même goûté une dernière spécialité d'Atlanta: le "chicken waffle" -poulet frit, gaufres et sirop d'érable sans modération-. Un mélange de sucré salé calorique et plutôt goûteux☺.

Le titre de l'article "Why is it so hard?" fait référence à la chanson de Charles Bradley. Des paroles qui se répétaient en boucle dans ma tête lors des journées difficiles. Video Youtube ici : Why is it so hard - Charles Bradley
Quand le temps devenait un peu meilleur, je chantais plutôt cette chanson : Gracias a la vida - Mercedes Sosa

Bye Bye America !

Statistiques

Distance : 2986  km
Nb jours : 37
Nb jours de vélo : 28
Nb jours de repos : 9
Etape la plus longue :  131 km
Etape la plus courte :  49 km
Crevaison : 3
Nuit la plus froide : -10°C, Nouveau Mexique, USA

Total depuis le début

Distance : 62642 km
Nb jours : 892
Nb jours de vélo : 613
Nb jours de repos : 279
Etape la plus longue : 257 km ( Australie, Nullarbor)
Etape la plus courte : 26 km
Plus haut col : 5130m, Abra Azuca, Pérou
Crevaison :19
Rayon cassé roue arrière: 9 ( ancien vélo décathlon à 100€)
temp. max/min : 49°C ( Australie) / -15°C ( Utah, USA)







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